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Nos lecteurs ont la parole - Sagi Sinno

Angélisme d’« adulescents » et État déliquescent

Il est difficile d'imaginer un Libanais, pourvu d'un minimum de conscience citoyenne, qui puisse ne pas être contre la corruption généralisée au plus haut sommet de l'État, surtout celle qui vient d'éclater au grand jour avec la crise des déchets. Comment pourrait-on ne pas être contre l'impuissance d'une classe et d'un régime politico- confessionnels largement périmés, ou ne pas condamner la répression violente qui s'est abattue sur les manifestants de « Vous puez!», surtout le premier soir de leur action au centre-ville de la capitale ? Mais il serait encore plus difficile de croire que tous les Libanais sont d'accord avec la façon chaotique et l'amateurisme dangereux dont ce mouvement mène la contestation, ou qu'ils doivent acquiescer, sans broncher, au flou excessif de son discours. La majorité silencieuse, accusée par certains manifestants d'être réactionnaire ou de connivence avec un pouvoir dont elle est la première victime, semble en réalité être prise entre deux feux : le marteau de l'obstruction méthodique des institutions de l'État par un camp politique, et l'enclume de l'adolescence attardée («adulescence») d'un mouvement de la société civile. Ce dernier, qui semble manquer cruellement de réalisme de par son discours très démagogique, l'instabilité du contenu de ses demandes et l'absence flagrante d'organisation sur le terrain, ouvre ainsi la porte à tous les excès.
1.- De façon générale, l'angélisme ridicule a poussé d'aucuns à croire qu'une transmutation des valeurs se fera d'un coup de baguette magique, du jour au lendemain. Leur a-t-il échappé, dans leur candeur si sympathique, que la classe politique n'est qu'à l'image de la société qui l'engendre, à savoir: corrompue, profondément confessionnalisée, voire même endoctrinée? Croient-ils vraiment qu'il suffit de projeter ses complexes sur cette classe politique pour s'en débarrasser? Pensent-ils vraiment que le confessionnalisme disparaîtra et que la fraternité se répandra avec une simple manifestation, alors que des centaines de Libanais, de tous bords, combattent en ce moment même en Syrie pour des raisons purement confessionnelles ?
2.- Dans un climat de bras de fer politique, ce mouvement a prouvé, à l'encontre de ce qu'il affichait, qu'il manquait d'équilibre et d'impartialité. La contestation, qui prétendait au début être dirigée contre toute la classe politique, s'est vite canalisée, presque exclusivement, contre le Premier ministre et deux de ses ministres (Intérieur, Environnement) qui sont, les trois, issus d'une même couleur politique. Peut-être sans le vouloir, ce mouvement a fini par apporter de l'eau au moulin du camp qui bloque la prise de décision au sein du gouvernement et lui a permis de marquer des points contre ses adversaires. Il a également offert, sur un plateau d'argent, aux symboles du féodalisme communautaire une occasion en or pour essayer de se racheter une virginité, notamment dans la crise des déchets, en renvoyant la balle à d'autres formations politiques. Même s'il n'en est pas directement responsable, «Vous puez ! » reste cependant tenu de répondre, au moins partiellement, de cette récupération politicienne parce qu'il ne peut ignorer la réalité politique dans laquelle il évolue.
3.- De toute façon, demander la démission du gouvernement, comme a commencé subitement à le faire « Vous puez ! », est concrètement une incitation à donner le coup de grâce à ce qui reste de la légalité constitutionnelle, à plonger le pays dans le vide institutionnel et le jeter dans l'inconnu. Non sans rappeler la définition que donne Taguieff du populisme, certains manifestants ne se sont pas empêchés, en évoquant l'exemple du président égyptien actuel, à faire ouvertement l'apologie de la dictature militaire, dite éclairée, comme alternative. En réalité, le vide ne pourrait alors être rempli que par la fameuse Assemblée constituante où le parti le plus fort imposera naturellement ses choix et conditions. D'ailleurs, presque aucun mot n'a été dit, de la part des manifestants, contre la formation qui est, très concrètement, la véritable détentrice du pouvoir au Liban, ainsi que la cause principale de l'impuissance de l'État et de la détérioration de son autorité. Pourquoi un tel silence et un tel manque de courage face à une milice qui viole le monopole étatique de la force armée et face à l'outil principal (les armes illégales) qui permet de protéger les réseaux de corruption ?
4.- Quand un mouvement se met à appeler ouvertement à la chute du régime, il fait un énorme appel d'air à toutes les composantes de la société, y compris les plus démunies, celles qui ont le plus de ressentiment contre ce système politique parce qu'elles souffrent le plus des affres, notamment économiques, qu'il cause. Alors, en cas de débordements et de troubles graves à l'ordre public, parfaitement prévisibles, les organisateurs de la manifestation ne peuvent, a posteriori, feindre la surprise et s'exonérer de leur responsabilité en essayant de la faire endosser aux seuls « casseurs» qu'ils qualifient alors d'«intrus » (« moundassine »), et en s'abritant derrière la théorie du complot. En jouant avec les maux de l'extrême qui ne sont d'habitude pas du tout les leurs, certains sont même allés jusqu'à les traiter de chiens. Mais ne crachons pas dans la soupe et ne donnons pas de leçons à une oasis de liberté qui ouvre courageusement ses colonnes aux avis les plus différents et aux critiques les plus virulentes. Restons confiants que le quotidien libanais qui a su prouver, à travers les années, que la langue française n'était pas une marque de renfermement de classe, mais un outil d'ouverture au monde, restera fidèle à lui-même. Orchestrés ou non, ou probablement un peu des deux, ces éléments perturbateurs font partie intégrante du paysage social et ont très naturellement leur place dans une manifestation avec de tels slogans. Nous ne sommes ni à Zurich ni à Stockholm. Tout comité d'organisation se doit de prendre en compte, a priori, les réalités socioéconomiques du terrain avant d'appeler à manifester et de définir de façon précise, en fonction de cela, le cadre spatio-temporel de la manifestation et le seuil de ses demandes. D'ailleurs, où était le service d'ordre, au moins dans son dispositif minimal, qu'on trouve dans toutes les manifestations du monde pour essayer d'éviter de tels débordements ? Mais surtout, quelle légitimité pourrait encore avoir un mouvement qui, dégageant une forte odeur d'élitisme de classe, marginalise ainsi les pauvres, alors même qu'il prétend parler en leur nom et être de nature essentiellement sociale ?
Le changement est certes plus que jamais nécessaire, mais pas de n'importe quelle façon, pour ne pas être vers le pire. Dans les sables mouvants du Liban, un tel changement ne saurait être qu'institutionnel et progressif, en souscrivant à la garantie de la légalité constitutionnelle. L'élection d'un président de la République s'impose comme un premier point dans une longue feuille de route vers un changement responsable, mature et durable.

