Nous nous sommes longtemps demandé : que pourrait être ce miracle légendaire, cette remarquable magie, qui réunirait les Libanais ? Viendra-t-il ce jour où seul le drapeau rouge, blanc, vert sera brandi ? Ce jour où tous les Libanais, sans distinction d'origine, de religion ou même d'affiliation politique, parleront d'une seule voix pour la paix, le changement, pour le Liban indépendant ? On veut toujours que les miracles se réalisent, mais on n'y croit presque jamais. Comme l'expliquent ces formules « Le Libanais ne changera point : hayda houwé, ma byetghayar bi hayeto » ; « Rêve d'un Liban indépendant : « Hlam enno Lebnen sar balad. »
Mais sous cette corruption insupportable, sous cet immense manque de respect, sous cette supériorité humiliante, il semble que le Libanais n'ait plus d'autre choix que d'y croire. Qui l'aurait dit? Qui aurait dit que ce sont les déchets qui enfin nous uniraient ? Qui aurait dit que c'est l'odeur insupportable qui allait réveiller en nous le sens de la responsabilité ? Qui aurait dit que ce miracle serait une poubelle ?
Eh oui, le Libanais est spécial en tout. Quelle joie de voir mes amis, mes proches, mes professeurs joindre cette marche. Les uns qui soutenaient le docteur Geagea à mort, les autres le général Aoun, les 14 et les 8, criaient tous ensemble cette fois-ci pour l'indépendance, criaient pour la liberté, criaient pour le respect, l'honneur, les valeurs les plus fondamentales de la société ! Criaient pour la justice.
Ces cris, ces cris de vérité, ont apparemment suscité la colère chez nos chers responsables de la sécurité. Ces responsables qui doivent, eux, nous protéger. Leur obligation, à eux, est de nous mettre à l'abri, leur responsabilité est de veiller au respect de nos droits les plus fondamentaux. Eux nous ont battus. Eux nous ont fait pleurer, malgré nous. Eux ont fait leur possible pour voler notre espoir.
Et c'est ainsi que la marche s'achève en une révolution, en ce 22 août prometteur. À qui alors devrons-nous faire confiance ? À nos partenaires libanais ? Ces partenaires dont certains sont toujours sous l'influence des dirigeants de leurs partis favoris ? Leurs paroles sont devenues insignifiantes, leurs promesses sont tordantes ! Si vous croyez que nous sommes là, dans la rue, pour eux et que nous allons partir dès qu'ils le veulent, je crains de vous décevoir. C'est peut-être un début pour certains, mais ce n'est sûrement pas la fin. Si vous ne pouvez plus réfléchir, mes chers partenaires, vous pouvez toujours au moins le percevoir. Espérons-le
À qui donc devrons-nous faire confiance ? À notre armée libanaise peut-être ? Elle a tiré sur nous. Où êtes-vous ? Je n'ai pas besoin de vous sur les frontières ! Cette même question qui se répète : à qui devrons-nous faire confiance ? À nous-mêmes seulement. C'est en nous que nous devons croire pour poursuivre ce combat. Nous n'allons pas baisser les bras. Nous devons faire confiance à nos espoirs, à nos rêves ; nous devons croire en notre pouvoir, l'union, le pouvoir le plus absolu, le plus légitime. Et si jamais on se sent faibles, abattus, incapables, il suffit de sentir cette odeur magique, cette odeur unique. Cette odeur provenant des déchets derrière laquelle se cache la puissance, une seule, celle détenue par ces mêmes politiciens. Celle qui nous donne de loin, à chaque petite défaite, un souffle de force. Cette odeur, cette puissance, elles se trouvent dans les déchets .
Ceci dit, ce n'est pas n'importe quelle odeur, c'est l'odeur d'une poubelle libanaise.
Hiba KANSO


Michel Aoun a fait ses preuves, qu'il dégage §
17 h 58, le 27 août 2015