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Campus

L’art oratoire francophone à l’honneur à l’USJ

Libre cours
06/11/2015

Campus des sciences sociales. Comme tous les mercredis à 19h, les étudiants membres du bureau directeur du Club libanais de débat de l'USJ, Anthony Abi Dib, Georges-Maxime Moussallem, Julia Kallassi et Anthony Sayegh, se préparent à accueillir les membres du club venus s'entraîner au débat. Une trentaine d'étudiants et d'étudiantes sont au rendez-vous. Pour certains, c'est la première fois.
« Comment conduire un débat est un sujet qui doit intéresser tout le monde. Toute personne qui a une idée à transmettre doit apprendre à la communiquer lors d'un face-à-face avec des personnes ayant des opinions différentes », estime Julia Kallassi. L'étudiante en deuxième année de psychologie, qui a été nommée meilleure oratrice à la demi-finale du Championnat de débat de l'USJ l'année passée, revient sur son expérience. « Au cours du débat devant le jury et le public, j'ai pu sortir de moi-même. J'ai pu affirmer mes idées et être sarcastique. Ce qui n'est pas ma nature », confie-t-elle, invitant les jeunes à venir découvrir tout ce que peut leur apporter l'apprentissage du débat.
Bien qu'elle dure environ une heure et demie, la session hebdomadaire d'entraînement passe rapidement. Des exercices oratoires et d'improvisation précèdent le débat : vanter les mérites d'une marque de biscuit, se mettre dans les chaussures de Batman et annoncer dans une conférence de presse son prochain départ en congé de paternité, ou prendre part à un « talk-show » en tant que présentateur ou expert invité et défendre son point de vue sur les relations que doit avoir le Liban avec la Syrie. Les activités se déroulent dans une ambiance bon enfant. Les étudiants ont du plaisir à être là. Ils s'amusent, ils rigolent et... ils apprennent à bien parler en public, bien construire leur argumentation et à être convaincants. Tout au long des activités, les membres du bureau directeur observent, veillent au respect des règles de jeu, commentent et communiquent leurs remarques aux étudiants portés volontaires pour effectuer les exercices.

Le naturisme en public, un droit ?
« Ce gouvernement autoriserait le naturisme dans certains lieux publics » est la motion à débattre ce soir-là. Un sujet sexy, insolite au Liban, qui « pousse les participants à la réflexion ». « Habituellement, les sujets proposés sont en lien avec l'actualité comme la fermeture des décharges de déchets ou l'interdiction des manifestations populaires, motions débattues lors des sessions précédentes », précise Anthony Abi Dib, coprésident du club avec Georges-Maxime Moussallem. L'étudiant en deuxième année de droit et de sciences politiques explique : « Les équipes adversaires sont le gouvernement (composé d'un Premier ministre, de deux ministres et d'un secrétaire général) et l'opposition (composée d'un chef de l'opposition, de deux députés et d'un secrétaire général). » Les participants ont quinze minutes pour se préparer avant le débat. Des documents leur sont distribués pour leur permettre de se familiariser avec les règles de jeu. Chaque discours dure cinq minutes et se divise en trois moments : une minute « protégée » durant laquelle personne n'est autorisé à interrompre l'orateur, trois minutes « libres » durant lesquelles l'équipe adverse peut intervenir en posant des questions à l'orateur et une minute « protégée » pour permettre à l'orateur de conclure sans être interrompu.
Dans l'évaluation de la performance des huit orateurs, la forme est aussi importante que le fond. Outre le développement de l'argument, sont également pris en compte l'éloquence, l'aisance orale et l'aptitude à convaincre.

Un besoin crucial
« En se promenant à l'université et en discutant avec les étudiants, on se rend compte qu'en général, ils sont enfermés dans leurs idées et n'essaient pas de comprendre pourquoi ils pensent ainsi », indique Anthony. Et d'ajouter : « Les trois quarts des jeunes pensent d'une certaine manière parce que leurs parents pensent de la sorte. Ils ne veulent pas savoir pourquoi. » D'où l'importance d'encourager le vrai débat d'idées notamment à travers le Club libanais de débat qui veut « développer les aptitudes des étudiants au débat et leur apprendre à aller au fond de leurs arguments ». Une question cruciale au Liban où « les débats ne sont pas très civilisés », indique Georges-Maxime Moussallem. L'étudiant en deuxième année de droit déplore le fait que « les dirigeants, supposés montrer l'exemple, débattent de façon très virulente et sont très agressifs les uns avec les autres ». Et d'insister : « Ce n'est pas en haussant le ton qu'on affirme ses idées. Il faut savoir argumenter. Avoir une certaine structure de la pensée. Une certaine manière de développer et d'approfondir ses idées. Il faut également apprendre de l'autre car même si on est convaincu par ses propres idées, on peut apprendre des idées qui nous sont opposées pour améliorer les nôtres. »
Anthony Sayegh, membre du bureau directeur et finaliste au Championnat de l'USJ, est étudiant en 4e année de génie civil à l'Esib. Attiré par le club qu'il a « trouvé sur Facebook », il l'intègre sans hésiter. « Pour moi, pour convaincre, la vérité ne peut suffire. Une personne a besoin d'être éloquente, d'être sympathique, d'ajouter plus que la vérité, plus que le bon argument : le ton, la voix, la tonalité, les mains, etc. », explique-t-il. Le jeune ingénieur en devenir qui aide maintenant « les nouveaux participants à améliorer leurs aptitudes oratoires » considère que « savoir débattre est d'une grande importance ». « En effet, la violence n'est pas la seule façon pour faire tomber quelqu'un. On a tué Kennedy mais on aurait pu le faire tomber d'une autre manière », estime-t-il.

Le prochain Championnat international francophone de débat aura lieu au Liban !
Le Club libanais de débat-USJ organise, en collaboration avec la Fédération française de débat et d'éloquence, le 1er Championnat international de débat francophone au Moyen-Orient. Cet événement, prévu du lundi 11 au vendredi 15 avril 2016, se déroulera sur les différents campus de l'Université Saint-Joseph.
Pour en savoir plus : la page Facebook du club. 

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