Bill Plympton au Metropolis Empire Sofil devant l’affiche de « Beirut animated ».
Il a choisi le parcours difficile. Devenir un artiste indépendant dans un monde géré par deux grands monstres. Mais Bill Plympton a pu affronter ces deux géants de l'animation, à savoir Disney et Pixar, en (se) créant son propre univers. « Ce n'est pas moi qui ne veut pas travailler avec eux, mais eux qui pensent que je suis un obsédé sexuel et un type bizarre », dit-il en rigolant.
« Pas aux enfants, mais aux adultes... »
Le ton est donné à l'entretien accordé par ce génie du crayon. Entre pop-corn et boissons gazeuses, l'artiste, qui a refusé d'entrer dans une quelconque case ou de porter une étiquette parce qu'il aime « être en contrôle » de ses propres idées, croque son parcours atypique. Avec ses hachures, ses parts d'ombre et son sens poussé de l'autodérision.
Refuser donc d'être phagocyté, c'est ce qui a animé Bill Plympton depuis qu'il a rêvé que ses illustrations prenaient vie. Doté d'un goût précoce pour le dessin, il suit des cours à la School of Visual Arts de New York à partir de 1968. Il devient peu après graphiste et illustrateur pour de nombreuses publications. En 1975, il devient caricaturiste politique pour The Soho Weekly News : son comic-strip hebdomadaire porte le nom de Plympton. Il a du succès et travaillera pour plus de vingt journaux en 1981.
Mais le grand bonhomme rêve d'être dans l'animation. C'est Your face qui assurera ce tremplin. Nominé aux oscars et au Festival de Cannes (pour la Palme d'or du meilleur court-métrage) en 1988, la célébrité est au rendez-vous. Les titres s'enchaînent et il connaîtra la consécration en 1991 avec Push comes to shove, qui reçoit le Prix du jury du Festival de Cannes dans la catégorie court-métrages.
Depuis 1985, le réalisateur est son propre producteur et le seul capitaine à bord. Et il met la barre haute. Son style visuel, ses scénarios corrosifs, ses personnages anamorphiques, leurs attitudes délirantes et son atmosphère surréaliste à la limite Dali font de ces œuvres silencieuses un travail particulier et reconnaissable. Loué en Europe plus qu'aux États-Unis, Bill Plympton se demande d'ailleurs pourquoi, tout en avançant la réponse. « Parce que mes dessins ne s'adressent pas aux enfants, mais aux adultes », précisant que « les mangas, aussi, ne sont pas uniquement pour les très jeunes, ni Ocelot, ni même Les Triplettes de Belleville ».
Disney pour parrain
Peu importe. Aujourd'hui, avec à son actif une dizaine de longs métrages et d'innombrables courts, « très populaires, qui me permettent de renflouer la caisse », l'artiste continue son combat.
Quelle serait donc selon lui la recette du succès d'un film animé ? Il répond vite : « J'ai établi un dogme. Un : que le film soit court – pas plus de 4 minutes pour le court métrage et pas plus de 75 minutes pour le long. Deux : qu'il soit bon marché. Trois : qu'il soit drôle. Personne ne l'achètera s'il est intellectuel, philosophique ou abstrait. Les gens veulent rire. Même si c'est Deadpan humour (pince-sans-rire) à la Jacques Tati », assure-t-il.
Bill Plympton est papa d'un môme de trois ans. Lui montre-t-il ses films ? « Non, pas avant dix ans. Il est encore en train de voir du Disney. Car après tout, je ne nie pas que Disney a été notre parrain à tous, illustrateurs et animateurs. »
On se quitte déjà après quelques éclats de rire. Mais pas avant que Bill Plympton ne lance une dernière boutade : « Vous qui écrivez pour un journal d'expression française, savez-vous que la langue française sera la dominante dans quelques années ? »
Surréaliste ? Non. Simplement positif.
Pour mémoire
S'émerveiller, avait dit Gibran...
Jean-Claude Kalache, l'étoile montante de Pixar de passage à Beyrouth
« Pas aux enfants, mais aux adultes... »Le ton est donné à l'entretien accordé par ce génie du crayon. Entre pop-corn et boissons gazeuses, l'artiste, qui a refusé d'entrer dans une quelconque case ou de porter une étiquette parce qu'il aime « être en contrôle » de ses propres idées, croque son parcours atypique. Avec ses hachures, ses parts d'ombre et son sens poussé de l'autodérision.Refuser donc d'être phagocyté, c'est ce...

