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Moyen Orient et Monde - Éclairage

La Belgique est-elle réellement le terreau du terrorisme en Europe ?

Les mesures du gouvernement belge pourraient ne pas suffire pour endiguer un phénomène grandissant et qui a profité des failles d'un système souple en matière de surveillance.

Le 18 novembre, les habitants de Molenbeek ont rendu hommage aux 130 victimes des attentats de Paris. Emmanuel Dunand/AFP

Alors que Salah Abdeslam, l'un des assaillants des attentats du 13 novembre à Paris, est encore en cavale et se trouverait même en Allemagne, la police belge semble piétiner dans son enquête. Pourtant, le niveau d'alerte a été abaissé d'un cran jeudi, ce qui n'aurait sans doute pas été le cas sans l'apparition de nouveaux éléments. Une sixième personne a d'ailleurs été interpellée jeudi à Bruxelles et a été inculpée hier pour « attentats terroristes », selon le parquet fédéral belge. Mais ces résultats semblent bien maigres deux semaines après les pires attaques de l'histoire de la France.

La faute n'en incombe pas pour autant aux services de renseignements belges. Il est en effet nécessaire de mettre en lumière les raisons pour lesquelles toutes les pistes de l'enquête actuelle, et de celles qui l'ont précédée, remontent jusqu'à la Belgique, et plus particulièrement aux quartiers bruxellois de Molenbeek, d'Ixelles et de Schaerbeek, ainsi qu'aux villes d'Anvers et de Verviers. Lorsque le Groupe islamique armé (GIA) algérien a lancé ses activités terroristes en Algérie au début des années 1990, la France a été visée par des attentats perpétrés par ce groupe, rappelle Alain Lallemand, journaliste au quotidien belge Le Soir, qui explique que ces terroristes francophones ont cherché refuge en Belgique à l'époque, « parce que les écoutes téléphoniques n'y étaient pas autorisées ».

Le caractère géographique absolument central de la Belgique entre la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne est fondamental, puisque c'est au niveau de ces trois pays que la circulation terroriste se fait et que la Belgique a un rôle pivot. Mais il y a sans doute aussi peu de traditions du renseignement, même si cela commence à naître au niveau du renseignement militaire. Au niveau du civil également, « la société est culturellement très opposée au fait d'avoir un service de renseignements intrusif », souligne le journaliste.


(Lire aussi : Verviers la mal-aimée face aux démons du radicalisme)

 

Compétences et failles
Différents reproches de la presse internationale en général, française en particulier, ont également été formulés, probablement « sous le coup de l'émotion suscitée par les attentats », estime Thomas Renard, chercheur à l'Institut Egmont de Bruxelles et expert en terrorisme. « Cela n'est ni constructif ni fondé, parce que l'on sait que les services de renseignements belges sont compétents. De nombreux services de renseignements étrangers ont d'ailleurs loué la qualité du travail des renseignements belges », relève le chercheur, qui, comme M. Lallemand, insiste sur la collaboration étroite entre les renseignements belges et français. Ceci dit, s'il y a eu des attentats, c'est donc qu'il y a eu une faille quelque part. Pour M. Renard, elle vient de tous les États qui ont permis la circulation des personnes entre la Syrie et l'Europe. Elle vient aussi des services de renseignements (ces personnes étaient fichées, donc identifiées), ainsi que de la France même, car la majorité des assaillants sont français.

Il y a aussi un réel problème en Belgique, dans certaines communes bruxelloises et ailleurs, qui combinent à la fois foyers de radicalisme avec un vrai problème économique, de « ghettoïsation », selon le terme utilisé par M. Renard. Ces communes ont été presque négligées par les politiques de développement économique ces vingt dernières années. « Après, affirmer que la Belgique est une base arrière du terrorisme international me semble complètement exagéré et prouve un manque de recul total. La plupart des grandes villes européennes ont leurs banlieues complètement radicalisées, leurs quartiers délaissés », nuance le chercheur, qui dénonce « un effet de loupe » un peu exagéré.

