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Nos lecteurs ont la parole - Sylvain Thomas

Plaidoyer en faveur de Mgr Grégoire Haddad

L'affaire de feu Mgr Grégoire Haddad a fait couler beaucoup d'encre entre 1975 et 2015, mais pas toujours à bon escient. Le digne prélat a été attaqué dans des diatribes des plus virulentes de la part de certains journalistes et hommes de culte. À la lumière des réactions publiques et des écrits à son intention, nous nous portons candidats à sa défense. Une remise en place et un plaidoyer s'imposent pour sa défense, et pour tous ceux qui aiment la vérité et la justice en vue de sa réhabilitation et son honneur.
La religion chrétienne a de tout temps suscité des controverses internes et externes, mais heureusement son apologie est là pour faire voir la vérité à ceux qui aiment la justice, la bonne foi, le relationnel et les principes évangéliques. Le fait pour feu Mgr Grégoire Haddad d'avoir été démis de ses fonctions d'archevêque de Beyrouth et de Jbeil (en 1974) est une des épreuves les plus ardues qu'un homme ait à surmonter au cours de sa carrière ecclésiastique. Nous sommes confiants que grâce à la foi inébranlable du Monseigneur, et elle l'était réellement, il a su surmonter cette épreuve que Dieu a permis et qu'il en a été à présent récompensé.
Avez-vous lu le conte où un coup de foudre frappant le sommet dépouillé d'une montagne fit découvrir une mine d'or... ? Et c'est ce qui est arrivé avec l'attitude imposée à son égard. C'est pourquoi, en bourreaux chevronnés, certains ont donné le coup de grâce au Révérendissime en le ramassant blessé du champ de bataille pour impitoyablement le porter à l'échafaud. Maurice Maeterlinck – écrivain belge – a dit un jour : « Si j'étais Dieu, j'aurais eu pitié des cœurs des hommes... » Veuille ce même Dieu se garder des adversaires du Révérendissime.
En tout cas, nous savons que les âmes les plus chères au Très-Haut sont celles à qui il envoie le plus d'épreuves et la grandeur de ces épreuves représente la mesure de son amour. Dieu s'est encore servi de ces personnes pour retourner le fer dans la plaie de Monseigneur. Que sa sainte volonté soit faite.
Venons-en aux assertions contre l'illustre dignitaire. Elles sont infondées et le public qui jugeait sans savoir entourait l'affaire avec une méprise compromettante, et c'est le père qui en a payé les frais.
Examinons les griefs contre cet homme de Dieu qui a été une fois giflé par une tierce personne rien que pour l'humilier publiquement. Sa réponse a été un regard bienveillant et un pardon vis-à-vis de cet intrus.
Un journaliste à l'époque avait couvert de mépris les fidèles de la communauté melkite en les taxant d'être : « des ignorants en matière religieuse » ; « d'être tentés de ne pas remplir leurs devoirs de chrétiens »; « d'être victimes de troubles de conscience ». Par hasard, serions-nous, nous autres aussi, exempts de ces trois faiblesses... Bien sûrs que non !
On prétendait que les ecclésiastiques n'avaient pas le droit de s'occuper de politique sociale ou diplomatique en affirmant que le divin ne se mélange pas à l'humain. Sur quels critères ces personnes se sont-elles basées pour avancer ces méprises évangéliques ?
Notre-Seigneur Jésus-Christ en disant « Rendez à César ce qui est à César et ce qui est à Dieu à Dieu » n'invitait-il pas par ces mots ses contemporains à l'analyse rationnelle de l'essence politique non existante à l'époque et, du même coup, ne nous conviait-il pas à celle d'aujourd'hui par un aggiornamento total ?
En outre, il n'a pas négligé l'aspect social du politique. Il a été le pionnier de la réhabilitation de la femme au point de relever son statut au niveau de celui de l'homme (par exemple, il adresse la parole à une Samaritaine – ce qui à l'époque était condamnable –,
il se laisse appréhender par l'hémorroïsse ; il rompt le sabbat pour guérir une pauvre femme ; il lie et entretient des relations d'amitié avec Marthe, Marie et Marie-Madeleine). N'est-ce pas là du divin dans l'humain ? N'est-ce pas là aussi une forme de la politique sociale suivie par les prêtres aujourd'hui à travers le monde ? La promotion de la famille n'a-t-elle pas été anticipée par le Messie (indissolubilité du mariage, devoirs des enfants à l'égard de leurs parents) faisant ainsi de la famille l'élément naturel et fondamental de la société ? Le Christ n'a-t-il pas encore été le précurseur d'une politique de l'enfance sur le plan de sa valorisation ?
À la suite du Maître, les papes ne se sont-ils pas intéressés au fur et à mesure de leur pontificat à plusieurs formes du politique ? Citons en exemple quelques papes de ces deux derniers siècles : Léon XIII ; Pie XI ; Pie XII ;
Jean XXIII ; Jean-Paul II ;
Benoît XVI et le brave et courageux pape actuel, Sa Sainteté François. Ceux-ci ne se sont-ils pas attelés à la tâche et efforcés de projeter sur les questions sociales d'alors et d'aujourd'hui la lumière de l'Évangile.
Le pape Paul VI et ses prêtres militants ne se sont-ils pas occupés de l'étude du sous-développement ? Ne se sont-ils pas faits les avocats des « peuples pauvres en pays sous-développés » aux prises avec ce problème d'ordre international ? Paul VI ne s'est-il pas résumé en ces mots : « Les hommes aspirent à faire, à connaître et à avoir plus, pour être plus. Ce qui compte pour nous, avait-il repris, c'est l'homme, chaque gouvernement d'hommes et jusqu'à l'humanité toute entière ? »
