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Nos lecteurs ont la parole - Alia Berti Zein

La lutte continue pour les droits de la femme

L'Organisation des Nations unies a créé en 1946 la Commission de la condition de la femme (CSW), principal organe intergouvernemental mondial, dédié exclusivement à la promotion de l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes. Cette commission est constituée de 45 États membres chargés d'examiner les progrès réalisés pour instaurer l'égalité des sexes à travers le monde et d'élaborer des traités visant à améliorer la condition féminine aussi bien en droit que dans la pratique. Deux ans plus tard, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration universelle des droits de l'homme. Le texte énonce les droits fondamentaux de l'individu, leur reconnaissance et leur respect par la loi. En son article 1er, la déclaration proclame que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits », et confirme dans son article 7 : « Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. » Ainsi donc, cette déclaration est-elle venue réaffirmer en 1948 l'égalité totale de l'homme et de la femme devant la loi.
Armé et soutenu par l'énoncé de cette déclaration, et à l'instar de la Commission de la condition de la femme, un comité libanais a été constitué en 1949 pour concrétiser cet idéal. Ce comité était formé par une élite de femmes cultivées de la société beyrouthine dont je cite quelques noms en hommage à leur engagement : Laure Tabet, Émilie Farès Ibrahim, Mounira el-Solh, Ibtihage Kaddoura... Ces pionnières, suivies par quelques autres, se sont engagées à établir un plan d'action en vue d'améliorer la situation de la femme libanaise, et ce, en militant pour l'abolition de tous les textes qui lui sont discriminatoires dans la législation libanaise. Procédant par étapes et respectant l'échelle des priorités, elles se sont attelées à la tâche pour établir une série de projets de lois à proposer aux autorités compétentes.
Quels sont, depuis lors, les principaux acquis de ce militantisme engagé pour la cause féminine ? Une première « commission exécutive issue des organisations féminines » est créée peu de temps après pour réclamer la participation des femmes à l'exercice des droits politiques. La condition essentielle pour y accéder a consisté à mentionner les noms des femmes sur les listes législatives. Au bout de trois ans de lutte, de mobilisation et de manifestations, l'égalité en matière d'élection et d'éligibilité est enfin accordée aux femmes en 1953. Une dizaine d'années plus tard, trois des pionnières susnommées se présentent aux élections législatives, mais recueillent malheureusement des suffrages nettement insuffisants. Sur un autre plan, l'égalité des sexes en matière de succession au sein des communautés non musulmanes est obtenue en 1959, grâce à l'acharnement d'une nouvelle commission, celle de « l'égalité successorale », formée par des militantes chrétiennes, ce droit n'ayant pas été accordé aux musulmanes restées soumises à la loi coranique. Une nouvelle commission composée de femmes mariées à des étrangers voit le jour en vue d'obtenir à celles-ci le droit de conserver leur nationalité libanaise tout en adoptant celle de leur époux. Ce droit leur est accordé en 1960, non sans difficultés.
À partir de 1972, l'éminente avocate Laure Moughayzel se fait entourer par une dizaine de jeunes avocates, dont moi-même, qui, ensemble, dressent un bilan de toutes les lois discriminatoires à l'égard de la femme libanaise et s'engagent à procéder à leur abolition progressivement. Elles obtiennent enfin en 1974, après maints débats et à l'usure, l'autorisation pour la femme mariée de circuler librement et de voyager sans l'accord préalable de son époux. Toujours avec la même ferveur et malgré une conjoncture défavorable causée par les événements désastreux de 1975, des dizaines d'Organisations non gouvernementales des droits de l'homme et de la femme, engagées avec force dans une lutte sans merci, continuent à revendiquer la consécration du principe d'égalité des sexes dans les textes législatifs.
Nombreux sont les mouvements qui portent à l'unisson le flambeau de la cause féminine. Je cite à titre indicatif la Ligue des droits de la femme, dirigée par Linda Mattar, le Conseil féminin qui regroupe cent vingt ONG, l'Association libanaise des droits de l'homme, l'ex-Parti démocrate, et, enfin, plus récemment, la Commission nationale de la condition de la femme, l'Institut pour les études de la femme dans le monde arabe (Iwsaw), Women in Front, et bien d'autres...Toutes ces organisations, persévérantes dans leurs réclamations, ont réussi à obtenir en 1993, grâce au soutien efficace du ministre de la Justice Bahige Tabbarah, féministe reconnu, la capacité de la femme à témoigner devant toutes les instances officielles, et, depuis 1994, le droit de la femme mariée à exercer le commerce sans l'autorisation de son époux.
Avec l'avènement de la 5e Conférence mondiale de la femme qui s'est tenue à Pékin en 1995, la délégation féminine libanaise qui s'y est rendue a réussi à arracher l'agrément du gouvernement libanais à ratifier la Convention pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (Cedaw), sans laquelle le déplacement n'aurait eu aucun intérêt. Ce qui fut finalement accordé en 1996, quoiqu'avec trois réserves qui en neutralisent l'effet escompté. En parallèle, le combat mené inlassablement durant vingt ans par des activistes féministes a abouti en 1999 à l'abolition des excuses absolutoires en matière de « crimes d'honneur », puis, en 2011, des excuses atténuantes, de manière à leur appliquer la loi pénale de droit commun. Enfin, la loi sur « la protection de la femme et des membres de sa famille de la violence domestique », promulguée en 2014, vient achever une campagne de revendications et de manifestations publiques menées par un grand nombre d'ONG, en particulier l'association Kafa, en vue de mettre un terme à la violence familiale et son impunité.
Néanmoins, l'égalité juridique n'est pas en soi une condition suffisante à assurer l'égalité de fait. Sans le rôle crucial et primordial des hommes dans le changement global de la mentalité masculine, rien ne peut faire évoluer les inégalités subies par les femmes dans le monde.
Aucune société ne peut exploiter son plein potentiel sans l'engagement et la participation entière des femmes à tous les aspects de la vie, de la famille, de la communauté et de la nation. Il faut, dès lors, garder la foi dans l'engagement pour améliorer la qualité et les conditions de vie de tous, en vue d'un monde meilleur et de continuer la longue marche de l'humanité vers l'égalité, la justice et la paix, car la persévérance, la fermeté et la détermination finissent toujours par triompher.

Alia BERTI ZEIN

L'Organisation des Nations unies a créé en 1946 la Commission de la condition de la femme (CSW), principal organe intergouvernemental mondial, dédié exclusivement à la promotion de l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes. Cette commission est constituée de 45 États membres chargés d'examiner les progrès réalisés pour instaurer l'égalité des sexes à travers le monde et d'élaborer des traités visant à améliorer la condition féminine aussi bien en droit que dans la pratique. Deux ans plus tard, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration universelle des droits de l'homme. Le texte énonce les droits fondamentaux de l'individu, leur reconnaissance et leur respect par la loi. En son article 1er, la déclaration proclame que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en...
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