Léa Kamel accorde une grande importance, dans son travail, à la représentation de l’espace et aux couleurs qui, selon elle, traduisent chacune une émotion.
Enfant, Léa tombe sous le charme des films d'animation des studios Disney et Pixar. Adolescente, elle s'imagine créer des personnages de jeux vidéo mais s'oriente, une fois le bac en poche, vers des études d'architecture à l'Alba. «Mes parents sont architectes, alors j'ai opté pour cette formation par sécurité. J'étais consciente de la difficulté, pour un artiste, de travailler au Liban», raconte la jeune femme. Après un premier diplôme, Léa va choisir de se spécialiser en animation 2D/3D au sein de la même université. «Je ne m'imaginais pas travailler comme architecte alors, sans perdre de temps, j'ai voulu me consacrer à un art qui me passionne bien davantage », avoue-t-elle. La jeune diplômée ne regrette pas pour autant sa trajectoire et explique : «En plus de m'avoir permis de finir plus tôt que prévu ma licence en animation, les études d'architecture constituent une très bonne base pour tout travail d'illustration. Aujourd'hui, je comprends bien la perspective, les volumes et les espaces, j'ai une vision critique de mon travail.»
L'animation, un art encore méconnu au Liban
Encouragée par ses professeurs et par le rendu de son premier film d'animation, Koko's play, Léa décide de faire son master en animation 2D/3D. Pour son mémoire, elle va s'intéresser de près à l'animation 2D traditionnelle et ses techniques qu'elle va adopter dans son film de diplôme. Afin de pouvoir trouver son style graphique, elle sait qu'il est indispensable d'avoir, en plus d'une formation académique, une grande culture. Léa n'hésite pas à faire des recherches et à voir beaucoup de films. L'idée de son court-métrage All that is left, elle l'a puisée dans un fait divers qui l'a marquée profondément: l'incendie qui a ravagé la forêt de Baabda le 5 mai 2014. «J'ai voulu, à travers mon film, restituer ce lieu unique par sa faune et sa flore, ce havre de paix où j'aimais me rendre régulièrement.» Pour concrétiser ce projet, la jeune femme va travailler sans interruption pendant une année complète. «Puisque ce film 2D a une durée de 5 minutes, les gens ne s'imaginent pas le travail acharné et minutieux qu'il y a derrière. Ce court-métrage animé est formé à partir de 3 500 dessins», lance-t-elle amusée. Léa, qui a dessiné à la main la moitié des illustrations de son court-métrage, précise: «Je préfère le dessin traditionnel, plus personnel, au numérique. Et, forcément, cela prend plus de temps car il faut scanner et retravailler sur ordinateur chaque illustration.» Après avoir écrit l'histoire, fini le découpage et le story-board, Léa va consacrer six mois à l'animation: «Le travail de montage se fait chronologiquement, une séquence après l'autre. En animation, les faux raccords ne sont pas tolérés.»
All that is left relate l'histoire d'un petit renard qui s'enfonce la nuit dans les profondeurs de la forêt pour retrouver une bête noire, avec qui il est très complice. Un incendie va venir perturber ce rendez-vous affectueux.
La jeune animatrice 2D accorde une grande importance, dans son travail, à la représentation de l'espace et aux couleurs qui, selon elle, traduisent chacune une émotion. «L'espace représenté, poursuit-elle, ressemble à la forêt de Baabda. Le fait d'avoir choisi que l'histoire se déroule la nuit renforce le côté mystérieux et intense du lieu. Dans la ville, les couleurs sont monochromes, dans les tons de gris foncé et de noir. Dans la forêt, elles sont bleutées avec des reflets de mauve foncé et, lors de l'incendie, elles sont chaudes.» La musique signée Marwan Antonios, qui accompagne magnifiquement les images animées, a inspiré la jeune femme dans son travail de création. Ce film poétique et mélancolique a été projeté lors de la 4e édition du festival Beirut Animated et a remporté le prix du meilleur film d'animation au Festival international du film de la NDU en novembre dernier. La jeune diplômée de l'Alba est à chaque fois curieuse de découvrir comment le public va réagir en découvrant son film. Souhaitant poursuivre dans cette voie, Léa Kamel vient de fonder, avec le producteur de musique Marwan Antonios, une société d'animation 2D baptisée 23 ProductionS. Le tandem travaille actuellement sur un projet de film d'animation dans lequel la musique sera aussi importante que l'image.


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