Rechercher
Rechercher

Diaspora - Recherche

À la conférence de la MESA, des intellectuels, des artistes et des étudiants libanais

La Middle East Studies Association vient de tenir sa réunion annuelle à Denver, dans l'État du Colorado. Le Liban y a participé via ses intellectuels, ses artistes et ses étudiants.

Ana Cruz, doctorante à l’Université de Californie Berkeley.

La Middle East Studies Association (MESA) est l'une des plus grandes associations, aux États-Unis, réunissant des chercheurs et éducateurs issus du Moyen-Orient, ou originaires d'autres pays mais intéressés par cette région. Ces chercheurs viennent de plusieurs pays arabes mais aussi d'Iran, de Turquie, d'Afghanistan, du Pakistan et d'ailleurs. Du 21 au 24 novembre dernier, ils se sont rencontrés pour des échanges sur divers sujets, des tables rondes, des conférences, des réunions à huis clos, des signatures de livres et des projections cinématographiques.

Au-delà de la guerre
Le programme de la conférence était bien chargé, et le Liban y était présent en force. Nadine Sinno, chercheuse et professeure d'arabe au sein de la Virgina Tech souligne que d'année en année ce pays occupe une place de plus en plus prépondérante au sein de cet événement. «Cela fait presque dix ans que j'y participe, dit-elle. Je remarque que la visibilité des Libanais monte crescendo. Alors que les années précédentes nous nous focalisions sur la guerre et les violences, aujourd'hui nous proposons des sujets très variés.»
Le thème de la guerre n'a certes pas disparu, mais il change de visage. On s'attarde sur l'émancipation sociale, l'homophobie, les droits des handicapés et sur d'autres sujets. Nadine Sinno a abordé des questions identitaires relatives au genre, à la nationalité... notamment dans les œuvres de Rachid Daif et d'Alexandra Chreiteh. Ces auteurs, selon elle, explorent parfaitement ces notions de genre, de sexualité et d'identité nationale dans la société contemporaine. Quant aux autres chercheurs libanais, ils ont traité la représentation sociale au sein des chaînes locales. May Farah, spécialiste en sociologie, anthropologie et études des médias, s'est penchée sur un domaine de recherche particulièrement peu étudié dans le monde arabe : la place des femmes dans la télévision libanaise. Elle s'est demandé si la femme est soumise à autant de stéréotypes que par le passé. Selon May Farah, « bien que le Liban soit considéré comme l'un des pays arabes les plus libéraux, une analyse du contenu des programmes de la télévision libanaise suggère que la place qu'il accorde aux femmes n'est pas très différente de celle des autres pays arabes ».

Comment remplacer la « wasta »
Outre ces intervenants libanais, qui ont traité de sujets relatifs à leur propre pays, des chercheurs américains et européens ont abordé à leur tour la société libanaise. Ana Cruz, doctorante à l'Université de Berkeley, en Californie, a parlé du roman Yalo d'Élias Khoury. On y découvre l'histoire de Daniel Abiad, soumis à des interrogatoires parce qu'il est soupçonné d'agression sur des hommes et des femmes. Ana Cruz montre comment, dans le livre de Khoury, la violence physique et la torture sont devenues un mode de vie visant à subjuguer et contraindre l'autre ou l'ennemi à des fins d'autopréservation.
Pour sa part, Lynda Clarke, de Concordia University, a fait partie du panel de discussion portant sur les chiites du Liban. Elle a axé son intervention sur Mohammad Jaber al-Safa, le premier historien chiite moderne, ayant écrit pendant les années 1930 le texte historique le plus largement diffusé sur Jabal Amel. Lynda Clarke a souligné que les musulmans chiites du Sud-Liban ont conceptualisé leur place dans la nation comme une communauté et une entité, via l'œuvre de cet historien.
La question des classes sociales au sein de la société beyrouthine a été décryptée par Yasmine Ipek Can. Elle s'est penchée en particulier sur le cas de jeunes issus de familles à faible revenu, qui ne profitent pas du système de la « wasta » (piston). Que font-ils quand ils se sentent désespérément coincés ?, s'interroge Yasmine Can, doctorante au sein de Stanford University. « Ils essaient de développer leurs réseaux sociaux dans des espaces comme les ONG, les universités et le travail afin de construire leurs propres réseaux de soutien », indique-t-elle. Fait intéressant, ajoute la chercheuse, « l'expansion de ses réseaux exige de ces jeunes qu'ils n'insistent pas sur leur origine de classe ou sur les marqueurs identitaires ou religieux, afin de refléter une image moins traditionnelle, plus moderne, et d'acquérir une plus grande acceptation sociale ».
Tout comme ces jeunes, les chercheurs participant à la conférence de la MESA en ont profité pour établir des liens et agrandir leur réseau. Nadine Sinno l'a bien dit : « Ce genre d'événement est bénéfique pour la diaspora libanaise car ces membres établissent des liens entre eux, se rendent compte des recherches déjà faites et de ce qui leur reste à faire. »

La MESA en bref

– En 1966, lors de sa création, la Middle East Studies Association (MESA) regroupait 50 membres fondateurs. Aujourd'hui, elle compte plus de 2 700 membres.
– Elle chapeaute soixante membres institutionnels et trente-neuf organisations affiliées.
– Elle est responsable de l'International Journal of Middle East Studies et d'autres revues d'études sur la région.
– Parmi ses intellectuels les plus éminents, considérés d'ailleurs comme « des membres honorables », citons le Libano-Américain Philippe Khuri Hitti, un Britannique d'origine libanaise, Albert Hourani, et le Libanais Kamal Salibi.
– Akram Khater, professeur d'histoire auprès de la North Carolina State University, est actuellement l'éditeur de la revue International Journal of Middle East Studies.

La Middle East Studies Association (MESA) est l'une des plus grandes associations, aux États-Unis, réunissant des chercheurs et éducateurs issus du Moyen-Orient, ou originaires d'autres pays mais intéressés par cette région. Ces chercheurs viennent de plusieurs pays arabes mais aussi d'Iran, de Turquie, d'Afghanistan, du Pakistan et d'ailleurs. Du 21 au 24 novembre dernier, ils se sont rencontrés pour des échanges sur divers sujets, des tables rondes, des conférences, des réunions à huis clos, des signatures de livres et des projections cinématographiques.
Au-delà de la guerreLe programme de la conférence était bien chargé, et le Liban y était présent en force. Nadine Sinno, chercheuse et professeure d'arabe au sein de la Virgina Tech souligne que d'année en année ce pays occupe une place de plus en plus...