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Liban - Crise Des Déchets

Faute de plan national, le chaos s’installe

Un ballet de camions qui viennent d'on ne sait où, des dépotoirs improvisés de plus en plus nombreux, des opérations incessantes d'incinération d'ordures à l'air libre... Bref, c'est l'anarchie au niveau de la crise des déchets.

Mohammad Machnouk en marge de la signature d’un protocole avec Riad Salamé : « Nous voulons des décharges, pas l’importation. » Photo Nasser Traboulsi

Vu hier dans la journée : une camionnette, transportant des sacs d'ordures ménagères de provenance inconnue, les décharge impunément sur un trottoir entre Dora et Nahr el-Mott. Senti il y a deux jours : des déchets brûlant en plein air, durant une après-midi entière, remplissant tout un quartier de Hazmieh d'une odeur âcre qui sent la maladie et la mort. Même scène à Sibline, qui a poussé les habitants à fermer de force le site sauvage où sont brûlées les ordures. Les dépotoirs improvisés font leur apparition partout : les randonneurs en découvrent dans la nature, les habitants constatent leur existence dans les vallées... Et du côté du gouvernement, toujours le même flou. Décharges ou pas décharges ? Exportation ou pas ? Le temps passe et l'hiver s'installe.

La journée d'hier, comme les journées qui l'ont précédée, était marquée par le mutisme des autorités. La seule déclaration politique sur le sujet des déchets a été faite hier par le ministre de l'Environnement Mohammad Machnouk, en marge de sa signature d'un protocole de prêts à long terme pour le secteur de l'environnement avec Riad Salamé, gouverneur de la Banque centrale. « Je réitère mon appel à trouver des sites de décharges, a-t-il dit. Nous ne voulons pas de bateaux d'exportation, sauf si nous y sommes acculés, parce que cette option est la plus problématique. Nous espérons que les Libanais se dirigeront vraiment vers la transformation des déchets solides par le recyclage, le compostage et d'autres traitements, qui permettront d'en réduire les quantités, ce qui rendra leur traitement plus aisé. »

 

(Lire aussi : Aux saboteurs de la République)


Dans les coulisses, les milieux du Premier ministre Tammam Salam ont indiqué à l'agence al-Markaziya que celui-ci continue d'étudier les options d'exportation (vers l'Allemagne, la Suède ou la Grande-Bretagne), malgré les difficultés : coût élevé de quelque 220 dollars la tonne, critères stricts que les déchets au Liban ne remplissent pas, notamment les ordures empilées depuis des mois... Le Premier ministre craint aussi, selon ces sources, que toute velléité de solution ne soit aussitôt combattue sur la scène interne, et de ce fait, il ne devrait pas convoquer les ministres à une réunion tant que le consensus sur cette affaire n'aura pas été assuré.
La Syrie est l'une des options d'exportation dont on a parlé ces derniers jours. Une proposition glissée en coulisses par des composantes du 8 Mars, selon des sources du 14 Mars, qui s'exprimaient à al-Markaziya. Ces sources affirment le refus de cette option par les forces du 14 Mars, qui y voient une manière pour le Hezbollah, lui-même impliqué militairement en Syrie, d'obliger le gouvernement libanais à traiter avec le régime syrien, et ramener ce dernier à une certaine normalisation. Elles accusent par ailleurs le Hezbollah d'avoir « entraîné le dossier des déchets dans le bazar de la politique locale, comme il l'avait fait pour la présidence de la République ».

 

(Repère : Incinération des déchets : les avantages et les inconvénients)

 

Revenir à la logique du tri
Si les responsables semblent face à une impasse (ou qu'ils s'enferment tout simplement dans leur mutisme), qu'en pense la société civile ? Pour le militant Raja Noujaim, ce chaos constaté est prévisible étant donné « l'irresponsabilité des dirigeants en matière de gestion des déchets ». Il est d'avis que « l'exportation coûte extrêmement cher, pour la préparation des déchets comme pour leur transport vers leur destination ». « Comment va-t-on financer l'exportation à raison de 250 à 300 dollars par tonne ? se demande-t-il. Par la Caisse autonome des municipalités ? Pourquoi l'ensemble des municipalités devraient s'acquitter du coût exorbitant de services consacrés aux régions de Beyrouth et du Mont-Liban seulement ? Est-ce juste ? »
« Il faut arrêter de parler décharges mais passer à la culture du tri », affirme le militant. Un tri temporaire pour retirer les déchets recyclables très visibles dans les bennes, puis un tri secondaire dans des usines de traitement, celle de Coral à Beyrouth ou ailleurs, permettrait de réduire de manière significative le volume de déchets, dit-il. À partir de là, pour les tonnes qui restent, il propose un tri et un compostage à Ammick (une terre a été mise à disposition pour le compostage dans cette localité de la Békaa), ou du moins une opération similaire au Akkar. « Qu'on arrête de parler de décharges aux habitants du Akkar, mais plutôt de centres de tri et de traitement qui permettraient d'engager des travailleurs et de profiter à l'économie locale », ajoute-t-il.

