Le scandale des déchets, l'assassinat de Marcellino Zamata, la vacance présidentielle, la crise des réfugiés, la crise économique et sociale, la pénurie d'eau, d'électricité, la fuite des cerveaux et de la jeunesse cultivée : autant de problèmes d'une gravité exceptionnelle jamais atteinte, même aux pires instants de la guerre et des occupations du Liban.
Comment sommes-nous arrivés là? Au tout début des années quatre-vingt, à une réunion de l'état-major des Forces libanaises, cheikh Bachir Gemayel nous passe des papiers blancs et nous demande d'y inscrire notre nom et tous nos avoirs. Nous étions des jeunes écoliers, amoureux de la vie, devenus combattants et guerriers par la force des choses. Parce que c'était le seul moyen de sauver nos familles et notre pays, le Liban. La guerre n'était pas notre métier. Certains allaient à l'université entre deux rounds. Plusieurs ne touchaient pas de salaire des Forces libanaises. En regardant les feuilles blanches, nous avons d'abord cru à une blague. J'ai compris avec le temps, et aujourd'hui, plus que jamais, l'importance de cet acte.
Le vrai problème aujourd'hui n'est pas dans l'accord de Taëf, certes rempli de lacunes, ou dans la loi électorale dont les chrétiens continuent à payer le prix fort, il est dans l'essence même de la démocratie et du droit. Dans une démocratie, il y a un perdant et un gagnant. Un qui gouverne et un qui surveille. Dans une démocratie, le gouvernement n'est pas une copie miniature du Parlement. Il y a une séparation nette du pouvoir. Dans une démocratie, les lois sont respectées, pas interprétées au goût des intérêts et des circonstances.
C'est cette dénaturation du droit et des règles les plus élémentaires de la gouvernance qui épuise notre pays. Les partis politiques représentés au Parlement croyaient qu'en imposant leurs choix, même au prix de distorsions des lois, ils allaient dans le sens des intérêts de leurs partis et de leur communauté. Or, il s'avère que ces changements ne profitent qu'à quelques sous-fifres qui se font les poches au détriment de leurs partis et de leur pays. Cette aliénation des règles est devenue contagieuse, à tel point que chaque camp, chaque parti, chaque responsable déforme les lois et les adapte à ses goûts et ses avantages. Ce manque d'éthique et de principes se répercute aujourd'hui à tous les niveaux de l'administration et même de la vie citoyenne. Aujourd'hui, en protégeant des intérêts particuliers ou communautaires, la politique a corrompu les rapports les plus élémentaires entre les individus. Cette corruption est partout : dans la rue, les écoles, dans les administrations, dans les entreprises.
Ceux qui sont au pouvoir aujourd'hui doivent plus que jamais comprendre qu'un excès ne corrige pas un autre, qu'une erreur ne répare pas une autre, qu'une avalanche ne peut pas être arrêtée, contenue. Les citoyens doivent comprendre que s'ils sont prêts à se donner corps et âme à ceux qui les dirigent, aucun politicien aujourd'hui ne prendra une balle pour eux, et que les projets pour lesquels ils sont sacrifiés sur l'autel politique de leur camp politique ne sont pas ceux dont ils rêvent. Les indicateurs économiques, la situation sécuritaire sont plus qu'alarmants. Certes, le Liban doit changer, s'adapter à un nouvel ordre mondial. Ce changement s'imposera, soit par une énième guerre et, contrairement aux idées reçues, cette guerre ne sera une victoire facile pour personne puisque les différentes communautés et, particulièrement les chrétiens, ont déjà prouvé qu'ils savaient se défendre, soit par un réveil des consciences de ceux qui poussent quotidiennement le pays au bord de l'abîme.
Nous avons donc le choix d'accueillir ce changement soit dans un bain de sang, soit par un retour aux règles de l'éthique, du droit, de la transparence et de l'intégrité.
Massoud ACHKAR


ENCORE FAUT-IL QUE CERTAINS DENIENT PUBLIQUEMENT LEUR APPARTENANCE NON NATIONALE...
22 h 41, le 25 février 2016