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Culture - Festivals 2015

Se souvenir des belles (et des moins belles) choses...

Inaugurée par Wyclef Jean le 4 juin et clôturée par Wickerpark le 13 septembre, la saison des festivals aura été des plus chargées cet été 2015. Près de soixante concerts (et même plus) par des artistes venus de l'étranger et d'autres prophètes en leur pays, dans un bal mouvementé, heureux, parfois chaotique, parfois délirant. Lorsque les envolées lyriques, les sérénades sous la pleine lune et autres riffs de Fender se sont tus, le retentissant soupir de soulagement des organisateurs s'est fait entendre. Reste, dans la moiteur de cette rentrée, une myriade de souvenirs, de sons, de sentiments, de goûts et de couleurs, qui ne se discutent pas. Que retenir du cru 2015, à part l'ivresse d'un été musicalement étourdissant? Oublions, pour une fois, la responsabilité de l'État, sa présence ou pas. Aux oubliettes, aussi, la schizophrénie de la programmation qui mélange allégrement stars des années 80 et groupes très pointus, en présence d'une dose de pop arabe : oui, nous sommes bipolaires et même quadripolaires, rétorquait un directeur artistique. Nous voulons satisfaire la ménagère de plus de cinquante ans comme le hipster de Mar Mikhaël. Eh bien, soit.Tout le monde a gagné, tout le monde est content. Il faut juste faire attention en 2016 : qui trop embrasse, on le sait, mal étreint.

Le plus bondissant
Wyclef Jean a donné le « la » à la saison des festivals. Le rappeur, hip-hoppeur, compositeur et producteur américain d'origine haïtienne a dépensé plus de 5 000 calories sur la petite scène du festival Beit Misk. Il a fait le zouave, tâté des platines, escaladé l'échafaudage, fait le grand écart, s'est aspergé d'eau par litres entiers, tapé sur des tambours, gratté la basse, glapi « Lebanon » 109 fois, « refugees » 267 fois, « hands up » 587 fois et « yo » 805 fois. Ah oui, il a chanté, aussi, en ce 4 juin 2015. (Beit Misk)

Le plus boutonneux
Ils étaient des milliers d'adolescents à investir le petit port de Jbeil ce mardi 14 juillet pour voir The Script. Apprêtés et surexcités, batteries de smartphones et poumons gonflés à bloc, prêts à jouer des coudes pour arriver au plus près de la scène et peut-être toucher du bout des doigts le chanteur irlandais Danny O'Donoghue. Preuve que les boys bands qui avaient déferlé sur le monde durant les années 90 continuent à avoir du succès 25 ans après. (Festival de Byblos)

Le plus british
Jouer la comédie à l'antenne, voilà ce que certains animateurs demandent à l'artiste pour une interview radio. Il faut paraître surmotivé alors que la fatigue guette parfois, et c'est ce qui arrive ce 30 juillet à l'hôtel Albergo avec David Gray. Pouvoir prendre le temps est un luxe que seule la presse écrite peut se permettre. Alors lorsqu'on blague à propos de son équipe de football préférée, Manchester United, l'artiste se transforme. Son débit s'accélère, les « fookin' » se sont plus francs, tout comme ses éclats de rire. Le romantique chanteur de pop est plus rude qu'il n'y paraît, plus consistant aussi. (Festival de Beiteddine)

 

(Lire aussi : La guerre des festivals a-t-elle eu lieu ?)

 

Le plus frustrant
En se glissant dans les coulisses, L'OLJ apprend que « 2015 sera l'année d'un nouveau départ » pour le groupe beyrouthin Mashrou' Leila et qu'un « quatrième album (...) plus pop » vient d'être enregistré en juin dernier. L'ambition de Mashrou' Leila est de plus en plus gargantuesque, mais le talent est plus que jamais au rendez-vous. Un seul titre du futur album – dont le nom reste encore mystérieux – sera joué ce jeudi 6 août, le single déjà connu malheureusement... (Beirut Holidays)

Le plus international
Camerounais, français, américain, le jazzman Richard Bona est tout cela à la fois. Avec ses vannes bien senties et ses clins d'œil malins (la nourriture libanaise et la peur de vieillir), le musicien serait presque en passe de devenir libanais. Courageux, il fait résonner son jazz empreint de salsa et de blues dans les vestiges de Baalbeck. Ce dimanche 16 août, Richard Bona se sert de sa musique comme outil de résistance massive face à l'anxiogène Békaa. (Festival de Baalbeck)

