Chers concitoyens,
Permettez-moi de vous dire que nous avons la « République Poubelle » que nous méritons. Que de fois avons-nous eu l'occasion de vider cette « poubelle » ! Par les urnes, par des rassemblements grandioses, même s'ils allaient decrescendo, d'année en année, par des soulèvements sporadiques, par-ci, par-là, pour des motifs sécuritaires, sociaux, syndicaux, etc., très vite apaisés. Lorsqu'une poubelle pue, ce n'est pas vraiment la faute aux « déchets » qui s'y trouvent, mais à ceux et celles qui ont laissé ce rebut non recyclable se putréfier pour dégager ces odeurs nauséeuses.
Chers concitoyens,
Ces poubelles sont en fait bourrées à craquer de vos propres bulletins de vote, les mêmes bulletins pour les mêmes poubelles, depuis des décennies. Vous leur dites « vous puez », mais elles n'y sont pour rien. C'est dans la nature des poubelles de puer si elles ne sont pas régulièrement changées. Ne vous fâchez pas de moi, mais je trouve que c'est vous qui puez pour n'avoir pas changé vos poubelles. Aux prochaines élections, vous oublierez la puanteur, vous vous munirez de votre traditionnel clientélisme et vous irez, en longues queues leu leu, gaver ces « poubelles » de vos bulletins, comme on gave les oies, sauf que dans ce cas ce sont les « oies » qui vendent votre foie gras à prix d'or... à vous, les fidèles clients et consommateurs. Et vous en rachetez sans rouspéter.
Avant de scander à tue-tête « Vous puez ! », nettoyez-vous de votre clientélisme qui alimente les puants et qui propage cette puanteur qui vous révulse tant. Frottez-vous bien à l'eau de Javel pour vous décrasser aussi de votre confessionnalisme et votre communautarisme qui servent de fumier aux mauvaises herbes de cette « République poubelle » prise dans leurs tentacules vicieux et pernicieux.
Ces « poubelles » puantes sont tellement bien installées dans vos esprits qu'elles se sont permis de se faire reconduire dans le même dépotoir parlementaire, sans avoir eu besoin de vos cartons jaunis et perforés ! Et vous les avez laissés faire. Vos voix leur sont tellement acquises qu'elles ne comptent plus. Il ne s'est trouvé qu'une poignée d'activistes, mouchoir au nez, pour leur lancer des tomates. Souvenez-vous... Vous étiez bien calés dans vos fauteuils, devant vos téléviseurs, à contempler la scène, dans l'indifférence. Il ne sentait pas encore si mauvais sous vos balcons.
Il n'y a pas longtemps, certains d'entre vous étaient plus concernés par les « droits des chrétiens » que ceux, élémentaires, de simples citoyens pris pour des crétins par leurs patrons communautaires. De leurs klaxons vocaux, ils ont fait valoir leur chrétienté, se frayant un chemin parmi les amas d'ordures fumantes, où se consumait leur citoyenneté. Les droits des chrétiens – ou ceux d'un ou deux chrétiens de la sainte famille – ont flotté au sommet des monts pestilentiels. La crise du chef primait sur la crise des déchets.
Chers concitoyens,
Changez vous-mêmes les poubelles au lieu de leur dire « Vous puez ! ». N'y jetez plus vos bulletins de vote. Ce genre de papier mal placé peut sentir encore plus mauvais que les déchets organiques. Et comme les odeurs nauséabondes peuvent imprégner les vêtements, jusqu'à la peau même, surtout après tout ce temps, changez-vous ! Changez de mentalité. Changez d'électeur pour changer ces élus. Purgez-vous de la puanteur clientéliste si vous voulez vous débarrasser des patrons puants qui vous gouvernent et vous exploitent, et débarrasser votre République de cette poubelle.
Faites-le tout de suite si vous ne voulez pas qu'on vous dise un jour : « Du haut de cette pyramide de détritus, quarante siècles de corruption vous contemplent. »
Ronald BARAKAT


Il suffit de dire que tu vis encore au Liban, afin que l'on te dise : Voilà un brave !
13 h 52, le 25 août 2015