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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Entre Moscou et Ankara, une tension à l’extrême mais des risques de dérapage plutôt réduits

La Turquie a abattu hier un avion militaire russe à la frontière syrienne, suscitant la colère de Moscou et les craintes de la communauté internationale quant aux conséquences géopolitiques de cette attaque. Cet incident, le plus grave depuis le début de l'engagement russe aux côtés du président syrien Bachar el-Assad, intervient dans un contexte déjà tendu entre les deux pays. Les incidents de frontière se sont en effet multipliés entre Ankara et Moscou, et l'Otan avait déjà, début octobre, appelé la Russie à « pleinement respecter l'espace aérien de l'Otan et à éviter une escalade de tensions avec l'alliance ».


De manière générale, la Russie a pour réputation de tester les frontières des autres pays, en particulier en Europe du Nord et de l'Est, selon les experts. Mais cette affaire est « complètement différente des autres en Europe où il était difficile de déterminer si la Russie était simplement négligente ou délibérément provocatrice », explique à l'AFP Keir Giles, un expert du centre de réflexion londonien Chatham House. Ici « la Russie connaissait parfaitement les risques », souligne-t-il.

 

(Lire aussi : Joumblatt évoque une « escalade de la guerre froide » autour de la Syrie)


Ces derniers jours, des frappes russes contre les communautés turkmènes, vivant près de la frontière syro-turque, avaient déjà été vivement critiquées par Ankara. Bayram Balci, chercheur au CERI-Sciences Po de Paris et spécialiste de la Turquie, explique à L'Orient-Le Jour que l'attaque contre l'avion russe pourrait très bien être liée à ces récentes frappes. Il y a « une vraie sensibilité et sympathie turque envers la communauté turkmène qui a toujours été une alliée de la Turquie », souligne le chercheur. Pour les Turcs, « c'est un moyen de montrer qu'ils sont déterminés à être très impliqués en Syrie », poursuit-il, tout en soulignant qu'« il est difficile d'imaginer que les Russes aient volontairement cherché à provoquer la Turquie et d'aggraver des relations déjà assez tendues ».
Côté russe, le président Vladimir Poutine a dénoncé « un coup de poignard dans le dos porté par les complices des terroristes » et averti que l'incident aurait de « graves conséquences » sur les relations bilatérales. D'après Bayram Balci, toutefois, les conséquences ne devraient pas être trop importantes. « (Les Russes) ont intérêt à coopérer », affirme-t-il. « Ils ont déjà suffisamment de pays qui s'opposent à eux sur le plan international » et, comme le rappelle Daragh McDowell, analyste pour Verisk Maplecroft Consultancy, « ce n'est pas la seule crise que la Russie traverse en ce moment », en référence à l'Ukraine. Pour lui, le Kremlin va au contraire « vouloir minimiser » l'impact de cette affaire auprès de l'opinion russe.

 

(Lire aussi : « Nous sommes tous français », lance Obama à Hollande)

 

« Jeu douteux »
En Turquie, le gouvernement, exaspéré par la position russe sur la Syrie et les « violations régulières » de son espace aérien par des avions russes, pourrait en revanche tenter de se servir de cette affaire pour « accentuer la confrontation avec Moscou », estime Daragh McDowell. « Il y a un jeu douteux de la part de la Turquie dans cette affaire », avance Jean-Claude Allard, ancien général et directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). « Ce geste de la part des Turcs me semble signifier clairement qu'ils ne veulent pas entrer dans la coalition (anti-EI) », ajoute-t-il. L'incident pourrait en outre avoir un impact non négligeable sur la mise en place d'une coalition anti-EI mondiale et compliquer l'action du président français François Hollande, qui cherche à convaincre les grandes puissances de participer au combat de la France pour « détruire » l'EI.