L'Église et l'Onu n'ont-ils pas fait découler de cette idée maîtresse une conclusion universelle sur l'échelle des valeurs dans le développement des nations : « l'Être l'emporte sur l'Avoir ? »
Et, dans cette optique, les nonces apostoliques, les évêques, les supérieur(e)s des congrégations religieuses n'aident-ils pas dans la mesure de leurs moyens les structures internes du groupe humain (sociales, culturelles, éducatives, familiales, médicales, personnelles) afin de leur permettre de subsister et même, si possible, de se développer dans la justice et la paix. Il faut être bien placé dans ces milieux religieux pour voir l'évidence car souvent « le bien se fait sans bruit ».
La politique n'est pas seulement du « capitalisme, du socialisme ou de la démocratie » mais tout un système d'idéologies auxquelles il incombe à l'Église, à ses prêtres et aux nations — comme on le voit aujourd'hui en Allemagne, en France, en Suède, au Liban et, globalement, en Europe — de subvenir aux besoins des réfugiés, des émigrants et des démunis afin de leur apporter soutien et aide sociale comme le faisait feu Monseigneur Grégoire Haddad vis-à-vis de tous ces nécessiteux au Liban.
Certains disent : « La charité est une chose ; l'apostolat en est une autre. » Mais voyons ! Mais, l'apostolat est l'âme de la charité et vice versa. Cette charge incitait saint Paul à dire : « La charité du Christ me presse. » La charité et l'apostolat sont deux expressions d'un seul et même amour ; soit vers Dieu ; soit vers le prochain, en Dieu et pour Lui.
Par conséquent, ces deux jalons suivent une même trajectoire pour atteindre un même but : Dieu.
Ce n'est pas tout : l'ensemble des argumentations qu'affirmaient certains trahissaient une usurpation de la doctrine chrétienne. Depuis l'avènement « de Vatican II », un courant de renouveau œcuménique a été créé dans l'Église auquel on n'avait pas pris référence. Si le grand public ne s'était pas aperçu de cet anachronisme, en l'occurrence, les hommes de religion bien avisés et bien informés s'en étaient rendu compte.
Avec un pédantisme inégalé, les concernés soutenaient : « Tous les religieux, prêtres, évêques, etc. sont soumis au vœu d'obéissance — sans jamais discuter si les ordres et instructions reçus... étaient justifiés et mérités. Saint Pierre, pilier et tête d'angle de l'Église, s'adressant aux autorités religieuses de son temps, leur avait dit : « Jugez s'il est juste de vous obéir à vous plutôt qu'à Dieu » (Actes des Apôtres 4/19). Il est inutile de commenter cette phrase fortement éloquente ayant la vivacité de l'éclair.
Les relations des prêtres avec leurs évêques respectifs et celles des religieux avec leurs supérieurs respectifs se déroulent dans un climat de confiance mutuelle. Ils expriment réciproquement leurs espérances et leurs difficultés. Ils se font part de leurs expériences personnelles, ils se réunissent mutuellement en conseil pour étudier les solutions à adopter afin de résoudre les problèmes qui se posent au niveau de leurs responsabilités. Dans l'éventualité où une contestation, incompréhension ou injustice viendrait à faire jour dans leurs rapports, le « Droit Canon » et les « Constitutions » ou « règles des instituts religieux et religieuses » sont élaborés pour trancher ce genre de contraintes avec rectitude. Aussitôt, la confusion s'estompe, les pensées se rétablissent et chacun vaque de nouveau à ses devoirs d'état.
Encore une chose : lors d'une enquête, on notifie à une personne incriminée que, dans le contexte des déclarations avancées, certaines paroles dites ou échappées pourraient être retenues contre elle. Parallèlement, lorsqu'on critique à bon droit une personne, il faut éviter de se faire contre-critiquer, autrement on est dépourvu d'opinions concises.
Un dernier mot : si les présumés sont de la catégorie de ceux voulant s'opposer « par principe », qu'ils le fassent portes fermées dans leur oratoire ou consortium ; ailleurs que devant » le public et la société cultivée qui juge et condamne.
Maintenant, dans un élan pronfondément ému et religieux, et surtout de vive sympathie admirative et fervente envers Monseigneur Grégoire Haddad, nous nous inclinons respectueusement devant la tombe du défunt et nous nous inclinons devant sa mémoire en lui demandant pardon au nom de ceux qui l'ont outragé.

Sylvain THOMAS

L'affaire de feu Mgr Grégoire Haddad a fait couler beaucoup d'encre entre 1975 et 2015, mais pas toujours à bon escient. Le digne prélat a été attaqué dans des diatribes des plus virulentes de la part de certains journalistes et hommes de culte. À la lumière des réactions publiques et des écrits à son intention, nous nous portons candidats à sa défense. Une remise en place et un plaidoyer s'imposent pour sa défense, et pour tous ceux qui aiment la vérité et la justice en vue de sa réhabilitation et son honneur.La religion chrétienne a de tout temps suscité des controverses internes et externes, mais heureusement son apologie est là pour faire voir la vérité à ceux qui aiment la justice, la bonne foi, le relationnel et les principes évangéliques. Le fait pour feu Mgr Grégoire Haddad d'avoir été démis de ses...
commentaires (2)

Nous nous inclinons aussi.

Paul-René Safa

11 h 33, le 19 janvier 2016

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Commentaires (2)

  • Nous nous inclinons aussi.

    Paul-René Safa

    11 h 33, le 19 janvier 2016

  • Merci Monsieur Thomas.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    06 h 02, le 19 janvier 2016

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