Tarek-Gabriel Sikias entouré de ses deux actrices principales.
La scène a lieu dans un immeuble de Jal el-Dib. L'ambiance est bon enfant, mais également studieuse. On rigole, on s'affaire, on prend un café. Certains sont dans le coin à papoter. Mais dès que le producteur Tarek Sikias dit silence, plus un bruit ne se fait entendre. La prise est de courte durée, mais elle est juste. On ne la répète donc pas. C'est ainsi que cela se passe avec le metteur en scène français Henri Bargès qui réalise ce film de fiction écrit par Tania Sikias et produit par son frère Tarek (Laser films). C'est ainsi que ça se passe chez les Sikias. Le film est une question de famille... La petite et la grande qui inclut les amis.
Une équipe soudée
« La publicité est mon gagne-pain, confie Tarek Sikias, mais ce film est mon bébé. Il y a quinze ans, j'avais fait un court métrage que je comptais transformer en long métrage. Mais je n'arrivais pas à trouver quelqu'un pour l'écrire. Et pourtant la bonne adresse n'était pas loin. Ma sœur qui est également dans le milieu du cinéma et qui écrit (sans avoir jamais été publiée, dira-t-elle) a très vite accepté la tâche. Oui, c'est une histoire de famille parce qu'une longue relation amicale ainsi que professionnelle me lie au réalisateur qui connaît le Liban depuis longtemps. C'était le début d'une aventure et tout le monde a voulu jouer le jeu ».
Nuts, dont le tournage se termine fin octobre, n'est ni un film à caractère social ni à caractère politique. Un peu fou, un peu déjanté, il évoque le milieu des jeux de hasard (« La vie au Liban n'est-elle pas un éternel risque ? » relève d'ailleurs Tarek Sikias). Cinq personnages principaux, dont Dareen Hamzé, Alexandra Kahwagi, Gabriel Yammine et Hassan Mrad, autour desquels gravitent d'autres personnages secondaires, composent cet échantillonnage libanais.
Pas de pathos, mais un visage du réel
Et voilà que le clap est posé. On sonne la pause café. La ruche bourdonne à nouveau. On réussit à avoir un petit aparté avec Alexandra Kahwagi, actrice fraîche et passionnée de Round Trip, qui avoue avoir joué récemment dans un nouveau film, Big Shot, qui sera dans les salles bientôt. Elle précisera aussitôt : « Le rôle m'a attirée parce que la femme est énergique, vivante, très complexe. Elle est toujours en quête d'amour. » Ce n'est pas étonnant : ce rôle colle tellement à la peau de la comédienne.
Et de reprendre : « J'ai été très contente de travailler avec Henri Bargès. Il sait très bien où il va, tout en nous laissant une certaine liberté. Il ne fait pas mille prises. Je me suis surtout inspirée du scénario pour mon rôle et suivi à la lettre les directives du metteur en scène. »
Pour Darine Hamzé, qui a été pressentie en premier lieu pour son rôle de femme accro au jeu, il était très intéressant d'incarner ce personnage : « J'aime, à chaque fois, changer de peau. » De Beirut Hotel de Danielle Arbid, à Single Married Divorced, en passant par d'autres productions internationales, Dareen Hamzé aime effectivement les défis. « Je n'ai jamais tenu de cartes et j'étais curieuse de connaître ce personnage passionné de jeu. Croyez-moi, j'ai découvert une réelle confrérie au Liban et j'ai appris des histoires incroyables. »
Enfin, et avant que tout le monde n'aille de son côté ou reprenne son activité, le réalisateur et la scénariste expliquent leur vision du film. « Je suis une personne très portée sur la littérature, mais il est certain que l'écriture d'un scénario en est très différente, précise Tania Sikias. Cela m'a donc posé certaines difficultés. C'est là que le réalisateur joue un grand rôle en adaptant le texte, car il a l'œil. »
Pour sa part, Henri Bargès se dit ravi d'avoir entrepris ce projet. « D'abord pour dépoussiérer le poncifs et montrer un autre visage du Liban, ensuite parce que l'histoire, qui est l'ingrédient de base, est si intéressante et tellement solide, qu'elle arrive à être un lien très fort entre les acteurs, les portant ainsi très loin. On a tous plongé la tête devant dans ce projet fou et différent. Pas de morale et pas de pathos pour ce Nuts qui signifie fous en français, mais évoque également un terme de jeu. »
Avec son chef op' Pascal Ridao, auquel il est fidèle, la paire essaye de reproduire une autre face du Liban qu'ils connaissent bien. Un film sous la houlette de Tarek Sikias qui a nécessité plus d'un an de travail en amont pour enfin voir le jour début 2016, et qui promet d'avoir des saveurs autres, prouvant encore une fois qu'au Liban, tout risque est bon à prendre.
Une équipe soudée« La publicité est mon gagne-pain, confie Tarek Sikias, mais ce film est mon bébé. Il y a quinze ans, j'avais fait un court métrage que je comptais...

