Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Décryptage

L’Arabie saoudite, prisonnière de sa politique régionale

C'est dans le double contexte de la pression internationale et de la menace de l'EI que s'inscrit la décision, annoncée mardi par Mohammad ben Selmane, de former une coalition de « 34 pays musulmans contre le terrorisme ».

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Joubeir, participant aux négociaitons sur la Syrie en compagnie du secrétaire d’État américain, John Kerry, au Quai d’Orsay. AFP/Pool/Mandel Ngan

Rien ne va plus au royaume des Saoud. Empêtré depuis neuf mois dans une guerre coûteuse contre les houthis au Yémen, les Saoudiens semblent revoir à la baisse leur objectif initial de chasser les houthis de Sanaa et de revenir au statu quo ante. Compte tenu de la « résistance » des houthis et de leurs alliés, mais également de la montée en puissance des factions jihadistes – el-Qaëda dans la péninsule Arabique (Aqpa) mais aussi l'organisation État islamique (EI) – dans cet État qu'il a toujours considéré comme son arrière-cour, Riyad a accepté de conclure une trêve, extrêmement fragile, avec ses adversaires, mardi en Suisse.

Ce conflit, qui s'inscrit notamment dans le cadre de la guerre froide qui oppose actuellement l'Arabie saoudite et l'Iran, exacerbe les tensions sunnito-chiites au moment où Riyad est particulièrement pointé du doigt pour sa responsabilité dans la montée en puissance de l'EI. Même si l'Arabie saoudite fait officiellement partie de la coalition internationale contre l'EI, elle ne participe quasiment pas, dans les faits, aux raids aériens contre le groupe. Si les avions de Riyad sont mobilisés dans le ciel yéménite plutôt que dans le ciel syro-irakien, c'est notamment parce que le royaume wahhabite veut montrer qu'il reste le principal défenseur des sunnites malgré la concurrence de l'EI.

(Lire aussi : Yémen : un dialogue qui s'ouvre dans une configuration largement modifiée)

 

Contexte paradoxal
En Syrie, les plans du royaume saoudien ont été largement bouleversés par l'intervention de Moscou. Les raids russes visent avant tout à venir en aide au régime syrien, à un moment où il est particulièrement affaibli, et ciblent notamment les positions de groupes parrainés par Riyad, comme Jaïch el-islam ou encore Ahrar el-Cham. En retour, Riyad a intensifié sa livraison d'armes aux rebelles et menace de fournir, si les raids se poursuivent, des missiles sol-air à ses « franchisés ». Si les négociations de Vienne réunissant tous les acteurs extérieurs du conflit syrien ont permis de dégager une feuille de route afin de parvenir à une sortie de crise, les États n'ont toujours pas réussi à trancher l'épineuse question du sort réservé au président syrien Bachar el-Assad.

C'est dans ce contexte paradoxal, où les États directement impliqués dans la crise syrienne s'assoient autour de la même table dans le but de trouver une solution tout en continuant d'essayer d'améliorer la position de leurs protégés sur le terrain avant la phase finale des négociations, que Riyad a reçu, le 9 décembre dernier, les représentants de l'opposition syrienne. L'objectif était d'unir pour la première fois les positions de l'ensemble des groupes d'opposition avant d'entamer des négociations avec des membres du régime au mois de janvier 2016.

Si la réunion a accouché d'un accord signé par tous les participants, notamment les factions islamistes d'Ahrar el-Cham et de Jaïch el-islam, celle-ci a été critiquée avec virulence par le leader du Front al-Nosra – branche d'el-Qaëda en Syrie –, Abou Mohammad el-Joulani, qui a d'ailleurs remis en question l'existence d'une Armée syrienne libre (ASL) sur le terrain. Au-delà des divergences majeures qui persistent entre les membres de l'opposition syrienne et qui risquent de faire échouer l'accord de Riyad, il n'est pas sûr que l'Arabie saoudite tienne réellement à ce que l'opposition négocie avec les membres du régime pour l'instant, tant que le sort de M. Assad ne sera pas tranché.


(Lire aussi : Le groupe de soutien à la Syrie planche sur la rencontre entre gouvernement et opposition)

 

Critiquée et pourtant menacée
À ses difficultés au Yémen et la fragilisation de sa position en Syrie s'ajoutent des problèmes internes qui perturbent le bon fonctionnement du royaume. Les crises régionales ont notamment mis en évidence les dissensions entre les deux hommes forts du royaume, Mohammad ben Nayef – prince héritier – et Mohammad ben Selmane – vice-prince héritier. Mais l'Arabie saoudite est surtout déstabilisée par la menace des groupes jihadistes dont la rhétorique séduit une frange importante de sa population. D'après les chiffres communiqués le 8 décembre 2015 par le Soufan Group, 2 500 Saoudiens auraient rejoint l'EI, faisant de l'Arabie saoudite le deuxième contributeur étranger des groupes jihadistes après la Tunisie et la Russie.

Mise sous pression sur les scènes internationale et régionale, et déstabilisée sur la scène interne, l'Arabie saoudite se retrouve dans une position assez paradoxale : elle est critiquée pour avoir favorisé la montée en puissance de l'EI, notamment en propageant son idéologie wahhabite dans la région, mais elle est dans le même temps directement menacée par ces mêmes organisations jihadistes qu'on l'accuse d'avoir soutenues.

