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Moyen Orient et Monde

Bilan de l’intervention en Syrie : les experts russes divisés

Éclairage

Si certains saluent une victoire militaire, d'autres critiquent le coût de l'opération.

16/03/2016

« Les forces militaires russes ont changé la donne dans la lutte contre le terrorisme », s'est réjoui le président russe Vladimir Poutine après avoir annoncé, lundi, le retrait partiel des forces russes du territoire syrien. Cette décision, annoncée après une réunion avec les ministres des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et de la Défense Sergueï Choïgou, a pris de court l'ensemble de la classe politique russe.

Cette annonce intervient six mois après la décision russe d'intervenir militairement en Syrie à la demande de Damas et après un discours de M. Poutine à l'Onu, au cours duquel il avait plaidé pour une large coalition internationale contre l'État islamique (EI). Une intervention motivée, entre autres, par la nécessité de combattre le terrorisme, mais également de maintenir à son poste le président syrien Bachar el-Assad, garant des intérêts russes dans la région.


Reste à se demander dans quelle mesure Moscou a atteint ses objectifs, et si l'intervention de l'aviation russe n'avait pour but que le retour de la Russie, écartée du concert des grands à la suite de la guerre en Ukraine, sur la scène internationale. Les experts demeurent très divisés sur la question. Victor Mopuchovkhovsky, colonel de réserve proche de l'establishment, estime que la Russie s'est acquittée avec brio de la tâche qu'elle s'était fixée. « Je considère que la campagne de Syrie est une victoire pour l'armée russe, nous avons conforté le président syrien et fortement élargi le territoire contrôlé par l'armée régulière syrienne avec des pertes civiles minimales... Nous avons également fortement contribué à faire parvenir l'aide humanitaire aux populations sinistrées. Maintenant que la phase militaire s'est achevée avec succès, place à la diplomatie... » commente-t-il.

 

(Dossier spécial : Guerre en Syrie, an V : Pour quoi, pour qui et comment ?)

 

Coup de poker menteur
Anatoli Baranov, politologue et rédacteur en chef du site Forum-MSK.ru, ne partage pas ce point de vue. Selon lui, si l'intervention était un coup de poker, le retrait en est un autre. « Poutine joue au poker menteur. Je me demande encore ce qu'on a été faire en Syrie. Quant aux résultats militaires de l'intervention syrienne, ils sont difficiles à évaluer. Certes, Assad est renforcé, son armée a remporté des victoires significatives et a repris du terrain, mais va-t-il pouvoir le garder sans l'aide des bombardiers russes ? » se demande le politologue. « Le sort d'Assad n'est pas réglé, et en cas d'élection, il n'a aucune chance de rester en place ; et rien ne dit que son successeur sera aussi accommodant avec nos intérêts. Quant à l'EI, à ma connaissance, il n'est pas encore décimé, et il y a fort à parier qu'il fasse parler très bientôt de lui », souligne-t-il. Et de préciser que l'une des raisons du retrait qu'on n'évoque pas ouvertement est le coût de l'opération, soit 2,5 millions de dollars par jour, alors que l'économie russe est mal en point. Cette opinion est partagée par Alexeï Malachenko du Centre Garnegie qui met en avant le fait que la Russie conserve ses bases en Syrie, et pourra y revenir en cas de besoin...
En attendant, l'intervention en Syrie a changé l'image de Vladimir Poutine et de la Russie, pense Anatoli Khamtchikin, directeur de l'Institut d'analyses politiques et militaires de Moscou. En outre, il croit savoir que le président russe avait fait part de sa décision à son homologue américain Barack Obama, ce qu'a démenti le porte-parole du chef du Kremlin. Selon cet expert, dont l'opinion est partagée non seulement par des analystes mais par des hommes politiques, l'envoi de troupes a permis de rompre l'isolement dans lequel se trouvait la Russie suite au conflit en Ukraine. « Il ne s'agit pas simplement d'une victoire militaire, mais d'un succès politique et diplomatique. La Russie a montré une fois de plus à l'ensemble du monde qu'il fallait compter avec elle. Maintenant, à Genève (où se tiennent des pourparlers intersyriens), Américains et Russes sont sur un pied d'égalité... » se félicite-t-il.


Du côté de la population, une partie n'est pas encore au courant du retrait russe. Ceux qui le sont disent en être heureux, comme en témoignent les différents sondages effectués par les médias hier matin. Entre 60 % et 80 % des personnes interrogées estiment ainsi que la guerre en Syrie a fait plus de mal que de bien à la Russie, et à peu près le même pourcentage approuve la décision de Poutine. Certes, une majorité de Russes avaient également salué l'intervention en Syrie, mais entre-temps, la baisse du niveau de vie et la hausse des prix ont douché leur enthousiasme.
Reste que l'intervention reste grandement acclamée dans certains médias, comme la radio l'Écho de Moscou qui est considérée comme une radio d'opposition : « Je salue l'éclatante victoire des forces russes dans la lutte contre Daech (acronyme arabe de l'EI) », commentait ainsi l'un des animateurs d'une populaire émission de la chaîne.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES PIEDS D,ARGILE ECONOMIQUES DU RUSSE ONT FLECHI... ON L,AVAIT DIT : POUR ETRE OU DEVENIR UNE SUPER PUISSANCE POLITIQUE ET MILITAIRE IL FAUT D,ABORD L,ETRE ECONOMIQUEMENT... ET LE RUSSE CHANTE ET LES ACCESSOIRES CHANTERONT TRES BIENTOT : 3ALA DAL3ONA... 3ALA DAL3ONA... MIN SOURIA YAMOO... 3ALA TAL3ETNA LECH MA WADA3TOUNA...

Pierre Hadjigeorgiou

C'est surtout "le coût de l'opération, soit 2,5 millions de dollars par jour, alors que l'économie russe est mal en point" qui ont obligé les Russes de se rétracter. Entre les sanctions et la baisse du prix du pétrole, les Russes vont bientôt demander des comptes et ca, ca n'arrange pas les affaires de Putin ou de son gouvernement. Combien de temps encore pourra-t-il mentir a son peuple et le laisser sous le joug d'un régime qui se cache derriere un semblant de démocratie? Les Russes ont goûté a la manne du libéralisme et de la consommation peuvent ils encore accepter de privation comme du temps des soviets?

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