 

(Lire aussi : Toxicité des déchets : bientôt le point de non-retour)


D'autres propositions ont été apportées récemment par le Comité libanais de l'environnement et du développement. Selon cette ONG, fondée en 1993, il est nécessaire de doter l'équipe officielle qui aide le Premier ministre dans ce domaine de « compétences plus grandes et plus spécialisées ». Elle suggère aussi de donner la priorité « à des concepts qui sont loin de la logique du partage du gâteau, comme celui de la réduction des déchets à la base, par l'instauration d'un système de taxes approprié ». Troisièmement, il serait bon, selon le comité, de lancer des efforts de tri à la source, par le biais des municipalités ou du secteur privé : cela assurera des opérations de compostage réussies suite à la collecte des déchets ménagers triés, ainsi que des déchets « verts », résultant des restes de marchés de légumes et fruits et de l'élagage d'arbres. Pour ce qui est des déchets inertes, il conviendrait de les enfouir dans des décharges équipées, anciennes ou futures. Enfin, l'ONG propose de former des comités de contrôle pour la mise en place de ce plan.

Sur un autre plan, dans l'affaire du litige autour du terrain sur lequel a été placé un incinérateur à Dhour Choueir, entre la municipalité et certains des copropriétaires, une décision finale du juge des référés Ralph Karkabi est attendue d'ici à mardi. Dans une première décision, le juge avait suspendu toute activité sur le terrain, ce qui n'avait pas freiné pour autant l'installation de l'incinérateur ni les tests effectués sur l'appareil.

 

Pour mémoire
Face au rejet du plan Chehayeb, Salam planche sur une possible exportation

Déchets : « Marche contre la maladie », nouveau cri des citoyens et des municipalités

Vu hier dans la journée : une camionnette, transportant des sacs d'ordures ménagères de provenance inconnue, les décharge impunément sur un trottoir entre Dora et Nahr el-Mott. Senti il y a deux jours : des déchets brûlant en plein air, durant une après-midi entière, remplissant tout un quartier de Hazmieh d'une odeur âcre qui sent la maladie et la mort. Même scène à Sibline, qui a poussé les habitants à fermer de force le site sauvage où sont brûlées les ordures. Les dépotoirs improvisés font leur apparition partout : les randonneurs en découvrent dans la nature, les habitants constatent leur existence dans les vallées... Et du côté du gouvernement, toujours le même flou. Décharges ou pas décharges ? Exportation ou pas ? Le temps passe et l'hiver s'installe.La journée d'hier, comme les journées qui l'ont...
commentaires (9)

LE BORDEL AMBULANT DE MADAME CLAUDE...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

18 h 45, le 09 novembre 2015

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Commentaires (9)

  • LE BORDEL AMBULANT DE MADAME CLAUDE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    18 h 45, le 09 novembre 2015

  • c'est dommage certains prennent en otages tous les libanais en bloquant tout systématiquement tout .. n'avons nous pas entendu que le hezb et le cpl(declaration de responsables archives OLJ) n'allait pas bloquer les résolutions de la crise des déchets ?!?!?! qu'est ce que cela veut dire? et bien tout simplement parcequ'il y a moyen de bloquer et le font savoir !!

    Bery tus

    00 h 03, le 08 novembre 2015

  • Il est grand temps de canaliser toutes les aides pour résoudre ce problème de déchets qui n'est pas un problème si insurmontable que cela Une fois ce problème résolu, le moral des libanais sera au beau fixe pour se consacrer à l'élection d'un président de la République. Mais les crabes qui nous gouvernent ont ils intérêt à résoudre ces gros problèmes? Ce sera la fin de leur mandat et de leur prérogatives

    FAKHOURI

    14 h 59, le 07 novembre 2015

  • LE CHAOS EST LA DEPUIS BELLE LURETTE... MAINTENSNT C,EST : LE BORDEL !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 53, le 07 novembre 2015

  • Au lieu que les aides qui parviennent au Liban aillent dans les poches de certains (!) qui les investissement dans des achats de terrains (!) que ses aides soient investies pour importer des incinérateurs producteurs d'énergie électrique à l'instar de la Suède, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne. C'est là la seule solution. Se trouve-t-il un responsable qui a deux "boules" pour décider cela envers et contre tous ?

    Annie

    13 h 52, le 07 novembre 2015

  • le chaos au Liban existe depuis de longues années. Il s'est amplifié avec les magouilles de l'Hezbollah et d'un certain général de 83 ans Il faut ajouter que les dirigeants (si on peut les appeler ainsi) sont les mêmes depuis 1990 fin de la guerre dans notre pays. Ils ont consolidé leur attachement à leur siège et développé la productivité de leur fromage qu'ils feront tout (chaos ou pas) pour ne jamais l'abandonner Analysez bien les photos (OLJ) qui les représentent :ils sont bien gras. Ils sont prêts à s'allier avec le diable ppour garde ce precieux fromage qui les nourrit

    FAKHOURI

    11 h 06, le 07 novembre 2015

  • Question fondamentale :(svp ,ne me prenez pas pour un révolutionnaire... ), Le chaos ...est' il profitable au/aux bakchich (s) ...système...?

    M.V.

    10 h 49, le 07 novembre 2015

  • Le titre de cet article suffirait. Tout le reste ne sert que d’appoint au message qui y est contenu. Mais alors, pourquoi nos dirigeants n’agissent-ils pas ? Ce qu’ils devraient recommander est simple : (1) Trier à la source (pas de transports inutiles) (2) Composter :après s’etre assure que l’usine fonctionne correctement, que le produit est 100% compostable, et qu’il y a quelqu’un pour surveiller que tout fonctionne bien (3) incinérer les déchets médicaux dangereux (4) recycler ce qui peut l’etre (5) garer les 50% des déchets restants dans des dépotoirs temporaires, en attendant l’arrivée des usines d’incinération perfectionnées et la formation du personnel local pour les faire fonctionner adéquatement.

    George Sabat

    08 h 56, le 07 novembre 2015

  • Woûlâké tféhhh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 35, le 07 novembre 2015

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