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Culture

Réussir à écrire pour savoir qui je suis...

Théâtre

Les « Rêves » de Wajdi Mouawad, traduits et mis en scène par un jeune amoureux du théâtre qui débute, Jean-Claude Boulos, au théâtre Babel, ce soir, demain et samedi 19 mars.

17/03/2016

En proie à la leucosélophobie, un écrivain s'enferme dans une chambre d'hôtel. Une cohorte de personnages réels et imaginaires envahit alors les arcanes de son écriture... Et les planches du théâtre Babel.
Voilà le pitch de cette pièce écrite par Wajdi Mouawad, mise en scène et adaptée en libanais par le jeune Jean-Claude Boulos (aucun lien avec son célèbre homonyme, feu J.-C. B.), qui signe-là sa première expérience théâtrale.

Dans ces Rêves (2001) qui deviennent Manamat, soulignons d'emblée la très bonne adaptation à l'arabe d'un texte qui est à l'origine rédigé dans un française au style assez littéraire et dense. Voilà un premier défi relevé, donc, et qui se taille la part du lion dans ce spectacle, puisque l'auteur libano-canadien le dit lui-même : « La mise en scène m'importe peu. » Pour lui, cette mise en scène est au service de la parole. Les mots, les idées, les sentiments et leur exutoire. C'est ce qui importe (à Mouawad) dans le théâtre de Mouawad. Dans cette même lignée, le jeune Boulos a donc pris le parti d'une orchestration globale et plutôt traditionnelle du jeu, des costumes, du décor, de l'éclairage et du son.
Ou comment mettre la dramaturgie au service d'un texte qui, dans ce cas-là, envoie des étincelles.

Libéré de ses démons
Connaissez-vous la leucosélophobie ? Cette angoisse de la page blanche qui pourrit la vie des écrivains ? Connue également sous l'appellation de blocage, de panne, c'est cette peur qui étreint l'écrivain – nommé ici William, comme un certain Shakespeare – au moment de coucher sur papier son jus de crâne. Car, parfois, l'inspiration tarde à venir. Ou alors elle est là, et elle s'appelle Isidore. Elle joue les maîtresses irascibles et insatisfaites. Elle rôde autour de lui, l'exhorte à écrire, lui intime l'ordre de raconter quelque chose. De tracer des mots, n'importe lesquels, mais de se lancer.
Il hésite. Elle s'énerve. Il tâtonne. Elle gronde. L'on ne sait plus, au final, s'il n'arrive plus à écrire parce que l'inspiration n'est pas là ou bien parce que, justement, elle est trop là. Sur scène, on assiste à ce qui se passe dans la tête de l'écrivain. Un climat onirique s'installe. Défilent alors des personnages issus de l'imaginaire de l'auteur.

Seule la visite de l'hôtelière (Roueida el-Ghali) ne tient pas du songe. Les autres personnages sont interprétés par une douzaine d'acteurs qui portent le texte sur leurs jeunes épaules : Élie Sawaya (cotraducteur de la pièce), Hiba Najem, Maria Sikias, Samuel Arnelian, Gilbert Boustany, Joe Kazzi, Liliane el-Sous, Marie-Thérèse Irani, Rashad Nassreddine, Ramy Inaty, Aline Oueiss et Ghalya Saab. Tour à tour passent : l'homme silencieux, l'homme ensanglanté, la femme décapitée, puis la femme emmurée, l'homme brisé, la femme immobile et la femme enterrée... Et ils racontent tous un pan de l'histoire de Souleymane, l'homme qui marche vers la mer, héros du roman en construction. Ces êtres nourrissent l'imaginaire de William et celui-ci finit le roman au bout de la nuit... Et à bout de forces. Mais libéré de ses démons. Car il a finalement compris que tous ces personnages (du silencieux au décapité, de l'immobile à l'ensanglanté, du décapité à l'enseveli) forment tous une seule personne : lui-même.

Et, au final, une invitation : regarder et voir cette pièce comme un processus d'apprentissage de soi.
« Rêves est une pièce intime qui m'a touché dans ses questionnements : Maintenant, sur quoi j'écris ? Qu'est-ce que j'écris ? Quel geste créatif va être le mien ? », note le metteur en scène. Dans cette mise en abîme, un auteur (William ? Wajdi ?) et ses personnages (autant de paries de lui) créent une histoire ensemble, comme dans un rêve éveillé.
Quand l'écriture se dérobe. Et qu'un certain Wajdi Mouawad (repris par des fans locaux) l'élève au rang d'objet littéraire très bien identifié.

 

Pour mémoire
Le retour aux sources et la « berdéyé » de Wajdi Mouawad

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