Donnez-leur une occasion, une estrade, un micro et quelques applaudisseurs, vous serez abasourdi d'entendre leurs propos indignes, dignes des caniveaux, qu'ils postillonnent en rafale juste pour s'écouter parler, éructer, menacer, tempêter, comme si notre situation interne qui ne tient qu'à un fil permettait de tels agissements.
Des occasions, il y en a à profusion, en veux-tu, en voilà. Depuis 1975, il y eut chaque jour tant de morts gratuites, sauvages, bouleversantes, que trouver une date dans l'éphéméride libanais pour faire son spectacle relève peut-être de l'embarras du choix.
Quant à l'assistance, on en amène certains sur place par bus entiers, excursion obligatoire, goûter compris, de quoi remplir bon gré mal gré un stade, faire étalage de sa force numérique. Chez d'autres, c'est la qualité qui prime la quantité, un parterre de têtes bien serties, rasées de près, sur leur trente et un, comme si une armoire leur était tombée dessus.
Mais partout le discours est le même, tonitruant, véhément, plein d'acrimonie, de défi, frôlant l'impolitesse. La personne (dénommée pour l'occasion martyr) dont on commémore le brutal décès est à peine évoquée, alibi furtif qu'on enjambe tel un escabeau pour monter son destrier, saisir sa lance, galoper à bride abattue sus aux moulins à vent.
Tout cela pour meubler le temps perdu, épater une galerie que ces défis s'amusent plus. Se donner à moindres frais en spectacle, entretenir une popularité qui, quoi qu'on en dise, s'étiole et se réduit comme une peau de chagrin.
Je crois que le bonhomme acculé à faire deux ou trois boulots pour payer l'écolage de sa progéniture, les frais de santé de sa famille, régler les factures d'eau et d'électricité... il y en a toujours deux, celle d'EDL et celle du générateur, ces deux-là ne blaguent jamais, vous ne payez pas, vous êtes dans le noir. S'y ajoutent les traites de la voiture, l'essence, le chauffage, les menus tracas du quotidien.
Bref, je suppose donc que ce monsieur n'est pas trop intéressé par les discours pleins de haine et encore moins par des orateurs qui se la jouent en tribuns aux envolées lyriques destinées à faire mouche contre un adversaire qui, dans quelques jours, lui rendra la politesse.
Dans cet échange de bon procédés, c'est l'artillerie de campagne qui est utilisée, les mots volent bas tant ils sont lourds, chargés d'insultes, de suspicion, de gifles parfois. Ils éclatent comme des bombes à fragmentation, fort heureusement leurs éclats ne blessent que ceux qui les ont prononcés.
Ces canonniers de l'absurde sont devenus de piètres saltimbanques, avant qu'ils ne les ouvrent le public timoré connaît déjà les perles que vont éjaculer leurs lèvres et imagine sans efforts la bave haineuse qui dans un instant ornera leur bouche. Les discours sont les mêmes, destructeurs, rêches, durs, violents, tels des appels au sang.
Comme il est triste de constater que dans toutes ces diarrhées verbales n'existe aucune proposition constructive, conciliatoire, nulle vision d'avenir, tout est centré sur un antagonisme pur et dur, serti de machiavélisme que l'infatué de service distille à babines retroussées, lentement, sûrement, posément, de manière que le poison prenne et fasse son effet.
De part et d'autre, c'est la sempiternelle litanie de paroles fielleuses creusant plus profondément encore la faille qui coupe en deux le peuple de mon pays, réduit au clientélisme, à la presque mendicité, à l'obéissance aveugle de ceux qui se sont érigés en seigneurs et maîtres d'une nation qui s'est perdue dans les méandres du suivisme de ses dirigeants astreints eux-mêmes au bon vouloir de décideurs étrangers. L'arroseur arrosé en quelque sorte, mais façon tragédie.
Toutefois, nous n'évoquons pas ici l'avenir de quelques personnes qui ont mis en coupe réglée notre pays. Les commémorations se suivent et se ressemblent. Ces paroles chargées d'insultes, de menaces, de haine démontrent on ne peut mieux les manigances, sinon la connivence des dirigeants, se partageant les rôles pour asservir ad vitam aeternam leurs benêts de concitoyens.
Le Libanais est éduqué, bon, affable, serviable, gentil, il ne demande rien sinon de vivre en paix, décence, respect et prospérité. Un peuple qui veut que seule la loi lui donne des droits, que seule son armée nationale le protège, loin des zizanies religieuses, communautaires, qui, comme on le perçoit à tout instant, profitent à une flopée de mécréants au détriment de toute la nation.
Nous avons un beau pays, quatre vraies saisons, notre hiver n'est jamais rigoureux, au printemps les cimes enneigées ont les pieds dans l'eau, l'été, il très agréable d'aller vers nos montagnes. Nos écoles et universités sont parmi les mieux cotées. Nous sommes un pays de culture, de savoir, de lumière, de tourisme et de paix.
Il est temps que la beauté illumine à nouveau notre Liban, de retrouver son soleil, son sourire, sa joie. Il est impératif de mettre un frein à l'exode de notre jeunesse. Si le prix à mettre - et il faut le faire de toute urgence, car c'est la survie du peuple qui est en jeu - serait de se débarrasser de cette classe dirigeante, inconsciente, destructrice, meurtrière, égoïste, qui ne voit que le bout de son nez, ce n'est pas trop cher payer.
Georges TYAN


IL MANQUE À VOTRE BON ARTICLE LA RÉFÉRENCE AUX TRIBUS... À LEURS PANURGES... ET AUX MOUTONS QUI SUIVENT... QUI ROUSPÈTENT AUJOURD'HUI MAIS QUI RESUIVRONT DEMAIN... POUR QUE L'ARTICLE SOIT COMPLET ET CENT POUR CENT VRAI...
13 h 06, le 22 octobre 2015