Photo Abbas Sabbagh
Plaidoyer d'un citoyen indépendant au-dessus de tout soupçon en quête de... dépendance
Il était une fois un petit lopin de terre dite « d'encens et de miel » dont l'appellation – Phénicie-Mont-Liban-Petit Liban ou Liban tout court – ne cessa de subir des variations tout au long de son histoire tumultueuse au fur et à mesure que les diverses armées des plus barbares aux plus civilisées y débarquaient. Malgré les massacres et les avatars de chaque invasion, ses habitants, les Libanais, profitaient de chaque situation pour en tirer le meilleur tels le mélange des races et des cultures, l'apprentissage des langues, l'émigration, la facilité d'adaptation, le
commerce.
Après tout ce déferlement passager d'étrangers sur cette terre bénie, pays du Cèdre, les autochtones libanais mus par un sens profond de nationalisme crièrent à l'indépendance et ils l'eurent.
À l'époque, une célèbre phrase avait résumé la situation du Liban indépendant : « Deux négations ne font pas une nation. » Les seigneurs du Liban des deux négations, mais indépendant quand même, organisèrent une grande fête avec un énorme gâteau à la taille du pays qu'ils se partagèrent avec leurs partenaires de tout acabit plus ou moins équitablement en prenant bien soin d'en avoir assez jusqu'à leurs enfants, petits-enfants et
arrière-petits-enfants.
Les citoyens ordinaires, quant à eux, étaient déguisés dans cette grande fête en pâtissiers ad vitam aeternam. Certains citoyens, grâce à leur superpouvoir d'adaptation, finirent par comprendre quand même les règles du jeu : pour manger du gâteau, il fallait utiliser soit les armes, soit la ruse, soit un mélange savamment dosé de tout cela. Il y avait de plus en plus de seigneurs et de moins en moins de citoyens. La fête risquait de prendre fin : c'est alors que les seigneurs anciens et nouveaux décidèrent de s'éliminer, les parts du gâteau devenaient trop petites. La célèbre phrase de l'indépendance se trouvait largement dépassée, et on pourrait surenchérir aujourd'hui en disant : « Une douzaine de négations ne font pas une nation.» Ou mieux encore: «Une douzaine de nations en font une négation. » Les enchères sont encore largement ouvertes...
Et les citoyens dans tout cela ?
Terres dans des abris de fortune sans électricité, sans chauffage, sans eau, sans nourriture, sans téléphone, ils subsistent grâce une radio (dernier modèle) qui les relie tour à tour à « La voix du Liban de la liberté et de la dignité » (et les autres ?), à « La voix du Liban libre » (libre de quoi ?), à « La voix de la montage » (est-ce la voix de son maître ?), à « La voix de la vérité » (quelqu'un l'a-t-il trouvée ?), à « La voix du peuple » (lequel ?), à « La voix de la nation » (a-t-elle jamais existé ?) et enfin aux deux voix « légales » de la radio libanaise. Version 1 : (à l'Ouest, relique du Liban d'antan), sous protectorat. Version 2 : (à l'Est, la dernière-née) soi-disant 100 % indépendante.
Bref, une situation où les voix radiophoniques se multipliaient de plus en plus jusqu'à contribuer avec les différentes chaînes de télévision et grâce aux groupes électrogènes à créer un spectacle grandiose de « son, image et lumière ». Certes ! Si toutefois cette multiplication de voix, selon qu'elle soit dominée par la voix tonitruante des canons ou par la voix cristalline des vitres, n'engendrait pas une équation mathématique ahurissante et unique en son genre, à savoir une soustraction totale ou partielle du citoyen dit indépendant.
Et la démocratie alors ? Terrés dans des abris de fortune, sans électricité, sans chauffage, sans eau, sans nourriture, sans téléphone, les Libanais survivent... avec leurs 6 000 ans d'histoire et de civilisation, leur alphabet exporté ainsi qu'un passé qui a transformé les qualités en défauts et les défauts en qualités. Et si l'individualisme, l'affairisme, le mercantilisme, le m'enfoutisme et l'exhibitionnisme sont les qualités-défauts qui peuvent faire de la majorité des citoyens libanais des indépendants, elles n'en font pas moins de la « nation libanaise » une anarchie totale.
En tout état de cause et après avoir soufflé la 25e bougie d'anniversaire des événements du Liban et qu'il s'agisse d'une guerre des Libanais entre eux ou d'une guerre des autres au Liban jusqu'à la résolution complète des conflits du Moyen-Orient, une seule recette quant à moi subsiste : « Les Petites
Annonces ».
« Peuple en détresse, soi-disant indépendant, mais otage de fait, recherche d'urgence nation civilisée au vrai sens du terme, démocratique de préférence, ayant déjà fait ses preuves avec certificat de garantie pour prise en charge et adoption immédiate jusqu'à... maturité. »
Il était une fois un petit lopin de terre dite « d'encens et de miel » dont l'appellation – Phénicie-Mont-Liban-Petit Liban ou Liban tout court – ne cessa de subir des variations tout au long de son histoire tumultueuse au fur et à mesure que les diverses armées des plus barbares aux plus civilisées y débarquaient. Malgré les massacres et les avatars de chaque invasion, ses habitants, les Libanais, profitaient de chaque situation pour en tirer le meilleur tels le mélange des races et des cultures, l'apprentissage des langues, l'émigration, la facilité d'adaptation, lecommerce.Après tout ce déferlement passager d'étrangers sur cette terre bénie, pays du Cèdre, les autochtones libanais mus par un sens profond de nationalisme...


"Peuple en détresse, soi-disant indépendant, mais otage de fait, recherche d'urgence nation civilisée au vrai sens du terme, démocratique de préférence, ayant déjà fait ses preuves avec certificat de garantie pour prise en charge et adoption immédiate jusqu'à... maturité." ! Pourquoi pas un Nouveau Mandat.... Français ?
15 h 10, le 29 janvier 2016