Oui, certes ! On l'attendait, on l'espérait cette réconciliation historique, cette poignée de main serrée entre ces deux ennemis jurés, ces tapes données dans le dos, ces sourires un peu figés de l'un, un peu forcés de l'autre. Oui, on l'a rêvée cette entente entre ces deux leaders chrétiens qui gèrent nos vies depuis plus de trente ans : Geagea, Aoun, Aoun, Geagea! Encore eux, toujours, eux! Un duo plus célèbre que Bonnie et Clyde, Laurel et Hardy, qui font la pluie et le beau temps, paralysent ou agitent l'horizon politique de ce petit pays, séparent ou unissent nos jeunes, décident de la guerre ou déclarent la paix, comme si le Liban ne comptait que deux chrétiens capables de le gérer !
Certes, cet instant solennel, on l'a voulu ! Il aurait dû être un instant unique, un moment mémorable, qui aurait dû entraîner un sentiment de joie, de soulagement, de bonheur ! Oui, mais cette réconciliation décidée en catimini, lancée à la tête de ce peuple à son insu, à l'insu même de leurs alliés respectifs, a un petit goût amer, une inquiétude sourde, latente, un sentiment d'incompréhension et de révolte. Parce que cette paix, ils l'ont décidée et voulue, comme ils ont décidé et voulu la guerre il y a 25 ans ! Cette paix, ils l'ont signée sans aucune émotion envers ces milliers de jeunes, morts, pour avoir obéi à l'un et suivi les ordres de l'autre ! Cette paix, ils l'ont affichée sans aucune pensée envers ces soldats oubliés honteusement, qui croupissent toujours dans les geôles syriennes ! Cette paix, ils l'ont décidée sans aucune promesse ou mots envers ces parents qui attendent, espèrent et désespèrent de voir leurs enfants et nos soldats revenir. Cette paix, ils l'ont signée sans un pardon envers ce peuple qu'ils ont entraîné des années durant dans des guerres sans merci (l'un l'a fait, l'autre l'a occulté) ! Cette réconciliation, ils nous l'ont imposée comme si l'on pouvait chasser du jour au lendemain tous les fantômes du passé. Non, on ne peut pas effacer, par un coup de baguette magique, tous ces sentiments de colère éprouvés par les menaces de chaos et de déstabilisation, lancés des années durant. On ne peut pas oublier toute cette haine de l'un envers l'autre, qui a séparé nos jeunes et divisé nos familles. On ne peut pas oublier ces années de guerres, de destruction et de chaos, sans un mot, sans un remords. Il y a un travail de pardon et d'humiliation à présenter à son peuple, messieurs, avant de lancer des promesses de paix et de réconciliation ! Mais cette paix, on vous l'accordera parce nous n'avons pas le choix, parce que l'on veut avancer, parce que l'on veut espérer, et parce que il n'y a que dans la force et dans l'union que l'on peut bâtir et reconstruire ce pays. Geagea, Aoun, Aoun, Geagea !
Encore eux, toujours eux ! Une entente sans promesses, qui ne sert finalement que des intérêts personnels ! En attendant que l'avenir nous prouve le contraire, nous vous accordons le bénéfice du doute !
Lamia SFEIR DAROUNI


"En attendant que l'avenir nous prouve le contraire, nous vous accordons le bénéfice du doute !". Trop de "miséricorde" encore !
09 h 58, le 23 janvier 2016