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Sport - Éclairage

Sport et politique : les « Liaisons dangereuses »

À des fins de propagande ou d'expansionnisme économique, les nations ne reculent devant rien pour se faire valoir.

Les pouvoirs politiques entretiennent des rapports tortueux avec le sport, manipulé à des fins de propagande par l'Allemagne nazie, l'URSS et les États-Unis durant la guerre froide, la Chine ou la Russie aujourd'hui, ou dans un but d'expansionnisme économique, comme le Qatar.
Le rapport explosif de l'Agence mondiale antidopage (AMA), qui a conduit à la suspension provisoire de la Russie par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), a révélé que le dopage d'État, résultant de directives venues du sommet de la pyramide politique et coercitif au point de faire fuir les sportifs réfractaires, n'avait pas disparu avec le mur de Berlin. Experte en la matière, l'ex-Allemagne de l'Est a inspiré, avant de se fondre dans celle de l'Ouest, nombre de pays frères ou amis. Comment imaginer dès lors que ces pratiques n'aient pas résisté aux bouleversements politiques. En Allemagne comme ailleurs, le sport n'a pas fait l'objet d'une chasse aux sorcières après 1989. Les sportifs dopés ont pu devenir des entraîneurs, parfois dopeurs, avec la complicité plus ou moins tacite des autorités politiques pas fâchées de voir briller leurs couleurs.
Car l'intérêt des pouvoirs politiques pour la chose sportive a comme motivation première de voir son drapeau, son hymne, ses couleurs portées haut, au regard du monde entier. Une démonstration de force que les experts nomment le « soft power ». Entre 1960 et 1990, en pleine guerre froide, la victoire par nations au nombre de médailles faisait pleinement partie de l'arsenal diplomatique des États-Unis et du bloc soviétique, de même que le recours au boycott.
Chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), Pim Verschuuren estime qu'en Russie, « il n'y a sans doute pas eu de continuité du modèle soviétique car tout s'est écroulé dans les années 1990 ». Mais, selon lui, le contrôle du sport « est revenu ces dernières années quand le pouvoir autoritaire a repris la main ». « Dans les pays autoritaires, le choix d'investir dans le sport n'est pas remis en cause », poursuit-il, citant l'exemple de la Chine dont « les JO de 2008 ont été un outil de propagande externe, mais également interne ». En effet, la Chine utilisa ses Jeux à Pékin pour assommer le monde entier de son savoir-faire en matière d'organisation, de sa richesse et de ses talents sportifs, après avoir bâti pendant sept ans un programme de préparation intensive de ses athlètes dont personne n'a encore percé les secrets.

Diplomatie du ping-pong
Démonstration de force politique, les Jeux sont également étroitement liés à la puissance économique. En 1989, le CIO accorda ainsi les Jeux de 1996 à Atlanta, la ville de CNN et de Coca-Cola, pour remercier ces entreprises américaines de leur soutien financier indéfectible.
Depuis une quinzaine d'années, les pays du Golfe ont compris la puissance du sport en matière de communication. Que serait l'image du minuscule Qatar, malgré sa richesse en matières premières, sans ses succès sportifs en matière d'organisation de grands événements, d'influence dans les institutions internationales, de naturalisation d'athlètes ou d'acquisition de clubs ? « L'objectif du Qatar est d'exister aux yeux du monde, estime Pascal Boniface, directeur de l'Iris. Petit pays fragile dans une zone sensible, il préfère investir dans le sport plutôt que dans un système de défense hors de portée. »
En matière d'organisation politique du sport, on va ces dernières années vers une autonomie quasi totale. « Le CIO et les grandes fédérations internationales, comme la Fifa, ont réussi à s'affranchir du politique, elles ne sont pas remises en causes par les États », reprend Pim Verschuuren. « On n'imaginerait plus aujourd'hui un boycott, comme dans les années 1980 tant le sport est devenu autonome. Le CIO se pose quasiment en agence onusienne », poursuit-il, notant pourtant que nombre de comités nationaux olympiques, ou de fédérations nationales sont dirigés par des politiques, comme le prince héritier du Qatar.
Souvent délétère, l'utilisation politique du sport peut parfois avoir des effets vertueux. C'est le cas de la fameuse diplomatie du ping-pong qui permit, dans les années 1970, un renouveau dans les relations entre la Chine et les États-Unis grâce à des échanges sportifs entre les deux pays.
(Source : AFP)

Les pouvoirs politiques entretiennent des rapports tortueux avec le sport, manipulé à des fins de propagande par l'Allemagne nazie, l'URSS et les États-Unis durant la guerre froide, la Chine ou la Russie aujourd'hui, ou dans un but d'expansionnisme économique, comme le Qatar.Le rapport explosif de l'Agence mondiale antidopage (AMA), qui a conduit à la suspension provisoire de la Russie par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), a révélé que le dopage d'État, résultant de directives venues du sommet de la pyramide politique et coercitif au point de faire fuir les sportifs réfractaires, n'avait pas disparu avec le mur de Berlin. Experte en la matière, l'ex-Allemagne de l'Est a inspiré, avant de se fondre dans celle de l'Ouest, nombre de pays frères ou amis. Comment imaginer dès lors que ces pratiques n'aient...
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