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Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

La charrue avant les bœufs

Je ne veux rien, je ne réclame rien, je ne critique plus personne, tous les dirigeants qui se sont succédé aux manettes de l'État ces trente ou quarante dernières années, leurs aides, leurs fifres et leurs sous-fifres sont tous des gens très comme il faut. Si j'avais été moi-même un tout petit mieux qu'eux, c'est moi qui serais aujourd'hui aux commandes et on aurait vu ce qu'on ne verra jamais.
Pour tout vous dire je m'en fiche et m'en contre-fiche, advienne que pourra. Même si les ordures atteignent des sommets, bloquent les rues, que l'électricité ne soit plus qu'un souvenir, que l'eau soit coupée, que le médicamentent soit hors de prix et la médecine l'apanage des seuls nantis, que le soleil se voile, ce n'est plus mon problème.
Que les enfants ne fréquentent plus l'école, deviennent de parfaits illettrés, que la justice soit une comédie, que la police soit truffée de repris de justice, que les mouvements radicaux noyautent l'armée pour cesser de défendre nos frontières et la paix civile, que la chienlit s'installe partout, je ne bougerais pas un cil.
Que les routes ressemblent à des champs fraîchement labourés, que les voyous conduisent à leur guise, fassent des tête-à-queue, et si par malheur votre tronche ne leur revient pas, que vous osiez leur faire un geste, une moue, une remarque, qu'ils vous abattent comme un malpropre, je me tiendrais coi, indifférent, imperméable aux malheurs qui vous tombent dessus et aux larmes de vos proches.
Qu'en bon citoyen vous vous précipitiez pour payer vos impôts, que vous tombiez des nues à l'annonce sans fard du plouc censé vous accorder son sceau salvateur, qu'il vous faut lui offrir en sus de quoi se désaltérer le gosier, pas à l'eau plate, mais au champagne millésime grand cru, sinon des soucis vous en aurez des tonnes. Je ne compatirais pas.
Vos malheurs me lassent, me laissent froid, comme si vous ne saviez pas que si rien ne se crée, rien ne se perd non plus, surtout les gènes.
Ceux qui soutiennent que les Libanais descendent des Phéniciens n'ont pas tort. Mercantiles par excellence, inventeurs des chiffres et des lettres pour comptabiliser les biens et les services qu'ils échangeaient sur les comptoirs du littoral du monde, leurs descendants ont trouvé normal que ce bout d'éden appelé Liban soit colonisé, asservi au bon vouloir de tous les soudards l'ayant envahi depuis la nuit des temps.
Chacun de ces conquérants avec la pluie et le beau temps a fait son lit chez nous. Il est tout à fait logique que par le biais des croisements, des épousailles, de la fornication en somme, puisqu'il faut appeler les choses par leur nom, certaines gènes ayant la vie dure, ont traversé intacts les siècles, passant comme une fleur d'une génération à l'autre. Ceci sans doute a eu pour effet de garder en nous ce penchant accentué pour le commerce.
Commercer, tirer profits et bénéfices n'est ni répréhensible ni péché. Au contraire c'est le fondement de toute l'économie nationale d'un pays, sa croissance, sa prospérité, son rayonnement. Ce genre d'activité est régi par des codes que les législateurs, des personnages de grande envergure versés dans l'écriture des lois et partant, tout sauf de petits plaisantins, ont érigés pour réguler l'échange de biens et de services, évitant les excès et les dérapages.
Avec l'usure du temps, les années de guerre, l'occupation, ces lois ont été contournées, détournées. Certaines personnes abusant de leur pouvoir ont confondu leur patrimoine (si au départ elles en avaient un) avec les caisses de l'État où elles ont allégrement puisé, au détriment d'une population appauvrie, amoindrie, acculée à faire allégeance à une caste politique qui a fait du clientélisme la clé de voûte de sa puissance, confortant sa domination sans faille sur les ressources du pays.
Pas besoin de fureter dans les détails, remonter l'iceberg des malversations, des coups tordus, des contrats faramineux alors que l'État est exsangue, de l'entente tacite entre tous les partenaires du mois de mars faisant du Liban une société commerciale, dont ils se distribuent les dividendes.
J'estime que les cris d'orfraie qui s'élèvent de part et d'autre sont une piètre comédie, de la poudre aux yeux d'un public averti, mais qui en redemande, tenu en laisse qu'il est, devenu conditionné par une appartenance religieuse où on l'a en toute connaissance de cause enfermé.
La centaine de milliers de jeunes et de moins jeunes à la place des martyrs, main dans la main exigeant des comptes et le départ immédiat de la puanteur qui sévit place de l'Étoile, a fait trembler non seulement les responsables périmés, les partis, mais plus encore les hommes de religion, qui ne surnagent que par la grâce du microbe de la division communautaire, qu'ils ont savamment cultivé.
L'envie me tente de mettre la charrue avant les bœufs, aussi incongrue que soit cette proposition. La raison hurle dans mes oreilles qu'il serait criminel de laisser la Chambre deux fois autoprorogée, inactive depuis des mois, élire le prochain président de la République. Il sera forcément à son image, lui sera redevable et partant la renflouera.
Le Liban possède des juristes, des hommes de loi intègres, leur réputation n'est plus à faire, des sociologues dignes de confiance, droits, probes, ils ne se laisseront pas impressionner par les féodaux de la politique et encore moins par les députés du dimanche arrivés en autocar dans l'hémicycle, juste bons à se lever et à s'asseoir sur commande.
À eux d'établir une nouvelle loi électorale qui répondra aux aspirations du peuple, évitant la mainmise d'un parti sur une communauté donnée, ou une communauté monochrome sur un nombre de sièges, tenant loin, très loi même la religion de l'État, de manière à bien asseoir les vraies valeurs de la démocratie. C'est uniquement à ce prix que l'électeur s'exprimera librement, sentira que sa voix compte et qu'avant toute chose il est libanais.
C'est à la nouvelle Chambre et à elle seule que revient la tâche d'élire le nouveau président de la République, qui, fort d'un double mandat, populaire et législatif, s'attèlera à sortir le pays de l'ornière où il s'enlise.
Prions me frères !

