Un blessé évacué après les bombardements hier d’un quartier à Hamouria, près de la Ghouta, zone contrôlée par les rebelles à l’est de Damas. Sameer al-Doumy/AFP
Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a accusé hier la Russie de tentative de « nettoyage ethnique » et d'être en train de « renforcer » les jihadistes de l'État islamique (EI) en Syrie, alors qu'Ankara et Moscou traversent une grave crise diplomatique. « La Russie est en train d'essayer de faire du nettoyage ethnique dans la région de Lattaquié (nord-ouest de la Syrie) pour forcer (à partir) toutes les populations arabes sunnites et turkmènes qui n'ont pas de bonnes relations avec le régime » de Damas, a déclaré M. Davutoglu à un groupe de journalistes étrangers à Istanbul. Les Russes « veulent nettoyer ethniquement cette zone pour assurer la protection des bases russes et du régime (syrien) de Lattaquié et Tartous » (sur la côte méditerranéenne), a insisté le chef du gouvernement turc. « Ils ne veulent voir aucun Arabe sunnite ou Turkmène dans cette partie de la Syrie. C'est leur but », a-t-il poursuivi. « Leur combat n'est pas contre Daech, a déclaré M. Davutoglu, ils bombardent Azaz (au nord-ouest d'Alep) pour affaiblir l'opposition, qui elle affronte Daech (acronyme arabe de l'EI). » « En d'autres termes, ils (les Russes) sont en train de renforcer Daech », a conclu le Premier ministre turc.
Ces déclarations interviennent dans un contexte où le régime de Bachar el-Assad était hier sur le point de contrôler la totalité de Homs, troisième ville de Syrie, après le départ des rebelles du dernier quartier entre leurs mains. Une grande partie de la plus vaste province de Syrie reste cependant toujours sous le contrôle des insurgés et du Front al-Nosra, branche syrienne d'el-Qaëda, dans le Nord, et du groupe État islamique (EI) à l'est, dont la célèbre ville antique de Palmyre. Hier, un convoi de dix autobus blancs où avaient pris place des femmes, des enfants et des personnes âgées avec des sacs et des valises a quitté le quartier de Waer, a constaté un journaliste de l'AFP. Ils étaient accompagnés de cinq autres autobus avec à bord des combattants, dont certains portaient leur kalachnikov. Le convoi était escorté par dix voitures de l'Onu et dix ambulances ainsi que plusieurs véhicules de l'armée gouvernementale, lourdement équipés pour éviter des incidents sur la route. Une quinzaine de blessés figurent parmi les personnes évacuées. Au terme de l'accord supervisé par l'Onu, quelque 2 000 rebelles et leurs familles vont quitter ce quartier assiégé depuis trois ans dans cette ville qui avait été surnommée « capitale de la révolution » par les insurgés. « Nous mettons en application la première partie et tout sera fini à la fin de la semaine prochaine », a souligné le gouverneur de la province, Talal Barazi.
La police en charge
Selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, 45 groupes armés se trouvaient dans Waer, dont le Front al-Nosra et des groupes islamistes. 75 000 habitants vivent dans ce quartier. Les bus vont se rendre à Qalaat al-Madiq, dans la province voisine de Hama puis dans la région d'Idleb (Nord-Ouest), tenue par l'Armée de la Conquête, réunissant le Front al-Nosra et une kyrielle de groupes islamistes. La police, et non l'armée, sera en charge de la sécurité de Waer après le départ des rebelles. Par ailleurs, selon l'OSDH, cinq femmes et trois enfants ont été tués dans un raid apparemment de l'aviation russe al-Abada, dans la région rebelles à l'est de Damas, tandis que selon l'agence officielle Sana, et dans le secteur gouvernemental d'Alep, 4 personnes ont été tuées et 21 blessées par les tirs rebelles. « Les raids aériens russes en Syrie ne visent pas principalement l'EI », a déclaré Brett McGurk, l'émissaire spécial du président Barack Obama pour la Coalition internationale antijihadiste. Selon lui, seules 30 % des frappes visent l'EI tandis que le reste des attaques prennent pour cible des organisations de l'opposition qui ne sont pas affiliées aux jihadistes.
De l'autre côté de la frontière, en Irak, les États-Unis se sont dit prêts à engager des hélicoptères d'attaque Apache contre le groupe État islamique dans la bataille pour reprendre Ramadi, si Bagdad en fait la demande, a indiqué hier le ministre américain de la Défense Ashton Carter.
(Source : AFP)


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