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Des guerres dans la guerre

Héros ici, terroriste là : Samir Kantar, l'un des principaux chefs militaires du Hezbollah, tué au cours d'un raid israélien, dimanche dernier dans la banlieue de Damas, était l'incarnation de ce paradoxe qui, telle une malédiction, poursuit invariablement tout mouvement armé, quelque noble que puisse être la cause qu'il défend.


Étrange destin que celui de ce jeune garçon de seize ans, enrôlé dans la Résistance palestinienne, prenant part, en 1979, à une sanglante prise d'otages dans la ville israélienne de Nahariya. Seul survivant du commando, jugé pour le meurtre de plusieurs personnes dont un enfant, il passera près de trois décennies dans les geôles israéliennes, dont il ne sortira que dans le cadre d'un échange de prisonniers avec la milice pro-iranienne, qu'il rallie aussitôt. Dès ce moment cependant, l'État hébreu n'a guère fait secret de sa volonté de l'éliminer, tôt ou tard : comme il le fit il y a quelques années d'un autre chef du Hezbollah, Imad Moghniyé, assassiné dans un des quartiers les plus sécurisés de la capitale syrienne.


À cette implacable logique de l'œil pour œil, enracinée en Israël, sont venues s'ajouter des motivations purement stratégiques : à savoir la volonté déclarée de l'Iran et de son allié libanais de réchauffer, du dedans, un front du Golan entré en hibernation il y a plus de quarante ans. Du dedans, c'est-à-dire en mettant à contribution la population druze des hauteurs syriennes occupées. Il y a près d'un an déjà, Israël décimait, à proximité directe des lignes de cessez-le-feu, où elle se livrait à une mission de reconnaissance rapprochée, une équipe de responsables militaires iraniens et hezbollahis, dont le fils de Moghniyé. De confession druze lui-même, Samir Kantar semblait tout désigné pour recruter des volontaires sur place et créer cellules et réseaux au nez et à la barbe de l'occupant.


Pour conforme qu'il soit à la logique de vengeance et de guerre, le raid de dimanche ne laisse pas cependant de susciter une foule de questions. La toute première est celle de savoir qui, des protagonistes de la crise syrienne, a vraiment intérêt à ranimer le volcan assoupi. Or c'est en queue de liste que vient le principal concerné, c'est-à-dire le régime de Damas, propriétaire légitime du Golan qui, malgré le soutien de ses alliés, a déjà bien du mal à écraser la rébellion sans avoir à s'encombrer d'un nouveau front. Pour autant, cet impératif de prudence n'épargne pas à Bachar el-Assad l'humiliation résultant du viol répété de sa capitale sans la moindre riposte de sa part.


Humiliés, les Russes n'ont certes pas lieu de l'être, même s'ils trouvent quelque embarras à expliquer par quel prodige leur impressionnant dispositif de détection et de défense a pu laisser passer comme lettre à la poste les missiles qui ont tué Samir Kantar. La réponse est pourtant toute simple : si le Kremlin est intervenu massivement en Syrie, c'est pour sauvegarder ses intérêts stratégiques dans la région, et non pour se retrouver embarqué dans une guerre syro-israélienne. Mieux encore, Russes et Israéliens se sont très vite entendus sur une sorte de code des airs leur permettant d'éviter toute collision dans le ciel embouteillé de Syrie. De mieux en mieux pour l'État hébreu, cet arrangement vaut, de toute évidence, pour les frappes israéliennes visant les convois d'armements destinés au Hezbollah.


Dès lors, et comme on pouvait aisément s'y attendre, ne restent plus en lice que l'Iran et ses affidés libanais. Il est incontestable que sur le terrain syrien, l'ours russe a fait de l'ombre à Téhéran, réduit au rôle de second couteau ; or quoi de plus (re)valorisant qu'un nouveau foyer de tension issu de l'actuel brasier ? Ce fait est encore plus évident pour un Hezbollah fourvoyé à grands frais dans l'équipée syrienne et qui se voit reprocher d'avoir déserté les chemins de la Palestine : accusation que Hassan Nasrallah s'est évertué à infirmer durant sa dernière apparition télévisée.


En comptant les coalitions guerrières et les lieux de provenance des volontaires, les pays plus ou moins directement impliqués dans le conflit de Syrie se comptent déjà par dizaines. Ce qui est nouveau et alarmant, c'est que cette guerre entreprend maintenant de faire des petits.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Héros ici, terroriste là : Samir Kantar, l'un des principaux chefs militaires du Hezbollah, tué au cours d'un raid israélien, dimanche dernier dans la banlieue de Damas, était l'incarnation de ce paradoxe qui, telle une malédiction, poursuit invariablement tout mouvement armé, quelque noble que puisse être la cause qu'il défend.
Étrange destin que celui de ce jeune garçon de seize ans, enrôlé dans la Résistance palestinienne, prenant part, en 1979, à une sanglante prise d'otages dans la ville israélienne de Nahariya. Seul survivant du commando, jugé pour le meurtre de plusieurs personnes dont un enfant, il passera près de trois décennies dans les geôles israéliennes, dont il ne sortira que dans le cadre d'un échange de prisonniers avec la milice pro-iranienne, qu'il rallie aussitôt. Dès ce moment cependant,...