Georges TYAN

Je ne veux rien, je ne réclame rien, je ne critique plus personne, tous les dirigeants qui se sont succédé aux manettes de l'État ces trente ou quarante dernières années, leurs aides, leurs fifres et leurs sous-fifres sont tous des gens très comme il faut. Si j'avais été moi-même un tout petit mieux qu'eux, c'est moi qui serais aujourd'hui aux commandes et on aurait vu ce qu'on ne verra jamais.Pour tout vous dire je m'en fiche et m'en contre-fiche, advienne que pourra. Même si les ordures atteignent des sommets, bloquent les rues, que l'électricité ne soit plus qu'un souvenir, que l'eau soit coupée, que le médicamentent soit hors de prix et la médecine l'apanage des seuls nantis, que le soleil se voile, ce n'est plus mon problème.Que les enfants ne fréquentent plus l'école, deviennent de parfaits illettrés, que la...
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VOTRE PREMIER PARAGRAPHE... CHER MONSIEUR TYAN... EST L'ENVERS DE LA RÉALITÉ ! SI J'AVAIS ÉTÉ MOI-MÊME UN TOUT PETIT MIEUX QU'EUX... C'EST MOI QUI SERAIS AUJOURD'HUI AUX COMMANDES... DITES-VOUS ! DANS CE SYSTÈME TRIBAL LE ZAÎM DÉCIDE ET LA TRIBU SUIT... POINT DE CHANCE DE POINDRE MÊME PAS SON OREILLE CAR ELLE SERAIT COUPÉE ! JE VOUS DONNE POURTANT RAISON POUR LA FIN DE VOTRE ARTICLE... MAIS IL FAUDRAIT QU'HERCULE SE RÉVEILLE CAR IL EST LE SEUL À POUVOIR NETTOYER LES ÉTABLES ET CHANGER LES CHOSES... ENCORE SI IL LE PEUT CHEZ NOUS !!!

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

11 h 45, le 22 septembre 2015

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  • VOTRE PREMIER PARAGRAPHE... CHER MONSIEUR TYAN... EST L'ENVERS DE LA RÉALITÉ ! SI J'AVAIS ÉTÉ MOI-MÊME UN TOUT PETIT MIEUX QU'EUX... C'EST MOI QUI SERAIS AUJOURD'HUI AUX COMMANDES... DITES-VOUS ! DANS CE SYSTÈME TRIBAL LE ZAÎM DÉCIDE ET LA TRIBU SUIT... POINT DE CHANCE DE POINDRE MÊME PAS SON OREILLE CAR ELLE SERAIT COUPÉE ! JE VOUS DONNE POURTANT RAISON POUR LA FIN DE VOTRE ARTICLE... MAIS IL FAUDRAIT QU'HERCULE SE RÉVEILLE CAR IL EST LE SEUL À POUVOIR NETTOYER LES ÉTABLES ET CHANGER LES CHOSES... ENCORE SI IL LE PEUT CHEZ NOUS !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 45, le 22 septembre 2015

  • Histoire vécue : Deux amis achètent à crédit une voiture d'une marque américaine pour le transport de passagers entre Jounieh et Faraya. L'un la conduit les jours paires et l'autre les impaires. Chacun emporte la récolte de sa journée. Ils ne payent pas les traites de la voiture. Au bout de deux ans, les deux deviennent riches et la voiture est bonne pour la casse. Le perdant est l'agent de la voiture. C'est le cas de l'Etat. Certains ministres se sont enrichis et l'Etat est dans l'état que nous connaissons.

    Annie

    10 h 50, le 22 septembre 2015

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