Rechercher
Rechercher

Économie - Éclairage

Pourquoi les syndicats sont vent debout contre le développement de l’économie du partage

Philip Jennings, leader syndical, estime que les entreprises comme Uber profitent du travail de leurs employés. Charles Platiau/Reuters

L'explosion de « l'économie du partage » menace de détruire les droits sociaux durement acquis par les salariés depuis le XIXe siècle, ont averti cette semaine plusieurs responsables syndicaux réunis à Rome.
Des études récentes, commandées par ces syndicats, révèlent par exemple que près d'un adulte sur huit en Suède travaille pour ce secteur, où des modes de consommation traditionnels et certains modèles sociaux sont remis en cause, ont souligné ces responsables. Ils appellent les gouvernements à anticiper dès maintenant ces bouleversements pour l'essentiel encore à venir.
Philip Jennings, secrétaire général de l'Uni Global Union, une fédération mondiale des syndicats des services, juge ainsi que le monde syndical fait face à un défi énorme dans ses tentatives d'introduire des règles dans un secteur qui tente systématiquement de les mettre de côté, particulièrement en matière sociale. « Il est clair pour nous que le ''capitalisme digital'' est aussi dur et impitoyable que ses ancêtres de la révolution industrielle ont pu l'être », assure-t-il.
M. Jennings juge que les gouvernements commencent à réaliser que des entreprises comme Uber profitent du travail d'employés sans jamais devoir payer de charges sociales ou respecter les autres obligations des employeurs, en ayant recours à des travailleurs indépendants. « En tant que syndicats, nous avons réalisé ce problème en partant du point de vue de la dignité dans le travail. Ils (les gouvernements) réalisent que ce système détruit aussi un modèle d'assurance sociale qui existe en Europe depuis (Otto von) Bismark », le premier chancelier de l'Empire allemand au XIXe siècle.
Susanna Camusso, secrétaire générale du principal syndicat italien, la CGIL, estime de son côté que la précarité croissante inhérente au développement de « l'économie du partage » est une indication de la façon dont l'Union européenne a abandonné tout intérêt à promouvoir un minimum de règles sociales communes en son sein.

« Europe des débuts »
« Il est tout à fait approprié de se réunir dans la ville qui a vu naître l'UE parce que ce que nous voulons, c'est une Europe comme elle était à ses débuts et non comme elle est maintenant », a-t-elle expliqué.
Pour Frank Bsirske, chef du puissant syndicat allemand des services, ver.di, les dirigeants des plates-formes numériques, de type Uber ou autres, n'en croyaient pas leurs yeux quand ils ont vu qu'il était possible d'employer du personnel aussi longtemps qu'elles le voulaient et de s'en débarrasser au moment précis où elles n'en avaient plus besoin. « Il n'y a pas de congés payés, pas de retraite et aucune assurance maladie », déplore encore ce syndicaliste.
Pour M. Bsirske, la priorité en ce qui concerne les syndicats est d'obtenir que les personnels employés sur une base temporaire à certaines tâches via des plates-formes sur Internet soient reconnus en tant que salariés pour pouvoir bénéficier des lois sociales existantes, ce qui n'est bien souvent pas le cas vu leur statut d'indépendant.
Les syndicats vont devoir se battre avec acharnement pour faire admettre au monde politique les problèmes provoqués par cette nouvelle économie face au lobby intense de multinationales comme Uber et Amazon, qui disposent de moyens considérables, estime encore M. Jennings. « Ils s'efforcent de faire vaciller les modèles que nous avons en Europe, explique-t-il, ce n'est pas le moment pour les gouvernements de tourner la tête. »
Angus MACKINNON/AFP

L'explosion de « l'économie du partage » menace de détruire les droits sociaux durement acquis par les salariés depuis le XIXe siècle, ont averti cette semaine plusieurs responsables syndicaux réunis à Rome.Des études récentes, commandées par ces syndicats, révèlent par exemple que près d'un adulte sur huit en Suède travaille pour ce secteur, où des modes de consommation traditionnels et certains modèles sociaux sont remis en cause, ont souligné ces responsables. Ils appellent les gouvernements à anticiper dès maintenant ces bouleversements pour l'essentiel encore à venir.Philip Jennings, secrétaire général de l'Uni Global Union, une fédération mondiale des syndicats des services, juge ainsi que le monde syndical fait face à un défi énorme dans ses tentatives d'introduire des règles dans un secteur qui...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut