Né à Beyrouth, Michel Santi est un macroéconomiste franco-suisse et fondateur d’Art Trading & Finance – Genève. Il est notamment l’auteur de « L’Europe, chroniques d’un fiasco économique et politique » et de « Misère et opulence ».
Les principaux facteurs responsables des tourmentes de ces dernières années sont toujours à l'œuvre, quand ils n'ont pas été amplifiés en dépit des déclarations de la communauté financière et des autorités qui se veulent rassurantes. Selon elles, les réformes systémiques auraient en effet été menées car les établissements financiers – nettement mieux régulés – travailleraient en provisionnant plus de capitaux. Pourtant, les déséquilibres commerciaux et financiers ont été portés depuis 2008 à leur paroxysme. En effet, coincé par une surveillance plus stricte, le monde de la spéculation et de l'investissement s'est tourné vers le marché des matières premières, les marchés émergents et les fonds spéculatifs (hedge funds) à la règlementation quasi inexistante afin d'y réaliser des compléments de profits... pour y gonfler une nouvelle bulle aujourd'hui en pleine implosion !
Occupé à remettre de l'ordre dans les ratios bancaires, le régulateur est donc – une fois de plus – pris de court par des intervenants financiers qui, motivés par la volonté de gagner encore et toujours plus, ont en permanence une longueur d'avance. Autrement dit, le système est actuellement menacé de liquéfaction par une hyperspéculation sur des classes d'actifs peu règlementés menée par une profession qui ne se résout décidément pas à accepter des profits moindres que par le passé. Comment lui faire comprendre que les bénéfices des années 2000 à 2007 constituaient une anomalie malsaine et qu'il est impératif pour la sauvegarde de notre activité économique d'apporter une attention particulière à la gestion des risques et à la diminution massive des opérations à levier ? La décennie précédente n'a-t-elle pas été scandée par les implosions spéculatives et par les faillites spectaculaires d'institutions financières et de grands fonds de placement ?
En raison de nos connaissances limitées, nous sommes contraints d'analyser le présent et de prévoir le futur en observant et en extrapolant les tendances du passé. Résultat : tout événement imprévu nous déstabilise profondément. Dès que survient cet inconnu, c'est l'ensemble du système, avec ses croyances et ses présupposés, qui menace de s'effondrer. Autrement dit, tout événement imprévisible, c'est-à-dire affecté d'une faible probabilité, revêt une portée considérable. La volatilité extrême et malsaine des marchés ces dernières années a précisément été provoquée par des événements « hautement improbables », en l'occurrence par des réajustements et par des liquidations de positions opérés par des investisseurs ayant sciemment pris trop de risques. De fait, l'investisseur et le professionnel de la finance sont devenus de facto des ennemis publics car les cultures du risque à outrance et du gain coûte que coûte sont devenues la norme.
Le contribuable est aujourd'hui à sec – et les États avec lui. Les conséquences de l'implosion d'une nouvelle bulle seraient donc simples à comprendre mais terrifiantes à supporter.