Le plus émouvant (sur scène) / le plus expéditif (en interview)
Joe Newman et Gus Unger-Hamilton du groupe alt-J ne sont pas les plus faciles à questionner, ils sont pressés par le temps (et leur manager) : en quinze minutes chrono l'affaire doit être pliée. Mais cette timidité disparaît sur scène pour mieux exploser ce mardi 18 août. Pendant 1h30, leurs compositions défilent, plus épiques et sensuelles les unes que les autres. Le rigorisme métronomique de Thom Green fait battre les cœurs du public à l'unisson, accompagnés de vagues de frissons, pour cette belle clôture de alt-J. (Festival de Byblos)

Le plus attendu
Attendu non seulement parce que les fans espéraient Jamel Debbouze depuis la dernière fois qu'il était venu au Liban et qu'il avait présenté ce même programme, avec certes certaines retouches, mais aussi parce qu'il a fallu plus d'une heure avant que Jamel Debbouze n'apparaisse sur scène ce mercredi 8 juillet. Finalement, cela en valait la peine. (Festival de Jounieh)

Le plus imprévisible
Viendra-t-il ? Ne viendra-t-il pas ? Finalement il y était, en ce jeudi 23 juillet, et s'il a présenté un bon spectacle, il péchait cette fois par sa linéarité et son manque de surprise (contrairement à son caractère). Ziad Rahbani est resté plutôt silencieux durant tout le concert. Dommage. Le public attendait une interaction qui ne venait pas. Malgré tout, ce public reviendra sans aucun doute une autre fois, car en dépit de tout, il l'aime, à ce sacré bonhomme rebelle. (Festival de Zouk)

Le plus accompagné
Ils ont tous fredonné ses chansons, à Marcel Khalifé. De Walid Joumblatt à Waël Bou Faour, en passant par tout ce public venu des quatre coins des pays arabes, ils connaissaient tous les paroles. Il n'avait qu'à donner la note en ce mercredi 5 août pour que tout le monde pousse la chansonnette en chœur. En vrai chef d'orchestre il imposait soit le silence, soit le son, et l'audience obéissait. Comme une grande chorale... belle à voir. (Festival de Beiteddine)

Le plus (g)oldies
Entre Gloria Gaynor, Jane Manson et Claude Barzotti, l'affiche de Ehdeniyat brillait comme une géante disco ball. Indémodable !

La plus ordinaire
Rien de vraiment transcendant dans ce concert de Rebecca Ferguson duquel on attendait certainement plus. Se mettre dans la peau de Billie Holiday était un grand défi pour la chanteuse qui ne s'est vraiment pas donné la peine, ce mercredi 12 août, d'aller au-delà des chansons pour atteindre une dimension intemporelle. (Festival de Beiteddine)

 

(Lire aussi : La cote d'amour des festivaliers)

 

Le plus impressionnant (à l'hôtel)
Ils étaient très nombreux les journalistes à avoir afflué dans le hall de l'hôtel où le grand Charles Aznavour leur avait donné rendez-vous. Impressionnant de voir ce bonhomme de 90 printemps toujours aussi alerte et vif. Le mot est toujours présent et il règne en maître. Une rencontre de quinze minutes mais riche et... précieuse. (Festival de Batroun)

Le plus extravagant
Une fantastique Extravaganzza qui a déplacé « un petit bar » au palais de Beiteddine, et le présent dans le passé. Un véritable feu d'artifices de chansons, de danse et de musique. Des couleurs tant au niveau du son, des habits et des émotions. Bar Farouk a fait danser tout le monde les 20, 21 et 22 août. Un moment inoubliable à refaire au Métro al-Madina. (Festival de Beiteddine)

Le plus badin
C'est Johnny, pardi ! Il s'est un peu assagi, parce qu'il ne peut plus suivre ou parce qu'il a tout simplement envie/besoin de chauffer doucement l'ambiance, J. Hallyday prend son temps, plaisante avec le public, introduit ses chansons et affiche sa complicité avec ses nombreux musiciens et amis. (Festival de Jounieh)

Le plus omniprésent
Kazem el-Saher, gentleman cambrioleur des cœurs de ces dames. Le plus fidèle des affiches à Beiteddine a également envoûté les esprits à Ehdeniyat. Waël Kfoury semble, lui aussi, sur la bonne voie...

