L’édito de Émilie SUEUR

Otages

L’édito
30/11/2015

Depuis vendredi, le Liban vit au rythme des rumeurs et informations circulant autour de l'éventuelle libération des militaires otages du Front al-Nosra.
À l'heure de mettre sous presse, les 16 militaires, otages depuis près d'un an et quatre mois, étaient toujours aux mains des islamistes qui semblaient vouloir faire monter les enchères.
Mais nous voulons voir dans l'annulation par le Premier ministre Tammam Salam de son voyage prévu à Paris « pour suivre les développements de l'affaire », un signe d'espoir.
Nous voulons croire que dans les heures à venir, prendra fin le cauchemar des proches des otages qui, depuis août 2014, mènent une vie sinusoïdale, de montée d'espoir en profond abattement, ballotés entre les rumeurs véhiculées par des médias, les déclarations des autorités et les revendications des kidnappeurs.
Nous voulons croire que, bientôt, ces hommes chargés de défendre le pays tomberont dans les bras d'une épouse, d'une mère, d'un père, embrasseront, peut-être pour la première fois, un fils, une fille.
Aujourd'hui, nous espérons que l'angoisse vécue par les proches ne soit plus qu'un mauvais souvenir.
Pour quelques proches du moins. Car elle devrait continuer pour les parents des militaires aux mains du groupe État islamique, avec qui le canal de discussion semble fermé depuis un moment déjà. Il ne faut pas oublier ces otages-là. Il ne faut pas « s'habituer » à la situation.
Il ne faut ni s'habituer ni oublier une autre crise. Car au Liban, des millions de personnes sont, en quelque sorte, aussi des otages. Pas d'un groupe armé, extrémiste, terroriste, mais d'un pouvoir politique et de sa faillite.
Depuis le 17 juillet 2015 (quatre mois et deux semaines), des millions de Libanais sont otages de la crise des déchets. Contraints de subir l'incapacité de l'actuel gouvernement et de ses prédécesseurs à prévenir la crise, puis, une fois au pied du mur nauséabond d'ordures, à y trouver une solution et à la mettre en œuvre.
Depuis des années, les Libanais sont otages d'un système bloqué, résultat d'une funeste division politique sur des lignes communautaires qui exclut toute alternance et érige une union nationale qui n'en a que le nom en nécessité absolue.
Depuis le 31 mai 2013 (deux ans et six mois), et la première autoprorogation du Parlement, des millions de Libanais sont privés de leur liberté de choisir leurs élus. Le 5 novembre 2014, les députés ont voté une nouvelle prolongation de leur mandat de deux ans et sept mois.
Depuis le 25 mai 2014 (un an et six mois), des millions de Libanais voient la présidence être marchandée dans leur dos.
Depuis toujours, des milliers de Libanaises sont otages d'un système archaïque et inégalitaire qui ne leur permet pas de transmettre la nationalité à leurs enfants.
Depuis des années, des millions de Libanais sont privés d'un accès décent à l'eau et à l'électricité...
Par quoi passe la libération de ces otages-là ?

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Le Faucon Pèlerin

Parlez-vous aux temps des empires des Incas, des Aztèques ou des Libanais et du Liban ? Sommes-nous au XIIIème ou au XXème siècle ?

ACE-AN-NAS

En général on est toujours le martyr , le souffre douleur ou l'otage de quelqu'un .

C'est juste une question de se voir à la droite ou à la gauche d'un événement .

Il faudra faire son choix pendant qu'il est encore temps !
quand les résultats seront prononcés , les jeux seront faits , et rien n'ira plus pour les abrutis qui auront tout faux et seront de l'autre côté de la barrière .

Ne nous sentons pas visés , je pourrai bien être dans le groupe du mauvais côté , même si je ne le crois pas !

Hitti arlette

C est vicieux d accabler nos hommes de "politique-sinecure " qui depuis un moment s echinent a force de faire des galipettes entre l arabie, le qatar, paris et qui sait peut-etre le yemen un de ces quatre. Nos hommes politiques fiers il ya quelques jours de feter l independance du Liban mais qui vont supplier cà et là pour avoir l' aval d un nom (au gout de sable chaud) d'un president qui viendra combler le vide du siege de baabda .

Yves Prevost

Ne pas oublier aussi d'autres soldats, prisonniers également, mais beaucoup plus nombreux et depuis beaucoup plus longtemps, dans les geôles du régime syrien. D'ailleurs, depuis la révolution, sait-on s'ils sont encore en vie?

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