L’ancien président de la République exposant sa feuille de route pour une République forte, après la projection de deux documentaires sur les événements des dix dernières années.
La lumière basse de la salle comble du Palais des Congrès de Dbayé renforce le minimalisme du décor, où l'ancien président de la République Michel Sleiman fait son entrée par la porte arrière, guidé à travers l'assistance par les feux des projecteurs, jusqu'à la rangée réservée aux personnalités politiques, diplomatiques et religieuses qu'il salue une à une.
Dans un discours de près d'une heure, il expose les fondements de la charte de la Rencontre de la République, une plateforme civile qu'il a créée en pleine vacance présidentielle et qui se veut une alternative à la déliquescence institutionnelle. Avec un souci remarqué de l'explication, l'ancien chef de l'État défend le pacte national, la neutralité – telle que consacrée par la déclaration de Baabda – et le dialogue permanent, comme composant les éléments d'immunité du pays.
Il explique la teneur de la déclaration de Baabda : « Contrairement à ce qu'on a pu dire, la déclaration de Baabda ne défend pas la distanciation, mais la neutralité du Liban à l'égard des conflits. » En outre, la stratégie de défense qui s'ajoute à la déclaration de Baabda, et que « j'avais soumise au comité de dialogue, prévoit de profiter des capacités de la résistance (du Hezbollah) contre les agressions israéliennes, le temps que l'armée puisse assumer seule la défense du territoire, cette coopération se faisant seulement sous les auspices du président de la République ». Selon lui, « l'accord (libano-
palestinien) du Caire, un accord de défaite de la souveraineté libanaise, a donné le feu vert aux autres afin de s'entre-tuer au Liban. L'accord de Taëf a interdit aux Libanais de s'entre-tuer. La déclaration de Baabda, quant à elle, a interdit aux Libanais de s'entre-tuer sur le territoire des autres ».
« Le serment d'investiture libère le président »
Il affirme que « Taëf est notre contrat social » et appelle à en optimiser la mise en œuvre. Il estime néanmoins que « certaines failles, liées notamment aux prérogatives présidentielles, doivent être corrigées : devant appliquer la Constitution objectivement, le chef de l'État doit incarner le pouvoir le plus fort au sein de l'État ». « Quel que soit le camp dont est issu le président, le serment qu'il prête l'engage à ne gouverner que par consensus. Ce serment le libère de tous ses engagements politiques ou confessionnels. »
En défendant ainsi, sans les désigner, ses positions souverainistes virulentes, qui avaient été interprétées comme un retournement contre le Hezbollah, Michel Sleiman semble en même temps faire allusion aux efforts actuels de faire élire un candidat du 8 Mars à la présidence de la République. S'il s'abstient de tout commentaire sur la question, il réitère son appel à élire un président et ne manque pas de se moquer du débat sur « les caractéristiques du président ». Il fait part surtout de son optimisme pour la nouvelle année. « Tout pousse à croire dans ce pays. Voyez comment le Liban est resté stable en dépit de la guerre en Syrie, contre toute attente », a-t-il relevé, avant de lancer : « De beaux jours nous attendent à tous les niveaux. Œuvrons main dans la main pour tout rectifier et empêcher nos fils d'émigrer. »
Cet optimisme, qui n'a pas manqué d'étonner certains auditeurs, se fonde en partie sur un constat : la capacité des Libanais à s'auto-immuniser au sein d'une « République qui ne s'est jamais effondrée, bien qu'ayant toujours rivalisé avec les États ou les mini-États ».
Ainsi, c'est le refus de Taëf par le gouvernement militaire de transition en 1990 qui a pavé la voie à la tutelle syrienne et « à l'exil ou l'emprisonnement de certaines personnes, comme Samir Geagea (le chef des Forces libanaises) ». À l'inverse, c'est la résilience des Libanais, et précisément celle du chef du courant du Futur, Saad Hariri, qui a protégé le Liban de l'effondrement « après le séisme de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri en 2005 », a-t-il souligné. Il retient de cette même année son souci, en tant que commandant en chef de l'armée à l'époque, de ne pas réprimer les manifestants, mais de concilier la liberté d'expression – sur laquelle il insiste – et les impératifs liés au maintien de l'ordre public.
Pas d'ambition politique
Dans son bilan des différentes étapes politiques depuis 2005 – qui est aussi le sien –, il valorise notamment la visite du pape Benoît XVI qui affirmait que « le Liban est un modèle ». La charte de la Rencontre de la République se veut ainsi un outil de diffusion de ce modèle, une initiative de principe. « Après mon mandat, je n'aspire à aucune ambition politique », veille à souligner Michel Sleiman.
Sa feuille de route s'inspire en grande partie de Taëf et prévoit notamment : l'élaboration d'une nouvelle loi électorale, mais « pas en l'absence d'un président de la République » ; la relance dans ce cadre du Conseil national de l'émigration ; l'attribution au Conseil constitutionnel de la compétence d'interpréter la Loi fondamentale ; le non-cumul de la fonction de ministre et du mandat parlementaire ; la révision des accords bilatéraux conclus avec la Syrie ; la réciprocité dans le traitement des ambassadeurs des deux pays sur leurs territoires respectifs (il revient sur la pique qu'il avait adressée au régime syrien à ce sujet et rappelle que « notre ambassadeur en Syrie avait attendu plus d'un an pour être reçu par le chef de la diplomatie syrienne ») ; l'informatisation des établissements publics ; l'autonomisation du système judiciaire ; l'alternance au pouvoir et la continuité des programmes de réforme ; le mariage civil optionnel sur le territoire libanais ; la baisse de l'âge de vote à 18 ans ; la participation de la femme à la vie politique ; les partenariats entre les secteurs public et privé ; le vote du projet de loi sur la décentralisation administrative ; la tenue nécessaire des prochaines élections municipales, « sans quoi on attesterait de l'inutilité de la décentralisation »...
L'effort de réflexion sur des projets réalistes, faisables et pertinents est palpable.
L'élaboration de la charte a nécessité une série de réunions préalables, faisant participer au moins cent personnalités proches de la Rencontre de la République, dont le président Sleiman mentionne notamment le vice-président de la Chambre Farid Makari et le vice-Premier ministre Samir Mokbel.
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C'est c'la, oui ! Libanais(h) ! Dorénavant, dormez portes et fenêtres grandes ouvertes ! En effet l'histoire se répète.... mais en Farce !
10 h 15, le 07 décembre 2015