Le plus élégant
Ce quatuor à cordes qui a séduit un grand nombre de mélomanes a fait souffler sur la Magnanerie de Sadd el-Bauchrieh, ce dimanche 30 août, un vent de jeunesse, de « style ». Même en jouant Haydn et en suivant strictement les règles du genre, il a su par des chemins de traverse dépoussiérer toute austérité. (Festival de Baalbeck)

La plus oprahwinfreysque
Show girl accomplie, Jessie J s'est bien calfeutrée dans le cœur des spectateurs en majorité (pré)adolescents. Ce qui reste de ce 15 juillet 2015, au stade Fouad Chéhab ? Le souvenir d'un spectacle bien huilé, de chorégraphies bien menées, d'une voix puissante et, surtout, des conseils de grande sœur bienveillante, dans le style d'Oprah Winfrey invitant sur son plateau Maya Angelou. Follement sympathique, tout de même, la pop star anglaise. (Festival de Byblos)

La plus fédératrice
Un public venu des quatre coins du pays, toutes classes sociales confondues, chantant à l'unisson des morceaux de tarab intemporels en ce dimanche 21 août, avec Mayyada el-Hennaoui. Le temple de Bacchus a été le témoin, ce soir-là, de la mosaïque sociale libanaise. Cette véritable marée bigarrée, applaudissant frénétiquement, fredonnant à l'unisson, dansant sans retenue, mettait indiscutablement du baume au cœur. (Festival de Baalbeck)

 

(Lire aussi : Quelqu'un m'a dit..., les potins de Dita Von Bliss)

 

Le plus déroutant
Julia Stone, jeune blonde en jupette et top dentelle, aux faux airs de nanny anglaise, a charmé son auditoire en jouant sur la dualité patte de velours/griffes de tigresse... Son frère Angus marmonnait des paroles inaudibles, le visage caché derrière barbe et visière. Lui en retrait, elle bien présente, ce mardi 28 juillet au Biel. Des rumeurs ont circulé le lendemain sur une éventuelle dispute entre la fratrie, expliquant pourquoi ils n'ont pas chanté Grizzly Bear, un de leurs plus gros succès. Dommage... (Beirut Holidays)

Le meilleur du bel canto
À la hauteur de la réputation qui le devance, Juan Diego Florez. Dynamique et le verbe haut dès la descente de l'avion avec une interview accordée en toute simplicité au salon de l'aéroport. Florez n'a pas déçu le public ce mercredi 29 juillet. Tour de chant ponctué de vibratos à couper le souffle et des envolées à faire trembler des montagnes. Surprise de taille avec Joyce el-Khoury. Sculpturale soprane à la voix d'or, elle a été plus qu'une délicieuse découverte de charme et de joliesse, mais de talent qu'on aimerait retrouver... (Festival de Beiteddine)

 


Juan Diego Florez et Joyce el-Khoury, un duo qui a fait des étincelles.

 

La plus caméléon
Hiba Tawaji, du rock, du lyrique, du tarab ou de l'arabe pop. La dernière recrue de l'écurie Rahbani change de peau comme de vêtement de scène (plus de quatre) à son concert ce vendredi 7 août. (Festival de Byblos)

Le (souvenir le) plus impérissable
Anna Netrebko et Yusif Eyvazov. D'abord l'interview par e-mail aux réponses bateau trop sages et un peu au compte-gouttes de la diva. Sauf son sésame pour son futur mari, partenaire de scène et compagnon dans la vie, concernant sa prestation. Si elle la trouve merveilleuse, L'Orient-Le Jour juge qu'il est certes un bon ténor, mais qu'il a encore du chemin à faire... Ce jeudi 27 août, Anna Netrebko a séduit par l'ampleur et la puissance de sa voix. Impérissable le souvenir, en finale, de ce « in den bergen », csardas tumultueux métissé d'un tempo fou... Agrémenté de quelques pas de danse ébouriffante dans une robe fourreau. Ça ne s'oublie pas ! (Festival de Beiteddine)