Depuis les attentats, un autre problème qui a été soulevé est la complexité institutionnelle de la Belgique, explique M. Renard, qui donne l'exemple du Conseil national de sécurité (principaux ministres fédéraux – Intérieur, Justice, Défense ... – et services de renseignements et de sécurité), qui travaille en parallèle au Conseil régional de sécurité (ministre-président de la région bruxelloise, et bourgmestres des communes de la région bruxelloise).


(Lire aussi : En état d'alerte maximale, Bruxelles entre ras-le-bol et compréhension)

 

Communication maladroite et mesures annoncées
Pendant ce temps, la population, de manière générale, et même les experts qui suivent l'enquête sur les attentats de Paris de près ont « très peu » d'informations, déplore M. Renard. Le gouvernement et le parquet communiquent très peu, et même un peu « maladroitement » à certaines occasions, selon lui. Cela peut, des fois, mener à avoir une image erronée de la situation. Par exemple, ce n'est que deux jours après l'annonce de la fermeture d'établissements scolaires – de manière confuse – que le gouvernement a expliqué vouloir libérer un maximum d'effectifs policiers et les garder à sa disposition. Entre-temps, la population a cru à des attaques imminentes contre ses enfants, alors que des cibles privilégiées « seraient plutôt des centres commerciaux et le système de transports urbains », avance le spécialiste. D'après ce dernier, le gouvernement et le parquet se retranchent probablement derrière l'argument selon lequel l'enquête est encore en cours, et que donc peu d'éléments peuvent être communiqués.

Est-il alors possible d'endiguer ou même d'éradiquer ce phénomène qui ne cesse de grandir ? Pour Alain Lallemand, il est certain que le gouvernement belge se doit de renforcer la dotation des services de renseignements militaires. Il est également notoire, d'après le journaliste, qu'il y ait un renforcement nécessaire des services de renseignements civils, appelés en Belgique la Sûreté de l'État, et qui a certainement besoin d'analystes, d'arabisants, « bref de 100 à 200 personnes en plus, d'autant qu'on a un service de renseignements qui compte, sur papier, 700 agents ».

 

(Lire aussi : « Les gens pensent que Molenbeek, c’est Bagdad, mais non ! »)



En attendant, rappelle de son côté Thomas Renard, le Premier ministre Charles Michel a annoncé une batterie de 18 mesures, en plus des 12 déjà annoncées après les attentats de Charlie Hebdo en janvier ; cela fait donc 30 mesures proposées mais pas encore adoptées. Ces dernières consistent par exemple à allouer davantage de moyens aux services de renseignements, de mettre systématiquement en prison toute personne qui reviendrait de Syrie (alors qu'il y a un problème sérieux de radicalisation au sein des prisons belges, déjà surpeuplées), de mettre des bracelets électroniques à toute personne suspectée de vouloir se rendre en Syrie, etc. Beaucoup de ces mesures sont donc problématiques et vont certainement susciter d'interminables débats, d'autant qu'il va falloir attendre très longtemps avant qu'elles ne portent leurs fruits. Mais une réelle stratégie à long terme pour combattre la radicalisation en profondeur, et qui prendrait en compte tous les éléments, comme le socio-économique, ne semble pas encore avoir vu le jour.

 

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Alors que Salah Abdeslam, l'un des assaillants des attentats du 13 novembre à Paris, est encore en cavale et se trouverait même en Allemagne, la police belge semble piétiner dans son enquête. Pourtant, le niveau d'alerte a été abaissé d'un cran jeudi, ce qui n'aurait sans doute pas été le cas sans l'apparition de nouveaux éléments. Une sixième personne a d'ailleurs été interpellée...
commentaires (1)

eh bien,La belle Europe va être fichue ,comme l a été le doux Liban,si tous gens la ne sont pas renvoyer chez eux! quel etat des choses et quel sujet de conversation en 2015...

Marie Claude

10 h 49, le 28 novembre 2015

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Commentaires (1)

  • eh bien,La belle Europe va être fichue ,comme l a été le doux Liban,si tous gens la ne sont pas renvoyer chez eux! quel etat des choses et quel sujet de conversation en 2015...

    Marie Claude

    10 h 49, le 28 novembre 2015

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