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Culture - Exposition

Ce ne sont pas des bunkers, mais des souvenirs républicains brouillés...

Il n'a pas la poésie de son père Riad et de sa sœur Tamirace, Omar Fakhoury. À la galerie Agial, sa vingtaine d'acryliques, sans fioriture ni artifice, traquent les traces des socles des monuments nationaux du pays du Cèdre. Déchiffrage pour une lecture sans fard !

Carrés de pierre et béton échappés au désordre des commotions civiles… Un vague monde presque funéraire ou industriel en ruine.

Les cheveux en pétard, jeans ample, chemisette bleu ciel, lunettes sur des yeux mi-pétillants, mi-rêveurs, barbe en broussaille, Omar Fakhoury, dont les toiles tapissent les cimaises de la galerie Agial jusqu'au 5 mars*, taille en toute franchise dans le témoignage brut et brutal. Ce peintre de 36 ans en est aujourd'hui à sa quatrième exposition individuelle. Un accrochage intitulé «Rehearsal for A Setting» (Répétitions pour une mise en espace).
Pour ce jeune homme épris des œuvres de Bacon, Goya et El Greco, la confidence fuse naturellement. «Je peins depuis l'enfance, dit-il en souriant. À dix-sept ans, première expo...» Puis, l'UL et Paris pour une période de formation picturale avant de se lancer dans l'aventure de vie d'artiste.

Pour lui, peindre est un état de nature. C'est un acte presque politique (le religieux est à garder entre parenthèses!) que cette entreprise de représenter, dans toute sa monumentalité brisée, perdue, décapitée, délaissée, dévoyée, ces socles bétonnés comme des coffres-forts ou abandonnés comme des sommets de bunkers dont il faut deviner le parcours tortueux, l'usage ou l'origine...
D'abord quête et enquête pour les découvrir en leurs lieux, espaces et emplacements. De Beyrouth (Mar Mikhaïl ou Gemmayzé) à la bande sud de notre territoire (Tebnine, Adaïssé...), en passant par Bint Jbeil, Deir el-Qamar et Tripoli, des photos ont été prises. Non sans difficulté. Car l'œil du Big Brother est vigilant, malgré toutes les apparences d'une République en débandade et décrépitude....

Une fois le dossier bien établi et fourni, le concept de témoignage a clairement émergé. Ces tableaux ne sont que les prolongements d'instantanés et clics pris comme dans une chasse aux trésors enfouis.
Et de ces acryliques, dégoulinantes et ruisselantes de filets de peinture, lavées, relavées, passées en couches épaisses par des brosses et des pinceaux qui ignorent la délicatesse du geste et du mouvement, sont nés ces grands carrés. Carrés de pierre et béton échappés au désordre des commotions civiles, insurrection, cris de colère, changement de système, esprit de liberté ou vent de soumission nouvelle...Comme des stèles perdues dans un espace cosmique indéchiffrable et
anonyme.

Ces restes mystérieux, scories d'une autre galaxie...
Des masses compactes, drues, agressives, hérissées de bout de bois, à l'évidence en faillite, mais comme toujours dans un chantier sous le label « en voie de construction »... Des bribes de formes oblongues, pseudosarcophages, pseudopierres tombales, des colonnes éraflées et étêtées, des chicots de pierre couverts de lichens, de poussière, de détritus... Vague monde presque funéraire ou industriel en ruine.
Pourtant, dans ces restes encore impressionnants et mystérieux comme des scories d'une autre galaxie, gisent les secrets du temps, les diktats des communautés, l'éclat ou la pénombre de certains faits historiques, la mouvance des comportements humains. De leur mutation, de leur renversement, de leur changement de parcours, de leur allégeance, de leur crainte, de leur espoir, de leur volonté. Volonté vaincue ou triomphante.

Qui se souvient encore de la place Karamé, avec sa statue, à l'entrée de la capitale du Nord ? Tout un ahurissant charivari pour des événements qui ont changé la face et l'âme de la ville aux effluves de fleurs d'orangers.... Qu'en est-il aussi de ce socle où trônait un char israélien pris lors des combats qui ont ensanglanté et soufflé les infrastructures du pays? Aujourd'hui, au pays du Cèdre couvert d'immondices et un peu à vogue l'eau dans ses institutions paralysées, les esprits et les prises de pouvoirs changent comme un nuage qui passe...
Des couleurs sombres, grises, surtout reflets d'une réalité où la joie n'a rien à voir (la tristesse non plus d'ailleurs, car il s'agit ici d'un clinique constat des lieux!), pour traduire, sans états d'âme et dans un réalisme neutre, une sobre peinture figurative aux contours nets, fille d'un art conceptuel documentaire. Et qui se voudrait éclaireur,
dénonciateur.

 

Pour mémoire
Héritage d'émotions libanaises stéréotypées ?

Les cheveux en pétard, jeans ample, chemisette bleu ciel, lunettes sur des yeux mi-pétillants, mi-rêveurs, barbe en broussaille, Omar Fakhoury, dont les toiles tapissent les cimaises de la galerie Agial jusqu'au 5 mars*, taille en toute franchise dans le témoignage brut et brutal. Ce peintre de 36 ans en est aujourd'hui à sa quatrième exposition individuelle. Un accrochage intitulé «Rehearsal for A Setting» (Répétitions pour une mise en espace).Pour ce jeune homme épris des œuvres de Bacon, Goya et El Greco, la confidence fuse naturellement. «Je peins depuis l'enfance, dit-il en souriant. À dix-sept ans, première expo...» Puis, l'UL et Paris pour une période de formation picturale avant de se lancer dans l'aventure de vie d'artiste.Pour lui, peindre est un état de nature. C'est un acte presque politique (le religieux...
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