Au volant de son taxi, Caroline Bou Rached sillonne les routes du pays.
Caroline Bou Rached a fait de son hobby un métier. « Je n'étais pas très jeune quand j'ai appris à conduire, il y a dix ans. J'avais en fait 31 ans. Conduire était mon rêve, mais je n'avais pas eu l'occasion auparavant d'apprendre. J'ai donc acheté une petite voiture, pas chère, et je me suis mise à conduire seule la nuit dans le quartier. En fait, j'ai appris toute seule la conduite », dit-elle.
Prenant petit à petit confiance en elle-même, elle commence à conduire en matinée sur des routes loin de son quartier. Elle y prend goût. « Mes amis me mettaient gentiment en boîte en me disant : c'est comme si tu étais chauffeure de taxi », s'exclame-t-elle. C'est ainsi que l'idée de devenir chauffeure de taxi a germé dans sa tête.
Caroline se présente donc auprès de Banat Taxi, une entreprise qui n'engage que des conductrices femmes pour le transport de leurs congénères. Quand la compagnie a fermé ses portes, elle a loué une plaque d'immatriculation ce qui lui a permis d'exercer le métier et de travailler pendant un an toute seule. « J'avais collé sur la vitre arrière l'inscription Caroline Taxi et je m'étais fait ma propre clientèle », dit-elle.
Il y a trois ans, elle entre chez Paris Taxi, à Hazmieh. « J'ai de très bonnes relations avec mes employeurs. Les nouveaux chauffeurs qui viennent sont un peu surpris de me voir, mais ils s'habituent. Côté clients, la plupart sont très contents d'avoir une chauffeure femme, d'autres ne réalisent pas que je vais conduire le taxi qu'ils ont commandé. Ils attendent dans la rue tout en me voyant, mais sans pour autant réaliser que je serai leur chauffeure », raconte-t-elle.
Caroline, une femme drôle et simple, s'écrie : « Ce n'est pas parce que je suis chauffeure de taxi que je suis devenue masculine ou que j'ai perdu ma féminité. » « Parfois, au bureau, je dois adopter une attitude dure, utiliser un langage sec ou prendre un ton très ferme, mais cela c'est uniquement pour me faire respecter », ajoute-t-elle.
« Une lime à ongles et du vernis »
C'est ainsi que grâce à son métier Caroline Bou Rached a découvert tout le Liban. Elle aime conduire sur les routes de montagne et effectuer de longs trajets. Comme tout le monde, elle déteste les embouteillages. Elle n'aime pas prendre des commandes allant de l'aéroport à la ville. « On ne sait jamais à quelle heure ça finit... Il faut attendre le client et puis prendre la route la moins embouteillée », se plaint-elle.
La jeune femme n'aime pas attendre, non plus. Pour les courses entrecoupées d'arrêts, qui impliquent des heures d'attente, elle ne dort jamais, préférant passer le temps sur des activités bien féminines. « J'ai toujours avec moi une pince à épiler, une lime à ongles et du vernis... ».
Elle sait changer un pneu, une corvée à laquelle elle n'a été astreinte qu'une seule et unique fois. « Quand les gens voient une femme changer un pneu, ils veulent tout de suite aider », explique-t-elle.
Caroline Bou Rached aime bien son métier, qui n'est pourtant pas sans conséquences sur sa santé. Le jeune femme, qui travaille douze heures par jour, a développé des maux de dos et de nuque. Parfois, en fin de journée, ses pieds sont enflés. Les jours de congé, elle se repose, dort, regarde la télé et tente de se promener un peu. Elle est mère d'une jeune fille de dix-huit ans, qui entrera cette année à l'université.
La jeune chauffeure aime l'art. Elle avoue avoir aussi une jolie voix, qu'elle a perdue en fumant. Elle rêvait également d'exercer un métier de scène.
Son rêve actuel ? Avoir un jour sa propre compagnie de taxis. Elle y engagera des hommes et des femmes derrière le volant, sans aucune discrimination.
Pour mémoire
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