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La fin programmée du mouvement des journaliers d’EDL

À quelques sursauts près, la mobilisation des travailleurs journaliers d'Électricité du Liban (EDL) pour exiger leur titularisation s'est considérablement estompée, malgré des désaccords persistants.

Le dossier des journaliers n’a pas pesé lourd dans l’actualité récente d’EDL. Photo P. H. B.

Après avoir fait la une de l'actualité pendant près de trois ans, le mouvement des journaliers d'Électricité du Liban (EDL) semble aujourd'hui sur le point de s'essouffler. « Il ne reste plus que quelques centaines de manifestants aujourd'hui sur les 2 000 qui ont pris part à la mobilisation entre 2012 et 2014 », confirme une source à la direction d'EDL à L'Orient-Le Jour. Un constat appuyé par l'actualité récente du mouvement, dont le dernier sit-in organisé le 25 novembre devant le siège d'EDL à Beyrouth n'a mobilisé « qu'une centaine de manifestants », selon EDL. Ces derniers s'étaient réunis pour contester la décision du fournisseur d'électricité de ne titulariser que 197 d'entre eux sur les 316 admis lors des concours organisés en 2015 pour offrir une chance à certains d'entre eux d'intégrer la fonction publique.

Depuis 1995, EDL a fait régulièrement appel à quelque 2 000 travailleurs journaliers afin de sous-traiter une partie de ses opérations techniques – réparation sur le réseau électrique – ou administratives – collecte de factures. Ces employés ont accepté de travailler pendant des années dans le giron de l'établissement public sans bénéficier des mêmes garanties que ses fonctionnaires réguliers avant que la loi n° 287 votée le 2 avril 2012 ne leur réserve un concours leur offrant une chance d'être titularisés au sein de l'établissement.

Deux concours
Selon des documents officiels du Conseil de la Fonction publique que s'est procurés L'Orient-Le Jour, le nombre total de candidats autorisés à se présenter aux deux premiers concours organisés en 2015 s'était élevé à 467, répartis entre personnel administratif et technique de grade 4-1 et 4-2. « Le premier concours a été programmé pour février et le second s'est déroulé en juillet. Les dates des concours suivants – qui concernent les grades 5 et 6 – seront fixées courant 2016 », indique encore la source à la direction d'EDL. « La loi 287 n'oblige pas EDL à recruter tous les candidats qui ont réussi le concours », poursuit-elle, rappelant que « le législateur a spécifié que ce nombre dépendait des besoins du fournisseur d'électricité avant toute autre considération ». Les candidats restants qui ont réussi le concours « pourront encore être titularisés par EDL pendant deux ans si les besoins de l'établissement public le justifient », conclut la source à EDL.

Depuis cette fin de non-recevoir, la seule réaction notable des journaliers s'est résumée à une déclaration publiée le 3 décembre dans laquelle les représentants du mouvement ont accusé EDL d'avoir « recruté une soixantaine de techniciens extérieurs par le biais de deux sociétés privées ». « Les techniciens recrutés par les sociétés Rabih Consulting Group Lebanon (RCGL) et BCC services SARL, deux prestataires en contrat avec EDL, ont été engagés pour des opérations spécifiques de maintenance dans les centrales électriques de Zouk et de Jiyeh. Personne parmi les journaliers ne disposait des compétences nécessaires pour remplir cette mission », justifie la source à EDL. Aucun journalier contacté par L'Orient-Le Jour n'a souhaité s'exprimer publiquement à ce sujet.

(Pour mémoire : L'électricité coupée aux politiciens libanais mauvais payeurs)

 

Tourner la page
Cette nouvelle querelle vient s'ajouter à la longue liste des désaccords qui ont progressivement envenimé les relations entre EDL et ses journaliers. La première secousse avait été provoquée en juin 2012, lorsqu'EDL avait décidé de confier pour quatre ans la gestion des opérations jusque-là assumées par les journaliers à trois prestataires privés : National Electricity Utility Company (Neuc), KVA et Bus. Ce choix stratégique avait alors conduit ces trois sociétés à embaucher l'ensemble des journaliers, lesquels avaient alors interprété cette décision comme une manœuvre pour éviter d'appliquer la loi 287.

En août 2014, la publication de la circulaire fixant les besoins d'EDL à 897 postes vacants, soit un peu plus de la moitié du nombre de journaliers éligibles pour passer les concours institués par la loi 287, avait littéralement mis le feu aux poudres. Quelques mois plus tard, les manifestants investissaient le siège d'EDL à Beyrouth pour y rester jusqu'à ce qu'un compromis politique aboutisse à la promesse d'une organisation rapide des concours – finalement organisés en février –, à condition que les journaliers mettent fin à leur siège de 115 jours. Le nombre de postes vacants n'a, en revanche, pas été renégocié.

De nombreux journaliers ont fini par tourner la page à l'issue de cet épisode, à l'image de l'un de leurs représentants les plus actifs entre 2012 et 2014, Loubnan Makhoul. « Je me suis éloigné du mouvement pour des raisons personnelles et je n'ai plus aucun lien avec ceux qui manifestent aujourd'hui », confie-t-il à L'Orient-Le Jour. Ceux qui ont préféré choisir de garder leur emploi au sein de Neuc, KVA et Bus affirment également, sous le couvert de l'anonymat, avoir coupé les ponts avec le mouvement.

 

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