- Yiiii, renvoie-là chez elle. Sinon elle va te causer des problèmes.
- Rapatrie-la, sinon, s'il lui arrive quoi que ce soit, ils te tiendront pour responsable.
- Quoi ? Tu es folle? Elle est encore là ? Mets-la dans un avion, donne-lui un peu de sous et qu'elle aille se faire soigner dans son pays.
Etc.
Et il y a ceux qui prennent les formes :
- Yiiii, haram. Renvoie-la chez elle, c'est mieux pour elle.
- Il vaut mieux qu'elle aille mourir parmi les siens.
Oui, c'est vrai qu'il vaut mieux mourir parmi les siens. Quoique....
Mais, au départ, il n'était pas prévu qu'elle meure, pas tout de suite en tout cas. Le médecin avait dit qu'elle serait opérée et qu'elle pouvait s'en sortir. Et elle, elle voulait rester. Elle voulait se faire soigner ici, au Liban, et aller plus tard au Bangladesh, aller voir les siens une fois guérie. Elle est donc restée, elle s'est fait soigner, elle a tout supporté, la chimio, la fatigue, la douleur, la peur, le désespoir, la tristesse.
Et voilà. C'est fini. Elle est allée mourir au Bangladesh. Et je ne peux m'empêcher de repenser à toute cette hypocrisie édifiée en bons sentiments qui caractérise si bien les « gens bien » de mon pays. Se faire soigner dans son pays ? Est-ce que les Libanais qui n'ont pas d'argent se font bien soigner au Liban ? Est-ce qu'ils ont une couverture sociale qui leur permet de se faire traiter décemment ? Est-ce que les médicaments sont remboursés selon les règles et dans les délais ? Est-ce que tous ces gens qui nous donnent de si bonnes idées bénéficient de la sécurité sociale ou bien ont-ils des assurances privées parce qu'ils savent que c'est le seul moyen de se faire vraiment soigner ?
Je ne peux non plus m'empêcher de repenser à l'étonnement de tous, y compris de ses amis bangladais, parce que nous étions solidaires d'elle dans sa maladie comme on l'est de quelqu'un qu'on aime. Étonnés ! C'est terrible de trouver cela étonnant. Moi, ce qui m'étonne, c'est que la voisine de l'immeuble d'à côté interdisait à « sa » Bangladaise de parler à « la mienne » ! Ce qui m'étonne, c'est qu'un pays qui a eu des exilés de guerre qui ont exigé et bénéficié de conditions d'accueil incroyables dans la plupart des pays de cette planète trouve insupportable « l'invasion des réfugiés ». « Et en plus, ils font des enfants » !
Et voilà. C'est fini. Mais je veux croire qu'elle a eu aussi ces moments de répit où elle sentait l'amitié et l'affection de ses amis, amies, voisins, voisines. L'affection et la solidarité de certaines des personnes – pas toutes – chez qui elle a travaillé, l'amour d'une toute petite fille qu'elle faisait rire en lui faisant « coucou » et qui la réclamait dès qu'elle avait le dos tourné. Et cette incroyable confiance qu'elle avait en nous parce que nous lui avions promis de la soigner dans un bon hôpital par un bon médecin, et parce qu'elle savait que nous ne lui mentions pas, que nous l'aimions et que nous la respections.
Oui. C'est fini. C'est fini pour Arpusa, mais pas pour des milliers d'autres travailleurs et travailleuses immigrés qui sont « importés » dans ce pays comme on importe de la marchandise et qu'on rejette quand ils ne sont plus utiles comme font les pays industriels de leurs productions lorsqu'elles ne sont plus rentables.
Oui, c'est vrai qu'il vaut mieux mourir parmi les siens. Quoique....Mais, au départ, il n'était pas prévu qu'elle meure, pas tout de suite en tout cas. Le médecin avait dit qu'elle serait opérée et qu'elle pouvait s'en sortir. Et elle, elle voulait rester. Elle voulait se faire soigner ici, au Liban, et aller plus tard au Bangladesh, aller voir les siens une fois guérie. Elle...


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Le Libanais n'arrivera jamais a cacher sa decrepitude morale, malgre les 100.000 couches de vernis dont il semble si bien (?) se recouvrir bcbg ... sauf qques rares exceptions bien evidemment.
14 h 26, le 21 août 2015