Il est difficile d'imaginer un Libanais, pourvu d'un minimum de conscience citoyenne, qui puisse ne pas être contre la corruption généralisée au plus haut sommet de l'État, surtout celle qui vient d'éclater au grand jour avec la crise des déchets. Comment pourrait-on ne pas être contre l'impuissance d'une classe et d'un régime politico- confessionnels largement périmés, ou ne pas condamner la répression violente qui s'est abattue sur les manifestants de « Vous puez!», surtout le premier soir de leur action au centre-ville de la capitale ? Mais il serait encore plus difficile de croire que tous les Libanais sont d'accord avec la façon chaotique et l'amateurisme dangereux dont ce mouvement mène la contestation, ou qu'ils doivent acquiescer, sans broncher, au flou excessif de son discours. La majorité silencieuse, accusée...
commentaires (2)

Le "calme raisonnable" fait de la raison ; attribut de l'humain, sujet particulier ; appliquée à elle-même : la Raison Raisonnable, dont le culte est l'humaine faculté de penser. "Objet, s'écrie le raisonnable !". Voilà bien-là le terme exact ; car la révolution n'importe au révolutionnaire qu'autant qu'elle est cet objet extérieur de son émotivité où il veut satisfaire son égo. Rien de + affligé du caractère de masse qu'1 objet ; à bas l'objet ! Comment la raison ne verrait- elle pas dans la révolution sa bête noire ; Satan en chair et en os ! ; cette raison qui + que tout autre apprend à l'humain à croire à l’objet en dehors de lui, et fait non seulement de la révolution 1 objet, mais même de l'objet 1 révolution ? Le raisonnable ne se contente pas de métamorphoser la révolution en "objet", il va jusqu'à faire d’elle 1 objet extérieur, non pas only intérieur ; confiné dans le cerveau ; mais manifeste aux sens. La révolution ne vit pas emmuré dans ce cerveau. Non, la révolution est 1 objet sensible, et la "raison raisonnable" exige qu’il soit non sensuel. Mais la révolution est 1 non-raisonnable. Elle va jusqu'à faire d'1 être, cet objet extérieur de l'émotivité d'1 autre, l'objet où trouve sa réelle satisfaction le sentiment égoïste de l'autre. Égoïste, parce que c'est sa "propre" essence que chacun quête chez l'autre. Le "raisonnable" est si affranchi de l’égoïsme, qu'il découvre l'étendue de l'essence de l'homme réalisée dans son seul "propre Moi". Mahééék n’est-ce pas ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

04 h 30, le 09 septembre 2015

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Commentaires (2)

  • Le "calme raisonnable" fait de la raison ; attribut de l'humain, sujet particulier ; appliquée à elle-même : la Raison Raisonnable, dont le culte est l'humaine faculté de penser. "Objet, s'écrie le raisonnable !". Voilà bien-là le terme exact ; car la révolution n'importe au révolutionnaire qu'autant qu'elle est cet objet extérieur de son émotivité où il veut satisfaire son égo. Rien de + affligé du caractère de masse qu'1 objet ; à bas l'objet ! Comment la raison ne verrait- elle pas dans la révolution sa bête noire ; Satan en chair et en os ! ; cette raison qui + que tout autre apprend à l'humain à croire à l’objet en dehors de lui, et fait non seulement de la révolution 1 objet, mais même de l'objet 1 révolution ? Le raisonnable ne se contente pas de métamorphoser la révolution en "objet", il va jusqu'à faire d’elle 1 objet extérieur, non pas only intérieur ; confiné dans le cerveau ; mais manifeste aux sens. La révolution ne vit pas emmuré dans ce cerveau. Non, la révolution est 1 objet sensible, et la "raison raisonnable" exige qu’il soit non sensuel. Mais la révolution est 1 non-raisonnable. Elle va jusqu'à faire d'1 être, cet objet extérieur de l'émotivité d'1 autre, l'objet où trouve sa réelle satisfaction le sentiment égoïste de l'autre. Égoïste, parce que c'est sa "propre" essence que chacun quête chez l'autre. Le "raisonnable" est si affranchi de l’égoïsme, qu'il découvre l'étendue de l'essence de l'homme réalisée dans son seul "propre Moi". Mahééék n’est-ce pas ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 30, le 09 septembre 2015

  • ".... dans une longue feuille de route vers un changement mature et responsable." ! Et donc raisonnable, n'est-ce pas ?! Et vive la révolution libanaiiise "raisonnâââble !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    03 h 36, le 09 septembre 2015

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