Efficacité de la coalition
C'est dans ce double contexte de pression internationale et de menace terroriste que s'inscrit la décision, annoncée mardi par Mohammad ben Selmane, de former une coalition de « 34 pays musulmans contre le terrorisme », qui inclut notamment l'Égypte, la Turquie, le Pakistan et le Liban, mais exclut l'Iran, l'Irak et la Syrie. Riyad veut montrer qu'il est en première ligne dans la lutte conte le terrorisme, à tel point que le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Joubeir, a déclaré mardi qu' « aucune option n'était écartée de la table ». Cette coalition comprend deux volets : l'un est militaire et n'exclut pas l'envoi de troupes au sol ; l'autre est idéologique et vise à « combattre l'idéologie extrémiste », selon les mots de M. Joubeir.


(Lire aussi : L'adhésion du Liban à la coalition antiterroriste se fera dans les règles, assurent les milieux favorables à l'initiative)

 

L'opération ressemble surtout à un joli coup de communication. La coalition exclut les pays les plus concernés par la montée en puissance des groupes terroristes et ne fixe pas d'objectifs précis. Quel pays décidera si tel groupe est terroriste ou non, sachant que le communiqué diffusé mardi soir par le royaume ne mentionne pas explicitement l'EI ? L'Égypte, qui considère comme tels tous les groupes appartenant à la galaxie des Frères musulmans ? Le Qatar, qui ne classe pas le Front al-Nosra dans la liste des groupes terroristes? Ou bien l'Arabie saoudite, qui considère l'Iran et ses alliés comme l'ennemi numéro un ?

Autre problématique : où cette coalition pourra-t-elle intervenir ? En Syrie et en Irak, toute opération militaire visant à combattre les groupes jihadistes renforcerait les positions de Bagdad et de Damas, tous deux alliés à Téhéran. Mettre en place une coalition de pays musulmans, qui plus est très majoritairement sunnite, pour combattre une pathologie de l'islam, qui puise sa force dans la marginalisation des communautés sunnites, apparaît être la seule solution pour vaincre l'EI. Mais à défaut d'une vision commune, à défaut d'un apaisement des relations entre Riyad et Téhéran, et surtout à défaut d'une solution politique en Syrie et en Irak, qui inclurait les sunnites, il est difficile de voir comment cette coalition pourra effectivement participer au combat contre le terrorisme.

 

Lire aussi
L'Arabie saoudite s'est-elle départie de son rôle traditionnel au M-O ?

Comment l'Iran peut combattre Daech sans tomber dans une guerre sunnito-chiite ?


Rien ne va plus au royaume des Saoud. Empêtré depuis neuf mois dans une guerre coûteuse contre les houthis au Yémen, les Saoudiens semblent revoir à la baisse leur objectif initial de chasser les houthis de Sanaa et de revenir au statu quo ante. Compte tenu de la « résistance » des houthis et de leurs alliés, mais également de la montée en puissance des factions jihadistes –...

commentaires (5)

CES TROIS PAYS DIABOLIQUES QUI SE HAÏSSENT, L'ARABIE SAOUDITE, L'IRAN ET ISRAEL. EUX ILS SONT RICHES ET EN PLEIN FORME. TOUT EST DÉTRUIT AUTOUR ! ET CE N'EST QUE LE DÉBUT.

Gebran Eid

15 h 15, le 17 décembre 2015

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • CES TROIS PAYS DIABOLIQUES QUI SE HAÏSSENT, L'ARABIE SAOUDITE, L'IRAN ET ISRAEL. EUX ILS SONT RICHES ET EN PLEIN FORME. TOUT EST DÉTRUIT AUTOUR ! ET CE N'EST QUE LE DÉBUT.

    Gebran Eid

    15 h 15, le 17 décembre 2015

  • En retour, Riyad a intensifié sa livraison d'armes aux rebelles et menace de fournir, si les raids se poursuivent, des missiles sol-air à ses « franchisés » MENEEE PAR LE BOUT DU NEZ PAR LES AMERICAINS QUI ONT TOUT FAIT POUR ETOUFFER LA REBELLION SYRIENNE RIYAD LIVRERA DES MISSILES SOLAIR AUX REBELLES TRES TARD,TROP TARD QUAND ILS SERONT TOTALEMENNT NEUTRALISES.

    Henrik Yowakim

    15 h 03, le 17 décembre 2015

  • Selon , le titre de cet article, c'est intéressant se savoir que l'Arabie Saoudite avez une politique régionale ...! et qu'elle est 'elle ..? et où sont les résultats...?

    M.V.

    13 h 24, le 17 décembre 2015

  • LA SAOUDITE ET L'IRAN SONT TOUS DEUX PRISONNIERS DE LA HAINE CONFESSIONNELLE QUI LES ANIME ET LES MANIPULE... LES DEUX FACES DE LA MÊME MONNAIE CHACUNE VEUT ÉVINCER L'AUTRE POUR SE GARDER À ELLE LES DEUX FACES DE LA MONNAIE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 22, le 17 décembre 2015

  • Je comprendrai le peu d'intérêt que peut provoquer cet excellent article, il dit des vérités très proches des résistants et c'est pas moi qui le dit mais bien vous Mr Samrani. Le mot est lâché au Yémen il arrivera chez nous en Syrie et au Liban. A un de ces 4. ...

    FRIK-A-FRAK

    11 h 38, le 17 décembre 2015

Retour en haut