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Nos lecteurs ont la parole - Élias R. Chédid

Le sens du combat

Des révoltés. Des braves. Des courageux. Qui font face. Qui font front. Qui font barrage. Aux politiciens pourris. Au semblant d'État. Aux institutions en loques. À la décrépitude. Qui disent non. Qui disent « assez ». Qui s'indignent, mais pas seulement. Qui agissent aussi.
On croyait rêver. Car, de cela, nous avons tant rêvé. Adolescents. Étudiants. Expatriés. Jeunes professionnels puis professionnels établis. Il n'était donc certainement pas question de faire la fine bouche. Lucien, Marwan, Ali, Tarek, tout le monde en était. Enfin. N'était-il pas grand temps ? L'amour propre n'a pas d'âge. On vieillit, mais lui pas. Un sursaut de dignité fait toujours du bien, même quand il est prétendument trop tard. Oui, aux anges nous étions. D'oubliés, d'exclus, nous passions à pertinents, significatifs. Nous devenions... écoutés. En altitude. Aériens.
Il a fallu qu'on nous gâche la fête. Qu'on nous parle de manipulation, de cinquième colonne. Qu'on rappelle à notre bon souvenir la mascarade du printemps arabe et le chaos qu'elle a engendré. Qu'on agite l'épouvantail des larmes, du sang, de la persécution, du déplacement de populations. Et ces fameuses « puissances » régionales, qui tirent les ficelles, qui ne nous veulent que du tort. La théorie du complot. Il est vrai qu'il n'est pas de « chaos constructif ». Le chaos n'est que chaos. Il est rarement annonciateur de stabilité ou d'harmonie. Et puis les exemples, les précédents effrayants de l'Irak, de la Syrie, de la Libye, du Yémen et de l'Égypte, pour ne citer que ceux-là, parlaient d'eux-mêmes. Alors nous avons pris peur. Nous sommes redevenus terrestres. Terre à terre même.
Il ne le faudrait pourtant pas. Car l'alternative n'en est pas une. Elle est retour à la case départ : on prend les mêmes et on recommence. Et cela, nous ne pouvons l'accepter. Le peuple libanais s'est exprimé et il continue de le faire. La majorité silencieuse a pris la parole. Elle gronde, elle hurle, elle vocifère. Car, du passé, les gens ne veulent plus. Ils ne veulent plus de vieux, de corrompus, de pleutres. Ils veulent du sang neuf. Et une vision neuve. Cette vision qu'on ne croyait plus possible. Ou réalisable. Cette vision qu'on disait vouée à l'échec. On ne voit pourtant pas de débiles parmi les manifestants. On ne voit que des personnes sensées, qui dressent un constat amer, mais réaliste. Et nous sommes nombreux à le partager. On voit aussi des idées simples, déroutantes de simplicité. Mais justes. Assez de corruption, assez d'exploitation, assez d'arrogance, de suffisance, d'attitude de prétendue supériorité. Car il est deux formes d'intelligence au moins : celle qui se met au service du système et celle qui veut le changer. Qu'on arrête de nous dire que la première est la seule qui soit valable. Bien au contraire, c'est cette intelligence mercenaire qui est méprisable, car égoïste et porteuse d'abandon, de reddition, d'acquiescement coupable, voire complice. La seule intelligence qui vaille, c'est celle qui se bat, qui refuse, qui propose. Des élections libres et démocratiques. Le nettoyage de l'État. Sa reconstruction sur de nouvelles bases : justice, intégrité, égalité de tous devant la loi. Transparence, équité, fierté. Des projets, un programme de redressement, la prise en main de notre destinée pour un avenir meilleur pour tous.
Des idées simples, en effet, mais qui avaient jusque-là un goût d'interdit, d'à-quoi-bon. Trop simples pour nous être accessibles, qu'on nous assénait. C'est tout le contraire. Nos politiciens féodaux (ou néoféodaux), miliciens (ou ex-miliciens) ou hommes d'affaires (dont le métier – fort lucratif – est la politique), selon le cas, sont tous inquiets. Ils prennent peur et tentent de nous inculquer leur propre crainte. C'est bon signe. Ça veut dire que nous avons touché un point sensible, que nous sommes sur la bonne voie. Ça veut aussi dire que ce n'est pas à nous d'avoir peur, qu'il nous faut continuer, persévérer. Malgré les risques, malgré les embûches. La route sera longue, et parsemée d'obstacles, de frustrations et de déceptions. Ce n'est qu'une fois que nous l'aurons parcouru que le chemin prendra tout son sens. Qu'il démontrera qu'il en valait la peine, ainsi que les sacrifices qu'il impose. Alors, ce n'est pas le moment d'être défaitistes ni de baisser les bras. C'est maintenant qu'il faut entamer notre voyage vers la liberté, la dignité, la victoire. Nous sommes tombés si bas que notre avenir, si nous ne trahissons pas, ne peut en être que meilleur. Reprendre de l'altitude, sans la peur (ou la tentation) du terrestre, ne peut mener qu'au dépassement de soi. Réclamer l'application d'une ligne de conduite exemplaire pour ceux qui prétendent présider aux destinées du pays ne peut nous tirer que vers le haut. Exiger l'adoption de valeurs pérennes, parce que supérieures à l'homme, ne peut que nous mener au bonheur. Oui, osons le mot auquel nous ne croyions plus. C'est alors, et alors seulement, que cette notion puérile, candide, simpliste et prétendument chimérique sera accessible, réelle, à portée de main.