Selon M. Balci, « François Hollande va essayer de montrer que cette crise n'est pas aussi importante que cela pour tenter de monter sa coalition; mais même sans cette crise, il aurait eu beaucoup de travail pour rapprocher les deux pays ». La Russie et la Turquie ont en effet des visions opposées sur le dossier syrien et la traditionnelle méfiance de la Turquie envers la Russie, qui remonte à l'opposition des Empires russe et ottoman, ne laisse pas présager une amélioration des relations.

 

Pour mémoire

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La Turquie a abattu hier un avion militaire russe à la frontière syrienne, suscitant la colère de Moscou et les craintes de la communauté internationale quant aux conséquences géopolitiques de cette attaque. Cet incident, le plus grave depuis le début de l'engagement russe aux côtés du président syrien Bachar el-Assad, intervient dans un contexte déjà tendu entre les deux pays. Les...
commentaires (6)

".... Les Grands turcs ont voulu.... au son des dérbbbakéhhhs !".

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

14 h 06, le 25 novembre 2015

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Commentaires (6)

  • ".... Les Grands turcs ont voulu.... au son des dérbbbakéhhhs !".

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    14 h 06, le 25 novembre 2015

  • Il serait de la dernière idiotie de se lancer dans des prédictions oiseuses. Il faut juste admirer les claques des Grands Turcs et se suffire d'applaudir. Le mur de la honte a volé en éclats et rien ne sera plus comme avant. Comme leurs "frères" Arabes Sains Syriens Musulmans et donc Sunnites, les Grands Turcs ont voulut ! Et quand on veut, on peut et quand on peut on doit ! Sonnez trompettes, battez tambours, organisons la farandole et montons une dabbbkéhhh au son des dérbbbakéhhh ! L'avenir s'ouvre enfin devant les Sains Syriens et pour l'éternité !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 36, le 25 novembre 2015

  • L'intervention turque contre l'aviation russe en Syrie est une grave erreur ...surtout, après les bombardements illégaux turques contre les kurdes en Irak ...Erdogan ...., va vite s'apercevoir que l'OTAN ,ne lui appartient pas ...! et que ce n'est pas un nouvel Empire Ottoman.....! les nouveaux moyens anti-aériens Kurdes seront là pour le soumettre à constater une dure réalité ....!

    M.V.

    12 h 06, le 25 novembre 2015

  • L'intervention directe Russe dans le conflit n'a fait que l'aggraver, le compliquer et l'allonger dans le temps... Les premières frappes Russes n'ont pas été contre l'EI, qui ne présentait pas LE danger contre Bachar, mais les Russes s'en sont pris a toutes les factions dites modérées, contre lesquelles d'ailleurs, les troupes de Bachar n'ont pu avancer d'un centimètre. Seul lorsque dernièrement ils s'en sont pris a l'EI, ils ont réalisé des gains, et encore, bien minimes. Sur ce, la Turquie envoie a Poutine un message clair et sans appel: "Vous êtes la pour l'EI point a la ligne, touchez pas a mes potes". La Russie toute puissante qu'elle soit, devra marcher sur des œufs tenant compte que la Turquie tient le détroit du Bosphore et a des supports Syriens bien établis. En contre partie la Russie reste quand même une grande puissance et a aussi plusieurs cartes en main tel que les Kurdes, l’Arménie, etc... qu'elle pourrait soutenir pour créer des troubles a la fois internes et externes qui mettrons la Turquie sous pression. Affaire a suivre puisqu'elle met a contribution tous les ennemis du Liban et finira par lui permettre de sortir de tous les jougs a moyen et long terme. Étrillez vous les amis étrillez vous, nous ramasserons les restes a la petite cuillère.

    Pierre Hadjigeorgiou

    10 h 01, le 25 novembre 2015

  • L'IRRESPONSABILITÉ TURQUE EST UN RISQUE NON CALCULÉ !

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    07 h 12, le 25 novembre 2015

  • Le président Hollande veut monter une vaste alliance contre Daech incluant l'Amérique (avec les 50 soldats d'Obama), la Russie, la Turquie etc. et ces puissances abattant les avions les uns des autres ! Un grand bordel ?!

    Halim Abou Chacra

    05 h 32, le 25 novembre 2015

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