Nous nous enorgueillissons de jouir (ou d'avoir joui) au Liban d'une vieille tradition, marquée par une presse libre, régie par d'éminents journalistes, pas seulement arabophones, mais aussi francophones et parfois anglophones, ceux-ci ayant souvent brillé, non seulement sur notre tout petit territoire, mais également dans plusieurs pays arabes, où ils ont été parfois des pionniers de la pensée politique et culturelle libre.
Hélas, les temps ont changé, et l'appât du gain facile, auprès de certaines ambassades arabes riches (car il n'existe pas d'autres moyens pour attirer le monde à leurs causes rétrogrades) ainsi que de certains pays occidentaux qui ne dédaignent pas de telles pratiques, a commencé, depuis belle lurette, à faire ses ravages chez nous, à tel point que la désinformation progresse à pas de géant, ce qui pousse les lecteurs à avoir du mal à trier les nouvelles, en séparant les vraies des fausses. Cette situation a projeté aux premières lignes certains journalistes peu scrupuleux et (cerise sur le gâteau) parfois incompétents également. À ceux-là s'ajoute (lorsqu'il s'agit des nouvelles télévisées) l'incompétence caractérisée de la plupart des techniciens chargés du filmage des événements : manifestations, grèves, rassemblements, conférences de presse, etc.
Résultat :
1/ Des conférences de presse où on ne voit que le maître de céans, la caméra étant continuellement braquée sur lui, souvent sans même qu'on prenne la peine de changer l'angle de la prise de vue, ce qui finit par ressembler plutôt à une conférence de presse radiodiffusée, et qui devient par conséquent lassant. Je me demande qui est l'intelligent qui a inventé cette méthode, qui s'est généralisée depuis quelques années ? Toutefois, le pire, c'est le moment où les journalistes présents sont invités à poser leurs questions. Alors là, on ne prend même pas la peine de nous montrer le journaliste impliqué au moment où il s'adresse au conférencier, mais le comble c'est que souvent on n'entend même pas sa voix, tellement la sonorisation est négligée.
2/ Dans ce qu'il convient d'appeler les talk-shows télévisés, vraie calamité, la plupart des journalistes en question (je dirais pas moins que 75 %), d'authentiques ratés, prennent plaisir à interrompre leurs hôtes tous les 3 à 4 secondes, leur permettant à peine de prononcer cinq ou six mots consécutifs, de sorte qu'on finit par se demander s'il s'agit vraiment de talk-shows ou alors de discours ou de conférences que lesdits hôtes sont invités à entendre, sans parler. D'ailleurs, et sans exagérer, j'ai souvent assisté à certains de ces programmes, où les présentateurs des émissions parlaient plus que leurs invités, croyant probablement que plus ils interrompent leurs hôtes et plus ils parlent, plus ils sont compétents. Le pire, c'est que très souvent on assiste à des répétitions également. Par exemple, le journaliste commence par poser son interminable question, et avant de permettre à son invité d'y répondre, il la repose d'une manière différente, et parfois il pousse l'audace jusqu'à la poser une troisième fois sous une autre forme. Tout cela n'est finalement que du rabâchage et du bla-bla, juste bon pour tuer le temps.
3/ Un autre grand défaut perceptible durant les fameux talk-shows est la sonorisation des émissions, car parfois il arrive que l'invité ait une voix faible (exemple : le général Michel Aoun). Que faire dans ce cas-là ? Si on règle le volume du téléviseur sur la voix du journaliste, on n'entend plus celle de son interlocuteur, et si on fait le contraire, on risque de se faire perforer les tympans lorsque vient le tour du journaliste de parler. Solution ?
Il faut garder en main la télécommande, et passer son temps à régler le volume. Mais pourquoi donc les techniciens ou ingénieurs du son ne résolvent-ils pas ce petit problème de décibels ? Ne sont-ils pas payés pour cela ?
4/ En ce qui concerne le filmage des manifestations ou autres rassemblements, que de fois a-t-on eu à se plaindre du manque de transmission d'images panoramiques. Pourtant, cela est essentiel lorsqu'il s'agit de manifs, surtout les grandes, où on est en droit de voir et d'évaluer la foule et non pas seulement les quelques discoureurs plantés sur la tribune.
5/ A-t-on remarqué que plusieurs stations télé n'ont pas d'horaire fixe pour les nouvelles télévisées du soir ? Souvent il y a une marge de plus ou moins 5 à 10 minutes par rapport aux horaires fixés.
Avant de blâmer les personnes concernées directement (journalistes et techniciens) pour leur travail médiocre, il faudrait commencer par reprocher ce chaos aux directeurs des programmes en question dans les différentes chaînes de télé, qui ont ainsi prouvé être soit des incompétents, soit des irresponsables ; mais je me demande comment les propriétaires ou les conseils d'administration des stations visées laissent passer ce laisser-aller. Il suffit à tout ce beau monde d'assister à quelques talk-shows qui passent sur les différentes stations de télé occidentales, dont les françaises, où les questions sont constituées de toutes petites phrases de pas plus de dix mots. Comment cela ? Eh bien simplement parce que les professionnels concernés sont d'authentiques journalistes compétents qui savent choisir les mots les plus appropriés et les phrases les plus courtes, loin de notre interminable bla-bla oriental, afin de laisser le temps à leurs interlocuteurs de répondre, parce que c'est cela qui intéresse les téléspectateurs et non pas les incessants discours stupides et lassants des journalistes.
Hélas, nous ne cessons de dégringoler sur tous les plans.
Élie Michel NASARD

