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Cinéma

Le retour aux sources et la « berdéyé » de Wajdi Mouawad

Interviews croisées

« Retour de flamme » verra le jour en 2016. Le metteur en scène, Georges Hachem, et l'un de ses acteurs principaux, le dramaturge libano-canadien, répondent aux questions de « L'Orient-Le Jour »

17/09/2015

Retour de flamme marque le come-back de Georges Hachem après Balle Perdue (2011), mais aussi celui de Wajdi Mouawad au pays de ses racines, mais cette fois en tant qu'acteur. Tourné en France et au Liban, le projet, né il y a deux ans, verra bientôt le jour.

Comment le choix s'est-il porté sur Wajdi Mouawad et pourquoi a-t-il été convaincu par le rôle ?

G.H. : Retour de Flamme est un long métrage de fiction s'articulant sur le thème de l'amitié et de l'amour. Sur deux amis qui se retrouvent après des années d'absence et la déclinaison de ces retrouvailles, que ce soit dans leur histoire passée ou présente. Wajdi Mouawad, qui joue le rôle d'un auteur-réalisateur installé en France, y donne la réplique à Fadi Abou Samra. Mon choix s'est d'abord porté sur Wajdi parce que je cherchais quelqu'un qui a su diriger une équipe, qui a su observer. L'ayant vu jouer au printemps 2013 dans la pièce Seul, j'ai trouvé en lui une palette d'émotions qui convenait à ce rôle. Ce n'était donc pas sa figure de réalisateur-auteur qui m'a séduit, mais celle de comédien. De plus, je choisis des personnes qui ont une certaine sensibilité avec l'aventure elle-même. La compétence passe en second lieu

W. M. : Je peux trouver trois raisons qui m'ont amené à accepter ce rôle. Certes le sujet, à l'écriture très cohérente, m'a très vite séduit. Il fallait ensuite ménager mon temps et l'organiser. Et c'est parce que les 2/3 du film étaient tournés en arabe (ma langue maternelle) que cela permettait de faire bouger en moi des émotions très fortes. J'allais ainsi intégrer ce personnage et le personnaliser. Retrouver cette langue maternelle était une gageure mais l'aventure m'a parue exaltante. Elle m'a fait comprendre un tas de de choses sur les mécanismes de l'émotion liés à la mémoire. Tenez ce petit exemple. Il a suffi que j'emploie le mot berdéyé, rideau en arabe, un mot que je n'avais pas prononcé depuis l'âge de sept ans que cela m'a rappelé la couleur des rideaux qu'on avait chez nous à la maison quand j'étais enfant. Le mot prononcé dans un contexte de création et d'émotion et dans un rythme différent a un autre impact sur la personne.

Ce film est donc un défi pour vous deux ?

G.H. : Je suis rentré au Liban en 2006 avec cette idée utopique en tête : comment trouver une indépendance cinématographique ? Cela n'est ni un manifeste ni un défi mais une quête : quelle est la marge d'indépendance qu'un cinéaste a pour réaliser un film d'auteur ? Le monde du cinéma est un tel monde de compromis et d'argent ! Tout argent versé pour produire un film cache toujours un cahier des charges. Ce sont des choses non dites, des diktats. J'essaye par mon travail de voir à quel point, nous cinéastes, pouvons être libres. Je ne veux pas passer cinq ou six ans à convaincre des gens de réaliser ce film qui ne correspond pas à leur attente parce qu'ils ont un autre cahier des charges. Ce n'est pas en naïf que je me jette dans l'aventure, mais les yeux ouverts. Je sais que nous avons au Liban tous les actants pour faire du cinéma. Je voulais expérimenter, seul, ces difficultés à faire ce cinéma indépendant. Au résultat final, il n'y a pas de production en amont, ce droit de regard dont le film a besoin pour démarrer. J'ai commencé en 2013 et voilà après 2 ans le film a été financé, réalisé et tourné.

W.M.  : Une dernière raison qui m'a fait accepter le rôle et c'est la plus importante : lorsque Georges m'a dit qu'il était essentiel que le film soit entièrement libanais, produit au Liban sans aucun financement étranger. J'ai trouvé que c'était presque un engagement politique et j'avais envie d'embarquer dans cette aventure.

Le personnage d'un film est-il ce territoire sur lequel on construit ?

W.M. : C'est un territoire, c'est vrai, où l'on rencontre des individus qui agissent comme miroirs très puissants. « Si tu vois dans le miroir quelque chose qui ne te plaît pas, ça ne sert à rien de briser le miroir », dit un proverbe. Le personnage est donc un territoire où l'on voit quelque chose de soi qui n'est pas souvent très beau. L'acteur va rencontrer une part de lui-même qu'il n'aime pas.

G. H. : L'essentiel c'est qu'il comprenne en cours de route pourquoi il a été choisi.

Se glisser dans la peau de Georges Hachem aux manettes d'un film et dans celle de Wajdi Mouawad acteur...

G. H. : La réalisation amène toujours plus d'horizons au scénario et je suis ouvert à ces centaines de possibilités sinon ce serait un moment mort pour le scénario. Pour moi, le personnage est un tissu qu'on taille sur mesure. Ainsi quand le travail de l'auteur se termine, ce dernier fait antichambre au film. Certaines scènes pourraient être éliminées parce que l'acteur en « concrétisant » le texte en a dévié la trajectoire et cela me plaît ainsi.

W. M.  : En tant que réalisateur de théâtre, je passe mon temps à diriger les acteurs, mais j'aime être régulièrement dirigé par des metteurs en scène – toujours au théâtre – pour me rappeler ce que ressent un acteur quand il joue. J'ai besoin de retrouver l'état dans lequel il est car on ne sait pas vraiment ce qu'il vit exactement au moment où on le dirige. C'est important de revisiter l'acteur. Visiter « le corps ennemi ». Quand je me laisse diriger, ma responsabilité d'acteur se limite à être ponctuel et à bien élaborer mon rôle alors que le réalisateur est comme un père de famille. Il a une lourde responsabilité : porter toute une équipe et ramener le film à bon port.

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