Il y a quelque jours, je regardais Terminator à la télé. C'est bien Terminator. C'est un grand classique des temps modernes, assez avant-gardiste pour les années 80. Il est question de voyage dans le temps, d'un robot méchant qui veut tuer une famille gentille du passé pour que perdure le temps des machines du futur. Parce que, chez les gentils du passé, le petit John Connor grandit au présent pour être dans le futur le leader de la résistance contre les robots intelligents. En plus d'être un bon film sympa pour son époque, c'est un film qui a permis de lancer une série de 5 longs films avec plein d'Arnold Schwarzenegger dedans.
Voilà en peu de mots, et à quelques détails près, comment l'histoire se déroule: en 2015, une guerre des poubelles oppose ce qui reste de citoyenneté – décimée par une guerre fratricide de 15 ans puis par un pompage crapuleux et systématique de 25 autres années – aux parlementaires et ministres doués d'intelligence artificielle, mais d'une corruption inégalée. Le citoyen normal, qui, lui, passe son temps à éviter les trous sur les autoroutes, travaille comme un chien pour réussir à la fin du mois à payer ses deux factures d'électricité et ses trois factures d'eau, et à la fin de l'année, ses taxes d'habitation qui ne lui donnent droit qu'à des demi-trottoirs, et des feux de signalisation souvent bloqués au rouge. Ici, je tiens à contester l'expression « travaille comme un chien », qui, soit dit en passant, est assez déplacée parce qu'un chien, j'en ai, et c'est souvent moi qui travaille après lui, à lui ramasser ses merdes et à lui lancer ses baballes. Il ne se fatigue jamais, mon chien. Tout comme ce gouvernement qui n'arrête pas de courir après mon pognon. Sauf que mon chien, lui, il a une gueule bien sympathique.
Bref. En 2015, ça pue au Liban. Le citoyen est grognon et risque de renverser le pouvoir. Retour vers le passé, le même gouvernement et establishment politique est renvoyé au pouvoir, ça pue moins, mais ça pue quand même. Ce gouvernement, envoyé du futur pour s'assurer que le citoyen ne s'en remettra jamais dans le futur, devise pour savoir comment se remplir les poches. Il découvre qu'il y a pas mal d'argent à se faire dans la guerre et, profitant d'une vague confessionnelle régionale, chacun de nos protagonistes se pose en défenseur des droits de ses petits poussins, s'arrange un joli discours de sauveur et se lance, à tombeau ouvert (euh...), à la poursuite du meurtre de la citoyenneté. On construit des murs, on parle des méchants voisins, on extermine tout ce qui conteste dans notre camp ou dans l'autre. Pendant 15 ans, on s'amuse à casser du chiite, du sunnite, du chrétien, du druze, du juif, de l'africain, de l'américain, du palestinien, enfin tout ce qui bouge, tant que ça rapporte. Au bout de 15 ans, essoufflé, le gouvernement se dit qu'il a mérité une bonne retraite et que, hop, finalement, rien ne vaut la satisfaction du travail accompli. Oui. En effet, la réflexion est écrasée, cette rebelle, et maintenant, il ne nous reste plus qu'à profiter du crime. En effet, après une course-poursuite haletante qui dure presque deux ans, la guerre se termine, sans gagnant, avec que des perdants. C'est alors que quelques voix s'élèvent pour expliquer que, dans le futur d'où il vient, le gouvernement libanais, doté d'une d'intelligence artificielle, dite « la table de dialogue », fait la guerre à la citoyenneté, visant à éradiquer toute trace de nation unie afin d'assurer la suprématie des partis (« ... pour montrer leur science, une nouvelle forme d'intelligence, qui ne pouvait tolérer l'existence d'une réflexion humaine. Et notre sort a été scellé en une microseconde : prorogation ! »). Ils expliquent que le gouvernement est une créature mythique, un compte en banque doté d'un « endosquelette de métal mû par des microprocesseurs », recouvert d'une couche de tissu charnel humain, le Parlement, et que son but est de tuer le citoyen. Après quelques instants d'incertitude, où le citoyen risque de s'unifier en 2005, la peur de l'autre reprend le dessus et le pays sombre à nouveau aux mains du gouvernement.
Enfin, j'avoue que dans le film, ça se passe un peu différemment. Le méchant gouvernement du futur est envoyé au passé pour annihiler le présent, ça c'est sûr. Sauf que les gentils s'arrangent pour péter la gueule au méchant gouvernement, et le monde est sauvé. Au Liban, les gentils citoyens sont envoyés en prison parce qu'ils protestent de voir la poubelle dériver sur des torrents pluviaux, tandis que les méchants gouvernants s'arrangent encore pour se remplir les poches d'argent sale – au sens propre, puisque issu du deal des poubelles. Enfin, bref. Mon histoire n'est pas au point. Celle des poubelles non plus...
Rabih NASSAR


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Merci M. Rabih Nassar, quel plaisir de lire cette "histoire" si vraie et complète ! Dire que tant de personnes avec votre intelligence existent dans ce pays... Et que, malheureusement, aucune des MARIONNETTES-INCAPABLES censées diriger ce pays, ces soi-disant présidents, ministres et députés ne possède ne serait-ce que 1/2% de cette intelligence... Bonne et heureuse Année 2016 ! Irène Saïd
15 h 39, le 31 décembre 2015