Élias R. CHÉDID
Avocat à la Cour

Des révoltés. Des braves. Des courageux. Qui font face. Qui font front. Qui font barrage. Aux politiciens pourris. Au semblant d'État. Aux institutions en loques. À la décrépitude. Qui disent non. Qui disent « assez ». Qui s'indignent, mais pas seulement. Qui agissent aussi.On croyait rêver. Car, de cela, nous avons tant rêvé. Adolescents. Étudiants. Expatriés. Jeunes professionnels puis professionnels établis. Il n'était donc certainement pas question de faire la fine bouche. Lucien, Marwan, Ali, Tarek, tout le monde en était. Enfin. N'était-il pas grand temps ? L'amour propre n'a pas d'âge. On vieillit, mais lui pas. Un sursaut de dignité fait toujours du bien, même quand il est prétendument trop tard. Oui, aux anges nous étions. D'oubliés, d'exclus, nous passions à pertinents, significatifs. Nous devenions......
commentaires (3)

TROP DE PAROLES POUR NE RIEN DIRE... COMME SI ON NE CONNAISSAIT PAS LE LIBAN ! DEUX SOLUTIONS EXISTENT POUR LE CHANGEMENT RADICAL 1 - RÉVEIL DES LIBANAIS AVEC JUSTE PRONONCIATION ET PUNITION AUX URNES... 2 - RÉVEIL.D'HERCULE...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

12 h 25, le 18 septembre 2015

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Commentaires (3)

  • TROP DE PAROLES POUR NE RIEN DIRE... COMME SI ON NE CONNAISSAIT PAS LE LIBAN ! DEUX SOLUTIONS EXISTENT POUR LE CHANGEMENT RADICAL 1 - RÉVEIL DES LIBANAIS AVEC JUSTE PRONONCIATION ET PUNITION AUX URNES... 2 - RÉVEIL.D'HERCULE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 25, le 18 septembre 2015

  • Et puis, bon, on ne "Cantonise" plus alors ? !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 11, le 18 septembre 2015

  • "Qu'on rappelle à notre bon souvenir la mascarade du printemps arabe et le chaos qu'elle a engendré. Les précédents effrayants de l'Irak, de la Syrie, de la Libye, du Yémen et de l'Égypte, pour ne citer que ceux-là, parlant d'eux-mêmes." ! Quid de la Tunisie !? Simple.... "oubli" ?!

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 09, le 18 septembre 2015

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