Via un communiqué, « le SFO a conclu, sur la base des informations et du matériel obtenus, que les preuves sont insuffisantes pour envisager de manière réaliste une condamnation ». Andrew Winning/Reuters
L'Office de lutte contre la délinquance financière britannique (SFO) a abandonné hier son enquête pénale sur des manipulations du marché des changes, faute de preuves, bien que des banques aient écopé déjà d'une dizaine de milliards de dollars d'amendes dans ce gigantesque scandale.
« Le SFO a conclu, sur la base des informations et du matériel obtenus, que les preuves sont insuffisantes pour envisager de manière réaliste une condamnation », a indiqué l'Office dans un communiqué. Cette décision a été prise après plus d'un an et demi d'enquête et l'étude d'un demi-million de documents.
Le SFO estime qu'il avait pu soupçonner « raisonnablement la commission d'infractions impliquant des fraudes graves et complexes », mais que les preuves amassées ne suffiraient pas à porter avec succès le dossier devant les tribunaux. L'Office a aussi conclu qu'il n'aurait pas pu changer la donne en prolongeant son enquête.
Cette décision semble constituer un revers pour ce bureau spécialisé qui avait ouvert son enquête avec fracas en juillet 2014 et y avait affecté près d'une trentaine d'enquêteurs. Le marché des changes représente en effet une gigantesque Bourse mondiale qui voit transiter l'équivalent de 5 300 milliards de dollars de transactions par jour, dont 40 % via la City de Londres, aussi toute entorse à la règle porte-t-elle potentiellement sur des sommes faramineuses.
Dans cette affaire, six grandes banques américaines (Citigroup, JPMorgan Chase et Bank of America), britanniques (Barclays et Royal Bank of Scotland) et suisse (UBS) ont écopé d'une série de pénalités infligées par les autorités américaines et britanniques en novembre 2014 et mai 2015, représentant un total de près de 10 milliards de dollars. Les régulateurs ont reproché aux cambistes de ces grands établissements d'avoir utilisé des forums de discussion sur Internet et des messageries instantanées pour se concerter de façon indue afin d'infléchir un taux de référence du marché des changes.
Aucune inculpation
En outre, en août dernier, ces six banques ont, aux côtés de trois autres établissements (la française BNP Paribas, l'américaine Goldman Sachs et la britannique HSBC), conclu un accord de plus de deux milliards de dollars avec des investisseurs s'estimant lésés, afin que ces derniers acceptent de retirer leurs plaintes.
Mais au-delà des pénalités financières, aucun individu n'a été nommément inculpé par les autorités judiciaires. Le département américain de la Justice (DoJ) enquête toutefois encore de son côté.
Le scandale de manipulation du marché des changes a d'autant plus nui à la réputation des grandes banques internationales qu'il a éclaté peu après la révélation des scandales du Libor et de l'Euribor, des taux interbancaires qui servent de référence pour de nombreux produits financiers représentant des sommes colossales. Lorsque l'affaire des changes avait éclaté, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, qui a dû elle-même justifier n'avoir rien à se reprocher dans ce dossier, avait prévenu que ce nouveau scandale pourrait être « aussi grave que le Libor, si ce n'est plus ».
Le Britannique Tom Hayes, un ancien employé des banques suisse UBS et américaine Citigroup, a été condamné en août dernier à Londres à 14 ans de prison pour avoir joué un rôle moteur dans la manipulation du Libor entre 2006 et 2010 – peine réduite en appel à 11 ans en décembre. Il s'agissait d'une victoire pour le SFO qui l'avait fait déferrer devant la justice mais, au-delà, l'Office a subi des critiques pour son incapacité à faire condamner d'autres financiers, alors que la City de Londres cherche à maintenir son lustre en se donnant une image d'exemplarité.
Six courtiers accusés d'avoir aidé Tom Hayes dans son entreprise ont ainsi été acquitté au mois de janvier à l'issue d'un procès distinct.
Le SFO a dû par ailleurs verser 3 millions de livres (4,31 millions de dollars) d'indemnités à l'homme d'affaires Vincent Tchenguiz, arrêté à tort dans le cadre d'une enquête sur les conditions d'effondrement de la banque islandaise Kaupthing fin 2008.
(Source : AFP)


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