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Nos lecteurs ont la parole - Nay Abi Samra

J’ai 17 ans... encore et seulement !

J'ai dix-sept ans. J'ai dix-sept ans et j'éprouve une honte à être libanaise. J'ai dix-sept ans et le besoin d'aller dans la rue me démangeait. J'ai dix-sept ans et je suis allée à toutes les manifestations récentes. J'ai dix-sept ans et on m'a lancé du gaz lacrymogène parce que je voulais m'exprimer. J'ai dix-sept ans et ceux qui devraient garantir ma sécurité ont projeté des jets d'eau puissants contre moi. J'ai dix-sept ans et je suis une privilégiée dans un pays dont il ne reste plus rien. J'ai dix-sept ans et j'ai droit à une éducation. J'ai dix-sept ans et je mange à ma faim. J'ai dix-sept ans et le générateur de mon immeuble couvre toutes les coupures d'électricité. J'ai dix-sept ans et je suis assurée. J'ai dix-sept ans et j'ai les moyens de voyager. J'ai dix-sept ans et je m'en vais dans un an. Je pars et je ne rentrerai pas. Je pars afin de fuir une corruption qui ravage mon pays. Je pars parce que je veux mes droits fondamentaux sans avoir à les acheter. J'ai dix-sept ans et je voudrais appartenir à ce Liban. J'ai dix-sept ans et mon pays me rejette. J'ai dix-sept ans et je suis plongée dans une incompréhension totale. J'ai dix-sept ans et j'avais cru vivre dans une démocratie. J'ai dix-sept ans et je demande simplement le respect de la Constitution libanaise. J'ai dix-sept ans et je pense avoir mieux saisi cette Constitution que ceux qui sont illégalement au pouvoir. J'ai dix-sept ans et je leur adresse une simple question : cet amour que vous prétendez éprouver envers ce pays s'exprime-t-il par le gaz lacrymogène ou plutôt par la puissance de vos jets d'eau ? J'ai dix-sept ans et il me semble aberrant que lorsqu'un peuple descend à la rue, il ne le fait pas pour l'amour de contester. J'ai dix-sept ans et je ne comprends pas le culot de ceux qui sont à la tête de mon pays. J'ai dix-sept ans et je leur demande simplement de partir, exactement comme le font des centaines de milliers d'autres Libanais. J'ai dix-sept ans et je voudrais que mon pays respecte la Déclaration universelle des droits de l'homme qu'il a un jour signée. J'ai dix-sept ans et je voudrais que mon pays, le plus riche en eau dans sa région, ne prive pas son peuple de ce qu'il devrait posséder. J'ai dix-sept ans et je vous crie : « Honte à vous ! »
Honte à vous parce que vous ne voulez pas nous écouter. Honte à vous parce que vous continuez à nous voler jour après jour. Honte à vous parce que vous nous avez noyés de déchets. Honte à vous parce que vous crachez sur votre jeunesse. Vous nous criez de partir, et si l'on refuse, on finit par céder lorsqu'on n'a plus rien à gagner. C'est à cause de vous que tous ceux à qui je tiens ont pris la fuite et que ceux que j'aime ont peur de me rendre visite. C'est de votre faute si je m'en vais dans un an. Honte à vous !
Vous trouvez simple de vous cacher dans vos jolies maisons et de trouver prétexte après prétexte pour reporter les séances parlementaires. Vous n'osez même plus faire face à cette catastrophe qui porte le nom du Liban. Vous fuyez et vous vous cachez derrière le bouclier du silence lorsque l'on vous demande des explications.
J'ai dix-sept ans et si j'avais un conseil à vous donner, je vous dirais de courir, de vous enfuir comme nous le faisons depuis des années. J'ai dix-sept ans et je sais que votre égoïsme a fait de mon pays une jungle, mais je vous demande simplement de tout abandonner et de partir. Partez, courez aussi loin que vous pouvez ; vous serez peut-être assez chanceux pour fuir les tribunaux. J'ai dix-sept ans et je ne veux pas vous punir parce que j'ai l'esprit léger et joyeux. Voyez-vous, j'ai dix-sept ans et j'aime la vie. J'ai dix-sept ans et vous m'avez peut-être arraché de nombreuses choses, mais vous ne m'arracherez ni mon espoir ni ma révolte. J'ai dix-sept ans et je sais encore aimer, rire et pleurer. Vous avez maintenant cent dix-sept ans et il serait peut-être temps de nous laisser offrir notre amour et nos idées à ce pays que vous avez « aimé » durant toutes ces années. J'ai dix-sept ans et je suis pacifiste. J'ai dix-sept ans et je voudrais vivre dignement. J'ai dix-sept ans et je refuse d'être privilégiée parce que je suis en mesure de « payer ». J'ai dix-sept ans et j'en ai ras le bol ! Je n'ai que dix-sept ans et si j'ai tant de peines à exprimer, c'est bien la preuve qu'il est temps pour vous de partir !

Nay ABI SAMRA

J'ai dix-sept ans. J'ai dix-sept ans et j'éprouve une honte à être libanaise. J'ai dix-sept ans et le besoin d'aller dans la rue me démangeait. J'ai dix-sept ans et je suis allée à toutes les manifestations récentes. J'ai dix-sept ans et on m'a lancé du gaz lacrymogène parce que je voulais m'exprimer. J'ai dix-sept ans et ceux qui devraient garantir ma sécurité ont projeté des jets d'eau puissants contre moi. J'ai dix-sept ans et je suis une privilégiée dans un pays dont il ne reste plus rien. J'ai dix-sept ans et j'ai droit à une éducation. J'ai dix-sept ans et je mange à ma faim. J'ai dix-sept ans et le générateur de mon immeuble couvre toutes les coupures d'électricité. J'ai dix-sept ans et je suis assurée. J'ai dix-sept ans et j'ai les moyens de voyager. J'ai dix-sept ans et je m'en vais dans un an. Je pars et...
commentaires (1)

Chère Nay ABI SAMRA, tu as seulement 17 ans et tu sais déjà si bien écrire, observer, constater...bravo, c'est magnifique, et tu nous redonnes de l'espoir ! Ce sont des jeunes comme toi, qui, quand tous les IRRESPONSABLES-INCAPABLES auront enfin compris qu'ils n'ont vraiment plus rien a faire dans ce pays, sauront faire revivre notre vrai et beau Liban Merci, Irène Saïd !

Irene Said

15 h 47, le 26 octobre 2015

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Commentaires (1)

  • Chère Nay ABI SAMRA, tu as seulement 17 ans et tu sais déjà si bien écrire, observer, constater...bravo, c'est magnifique, et tu nous redonnes de l'espoir ! Ce sont des jeunes comme toi, qui, quand tous les IRRESPONSABLES-INCAPABLES auront enfin compris qu'ils n'ont vraiment plus rien a faire dans ce pays, sauront faire revivre notre vrai et beau Liban Merci, Irène Saïd !

    Irene Said

    15 h 47, le 26 octobre 2015

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