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Économie - Splendeurs Et Misères Économiques

La Bourse est-elle la vie ?

Né à Beyrouth, Michel Santi est un macroéconomiste franco-suisse et fondateur d’Art Trading & Finance – Genève. Il est notamment l’auteur de « L’Europe, chroniques d’un fiasco économique et politique » et de « Misère et opulence ».

La Bourse vénézuélienne s'est envolée de 200 % cette année et se retrouve en tête des Bourses mondiales en termes de performances fulgurantes pour 2015 ! Est-ce à dire que l'économie du Venezuela jouit d'une croissance exceptionnelle et que ses retombées bénéfiques se font ressentir sur la population du pays ? Loin de là puisque le chômage vénézuélien atteint 16 % de la population active, pendant que l'économie s'est contractée de 7 % cette année avec un taux d'inflation de 100 %! Pourquoi diable la Bourse de ce pays a-t-elle quadruplé de valeur cette année et doublé rien que sur ces deux dernières semaines ? Comment expliquer les coupures d'électricité régulières, les magasins d'alimentation – quasiment vides – assaillis d'acheteurs crevant de faim et la raréfaction des biens de consommation élémentaires qui font cruellement défaut à une population qui vit et qui subit l'équivalent d'un état de guerre dans un contexte ambiant d'euphorie boursière ?
Est-ce des investisseurs débarqués de la planète Mars qui se ruent frénétiquement sur la Bourse vénézuélienne et qui provoquent ainsi son envolée spectaculaire? Sont-ils au courant de perspectives réjouissantes à venir pour l'économie de ce pays dont la croissance serait sur le point d'opérer un redressement tout aussi inattendu que phénoménal ? La réalité est bien plus prosaïque puisque celles et ceux qui sont encore détenteurs de la monnaie vénézuélienne préfèrent recycler leurs bolivars en Bourse que de subir l'érosion faramineuse de la valorisation de cette devise ayant dégringolé de 80 % en quelques mois. Les « investisseurs » – terme qui englobe ceux qui ont encore de l'argent au Venezuela – utilisent donc leur Bourse comme refuge à l'encontre de la dévaluation monétaire. Pourtant, le Venezuela n'est que la caricature d'un phénomène qui s'est emparé depuis quelques années de l'ensemble des Bourses mondiales qui jouissent de plus-values somptueuses.
En effet, les valorisations grimpent aux cieux pendant que nos économies stagnent, que nos taux de chômage s'aggravent et que la précarisation de nos sociétés devient jour après jour une évidence. C'est la grande déconnexion ou la schizophrénie du grand capitalisme qui s'enrichit tant et si bien qu'il est devenu impropre aujourd'hui de parler des 1 %, eux-mêmes désormais distancés par les 0,1 %. Voilà la Bourse chinoise en hausse de 50 % cette année alors que la croissance y a ralenti aux niveaux de 2009. La Bourse italienne en hausse de 25 % cette année est-elle sensible au chômage qui est de 13 % dans ce pays ? L'économie japonaise a-t-elle encore glissé en récession? Qu'à cela ne tienne car le Nikkei atteint tous les jours de nouveaux sommets.
Les banquiers centraux – qui, il est vrai, ont tout entrepris pour nous sauver du marasme où la haute finance nous avait précipité au milieu des années 2000 – se rendent bien compte que leur création monétaire ne bénéficie qu'à quelques heureux élus tandis que la masse des 99 % peinent à récolter des miettes. Il est vrai que la problématique – quasiment philosophique – de générer une croissance saine et profitant à l'ensemble des citoyens grâce à la politique monétaire dépasse largement et leurs compétences et (bien souvent) leur quotient intellectuel. En attendant, contentons-nous de regarder les jeux du cirque et restons spectateurs des appréciations boursières! Car, en effet, ce sont les 30 millions de Vénézuéliens qui sont dans le faux : oui, la Bourse est bien le reflet de l'économie, et – oui – c'est en mesurant leurs envolées qu'il est aujourd'hui possible de conclure que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

La Bourse vénézuélienne s'est envolée de 200 % cette année et se retrouve en tête des Bourses mondiales en termes de performances fulgurantes pour 2015 ! Est-ce à dire que l'économie du Venezuela jouit d'une croissance exceptionnelle et que ses retombées bénéfiques se font ressentir sur la population du pays ? Loin de là puisque le chômage vénézuélien atteint 16 % de la population active, pendant que l'économie s'est contractée de 7 % cette année avec un taux d'inflation de 100 %! Pourquoi diable la Bourse de ce pays a-t-elle quadruplé de valeur cette année et doublé rien que sur ces deux dernières semaines ? Comment expliquer les coupures d'électricité régulières, les magasins d'alimentation – quasiment vides – assaillis d'acheteurs crevant de faim et la raréfaction des biens de consommation...
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