Liban

« Il n’y a rien que nous ne puissions faire »

La Journée internationale de la femme célébrée à l'ambassade de Belgique.

09/03/2016

C'est peut-être un « monde d'hommes » (comme le dit la chanson), mais que serait-il sans les femmes ? C'est la phrase qui résume le mieux la rencontre organisée lundi soir par l'ambassadeur de Belgique à sa résidence pour célébrer la Journée internationale de la femme. Cette année, Alex Lenaerts a voulu transmettre aux Libanaises un message d'estime et d'espoir, en invitant cinq figures féminines, qui ont conquis chacune à sa façon une place de choix au sein de la société, à raconter leur parcours et leur expérience devant un auditoire en majorité féminin mais où plusieurs ambassadeurs européens et quelques figures masculines libanaises ont réussi à se faufiler pour participer à l'événement.

 

Nidal el-Achkar, Paula Yaacoubian, Zeina Kassem, Roula Hoteit et Elsa Charabati ont ainsi parlé de leur vécu, avec sincérité, émotion et surtout passion. Leurs histoires sont différentes, leurs domaines aussi, mais elles se rejoignent dans l'objectif, celui de conquérir une place de premier plan dans une société qui a encore du mal à considérer les femmes comme des partenaires à part entière. Magistrale, comme d'habitude, Nidal el-Achkar a expliqué, dans un texte d'une grande beauté, pourquoi elle est une femme de théâtre, en évoquant quelques souvenirs d'enfance dans la maison de son père, Assad el-Achkar. C'est là qu'elle a très vite compris que la vie est une scène, où les véritables identités sont souvent dissimulées mais où les caractères sont parfois plus forts que la vie. Le théâtre peut donc ainsi être une réponse à toutes les questions que nous nous posons. La pauvreté, la misère et les frustrations les plus profondes peuvent être transformées en art, un art connecté à la réalité et à l'évolution de la société... Pour toutes ces raisons, Nidal el-Achkar a choisi un jour la scène pour s'y exprimer et elle y est restée, marquant d'une empreinte indélébile le théâtre libanais et le monde de la création et de l'excellence, dans un pays qui croule souvent sous la médiocrité.

 

(Lire aussi : Les Libanaises invitées à aller à l'assaut des municipales)


Dans un tout autre registre, Paula Yaacoubian a parlé de son expérience à la télé. Elle a fait ses débuts à 19 ans à la ICN. Au départ, dit-elle, les femmes sont bien accueillies. Mais dès qu'elles commencent à avoir du succès et de l'influence et qu'elles sont prêtes à occuper des postes importants, la discrimination commence. Selon elle, l'injustice faite aux femmes commence à la maison où l'éducation familiale privilégie les garçons au détriment des filles et où l'idée la plus répandue est celle de considérer que « le royaume de la femme, c'est la cuisine ». Non pas que la cuisine soit un lieu indigne, mais c'est la volonté de vouloir limiter le champ d'action de la femme qui choque Paula et qui la pousse à militer sans relâche, là où elle le peut et quand elle le peut, en faveur du quota pour les femmes. À ceux qui estiment que l'adoption du quota peut être réductrice pour les femmes, elle répond avec véhémence qu'il faut commencer quelque part et imposer la participation des femmes à la chose publique jusqu'à ce qu'elle devienne naturelle.


Autant Paula Yaacoubian est dans la lutte, autant Zeina Kassem est dans l'émotion. De sa voix douce et triste, Zeina a expliqué à un auditoire attentif comment elle a réussi à transformer une tragédie personnelle en un espoir pour les autres. Le 19 octobre 2010, Zeina Kassem perdait son fils, fauché par un chauffard. Depuis, elle n'a cessé de se battre pour que d'autres jeunes ne connaissent pas le même sort. Elle a fondé Roads for Life qui a poussé le Parlement libanais à adopter un nouveau code de la route et qui est en train d'inculquer aux Libanais la culture du secourisme et des premiers soins qui permet de sauver de nombreux accidentés de la route. Zeina Kassem est l'exemple vivant d'une douleur qui peut se transformer en un engagement social efficace. Selon elle, la femme ne donne pas seulement la vie, elle la relance. C'est pourquoi il faut célébrer chaque jour la Journée de la femme.


Le témoignage le plus étonnant a malgré tout été celui de Roula Hoteit, pilote de la MEA depuis 1995. Peu de gens le savent, mais Roula pilote réellement les avions de la MEA et continue à éprouver la même passion pour son travail. En dépit de certaines vexations, de la difficulté de certains de ses camarades à l'accepter dans le cockpit et de la difficulté d'évoluer dans un monde traditionnellement réservé aux hommes, Roula confie qu'elle n'a jamais regretté son choix et aux femmes présentes, elle lance : « Il n'y a rien que nous ne puissions faire, si nous le décidons. » Pour elle, en tout cas, le rêve est devenu une réalité qui est chaque jour un nouveau défi et une nouvelle joie.


Le dernier témoignage a été donné par Elsa Yazbeck Charabati, une battante du monde des médias qui réussit à concilier vie de famille et vie professionnelle, malgré les déboires, avec une passion sans cesse renouvelée. Son vécu est celui de beaucoup de femmes soumises à la double pression d'un travail prenant et des contraintes de la vie familiale. Elle a raconté ses mésaventures avec une grande simplicité et beaucoup de franchise, comme si son parcours et ses petites victoires au quotidien étaient des choses banales. Mais n'est-ce pas le propre des femmes, au Liban en particulier, d'être les héroïnes méconnues de leur propre histoire et de celle de leur pays ?

 

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AIGLEPERçANT

Merci Scarlett pour ce reportage.
Quand on est pro comme vous même en tant que femme des médias, on l'est pour tout ce qu'on touche.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BRAVO... TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... POUR CE REPORTAGE ! VOILA DES DOMAINES OU VOUS POURRIEZ BRILLER... CONTRAIREMENT A VOS DECRYPTAGES ! BONNE JOURNEE.

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