Le plus romantique
John Legend a alterné les ballades langoureuses et romantiques qui ont fait son succès. Il ne manquait, ce lundi 13 juillet, que les sanglots longs des violons... (Festival de Byblos)

Les plus véloces
On parle ici du jeu de guitares du duo mexicain Rodrigo y Gabriela. Mais aussi de la rapidité avec laquelle ces guitaristes chevronnés ont enflammé les gradins ce dimanche 26 juillet. À peine avaient-ils enclenché leur premier morceau que la moitié de leur auditoire était debout. Au troisième air, les gradins du fond débarquaient dans la fosse sous la scène. Deux rythmes – un peu répétitifs quand même – plus loin, tous les ados de la place s'étaient déjà hissés sur scène. Dans une bacchanale trépidante... (Festival de Byblos)

Le (score le) plus inattendu
Que Mireille Mathieu revienne 41 ans plus tard sur les rivages de Byblos était assez improbable en soi. Qu'elle ait gardé toute la puissance de sa voix et ce « bonheur (visible) à chanter en concert » à près de 70 ans aussi. Mais qu'elle ait réussi à enthousiasmer, ce dimanche 30 août, les moins de 60 ans qui composaient quand même la moitié de son public, et drainer dans les gradins de Byblos près de 6 000 personnes, eh bien, chapeau tout simplement. Has been pour les uns, iconique pour les autres...

Le plus résistant
Mais aussi le spectacle le plus prestigieux, le plus fédérateur et, bien évidemment, le symbole même de la résistance culturelle. Ilik Ya Baalbeck qui a réussi à réunir ce vendredi 31 juillet un exceptionnel vivier de talents dispersés aux quatre coins du monde, mais aussi un public représentant toutes les composantes de la société libanaise au cœur de ce site emblématique. (Festival de Baalbeck)

La plus vivace
La plus dynamique, aérienne et moderne des chanteuses libanaises d'opéra ? Samar Salamé, y a pas à dire... (Festival de Byblos)

 

 

Et la palme revient...


Entre les danseurs de la troupe al-Majd et l'Orchestre philharmonique du Liban, sous la direction de Harout Fazlian, la fabuleuse trompette d'Ibrahim Maalouf.


... À Ilik ya Baalbeck, qui remporte, à l'évidence, la cote d'amour des festivaliers. Baalbeck a réussi la double gageure : organiser le festival sur son site prestigieux et monter une production libanaise avec la fine fleur des artistes du pays et de la diaspora. « Ce spectacle a suscité des réactions diverses, confie la présidente Nayla de Freige. Chaque Libanais s'identifiait plus ou moins à telle ou telle interprétation et les débats qu'ils ont suscités ont enrichi ces créations. De plus, c'est l'idée de ce spectacle qui a fait que le Festival d'Aix-en-Provence, un des festivals lyriques les plus prestigieux d'Europe, a rendu un hommage au Festival de Baalbeck. Nous en sommes fiers et ceci est le début d'une nouveau partenariat, car le Festival de Baalbeck transcende les frontières libanaises. »

 

 

Bilan réalisé par Maya GHANDOUR HERT, Zéna ZALZAL, Colette KHALAF, Edgar DAVIDIAN et Brice LAEMLE

Le plus bondissantWyclef Jean a donné le « la » à la saison des festivals. Le rappeur, hip-hoppeur, compositeur et producteur américain d'origine haïtienne a dépensé plus de 5 000 calories sur la petite scène du festival Beit Misk. Il a fait le zouave, tâté des platines, escaladé l'échafaudage, fait le grand écart, s'est aspergé d'eau par litres entiers, tapé sur des tambours, gratté la basse, glapi « Lebanon » 109 fois, « refugees » 267 fois, « hands up » 587 fois et « yo » 805 fois. Ah oui, il a chanté, aussi, en ce 4 juin 2015. (Beit Misk)
Le plus boutonneuxIls étaient des milliers d'adolescents à investir le petit port de Jbeil ce mardi 14 juillet pour voir The Script. Apprêtés et surexcités, batteries de smartphones et poumons gonflés à bloc, prêts à jouer des coudes pour arriver au...
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