Est-ce bien une nouvelle intifada palestinienne que l'on a là, ou seulement une de ces éruptions qui secouent périodiquement une terre trop promise sans changer grand-chose à un problème vieux de plusieurs décennies ? À vrai dire, la question, brutalement surgie il y a quelques semaines, ne se pose plus.
Car authentique intifada ou pas, cette rébellion des pierres et des couteaux, pour sauvagement réprimée qu'elle puisse être, a déjà atteint son objectif immédiat. Israël possède une des armées les plus puissantes de la région ; il détient l'arme nucléaire et très probablement aussi un arsenal chimique encore plus consistant que celui faussement attribué à Saddam Hussein et de bien plus crédible manière à Bachar el-Assad. C'est du dedans cependant que cet État suréquipé est incroyablement vulnérable, c'est quand la peur gagne une population convaincue d'être bien à l'abri, en toute normalité, derrière les murailles de la forteresse Israël.
Contre des jeunesses dépossédées de leurs terres, et même du rêve d'une paix juste, contre des adolescents méthodiquement poussés au désespoir et qui n'ont plus rien à perdre, la formidable puissance militaire d'Israël s'avère ainsi inopérante. Non pas évidemment que les bourreaux de Tsahal soient économes de leurs efforts : ils tirent sur les manifestants, tuent des enfants, détruisent leurs logements. Les soldats assistent en spectateurs à d'impitoyables ratonnades, les ultras allant même jusqu'à lyncher par erreur un infortuné demandeur d'asile éthiopien : tout se passant comme si les Juifs d'Israël ne pouvaient exorciser le traumatisme de la Shoah qu'en s'inventant des juifs à eux, tout juste bons à être persécutés. Mais si la force brute peut bien finir un jour par ramener le calme, ce ne sera jamais que partie remise, le problème demeurant obstinément entier.
C'est en multipliant les points de peuplement, en encourageant les colons à s'y installer qu'Israël projette d'absorber irrémédiablement les territoires arabes occupés. Par un juste et inévitable retour des choses, c'est par ces mêmes colons, par leurs provocations qu'arrivent les intifadas. Dès lors, Benjamin Netanyahu ne trompe personne quand il appelle les citoyens israéliens à ne pas se faire justice en usant de leurs armes ; nous sommes un pays respectueux de la loi, n'a pas craint d'affirmer le dirigeant d'un État qui viole toutes les lois internationales, y compris des dizaines de résolutions de l'Onu.
L'Onu, parlons-en précisément puisque Ban Ki-moon, prenant de vitesse l'Américain John Kerry, déboulait sur place hier pour signifier aux uns et aux autres que trop, c'est trop. Le fantôme du roi Salomon y serait-il pour quelque chose ? Empreint d'équilibre est en effet le message qu'il adresse aux autorités des deux bords. Aux Palestiniens, le secrétaire général dit qu'il comprend leur frustration face à l'incapacité des puissances à mettre fin à l'occupation, mais il les adjure de déposer ces armes du désespoir que sont les pierres et les couteaux. Aux Israéliens, Ban Ki-moon affirme qu'il comprend leur colère mais qu'aucun mur n'assurera mieux leur sécurité que la reprise des négociations de paix : un bon début étant le respect des règles régissant l'esplanade des Mosquées.
Un début encore meilleur aurait été une présence onusienne sur ce site sacré pour les musulmans comme pour les juifs. Avancée par la France, cette idée a été vivement rejetée par Israël, qui y voit sans doute le prélude à une internationalisation des Lieux saints de Jérusalem : solution d'autant plus rationnelle, pourtant, qu'un groupe de pays arabes, répondant à la provocation par la provocation, s'apprête à réclamer, auprès de l'Unesco, l'intégration à la mosquée al-Aqsa du mur des Lamentations.
Dieu ferait bien de rappeler à un peu tout le monde qu'Il est celui de tous. Et de personne.
Car authentique intifada ou pas, cette rébellion des pierres et des couteaux, pour sauvagement réprimée qu'elle puisse être, a déjà atteint son objectif immédiat. Israël possède une des armées les plus puissantes de la région ; il détient l'arme nucléaire et très probablement aussi un arsenal chimique encore plus consistant que celui faussement attribué à Saddam Hussein et de bien plus crédible manière à Bachar el-Assad. C'est du dedans cependant que cet État suréquipé est incroyablement vulnérable, c'est...


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