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Les étudiants syriens au Liban : l’autre regard

Beaucoup a été écrit sur la présence des immigrants et des réfugiés syriens au Liban. Campus a voulu donner la parole aux jeunes étudiants syriens. Ces filles et ces garçons, pleins de rêves et d'ambition, qui, au début de leur vie d'adultes, ont vu leur monde brutalement basculer. Bribes de leur expérience libanaise.

31/07/2015

Alia Dardar, 21 ans : Le rêve de retourner un jour en Syrie

« Je suis étudiante en 3e année de planification et gestion des événements à la NDU. Je suis arrivée au Liban en 2013 en provenance de Damas. Mes amis sont dispersés partout dans le monde. Ils me manquent. La vie dans mon pays, la sérénité et la sécurité que j'y ai connues me manquent aussi.
« Ce que j'ai aimé le plus au Liban est que malgré tous les problèmes que connaît le pays et malgré la situation critique qui menace de déraper en une fraction de seconde, rien n'empêche les Libanais de croquer la vie à pleines dents. J'ai pu gagner ici une bonne expérience et une riche formation dans mon domaine d'études : la planification événementielle, puisqu'ici les manifestations diverses battent toujours leur plein.
« D'un autre côté, j'ai dû faire face à des difficultés pour intégrer la vie sociale. J'ai été choquée par le fanatisme et le sectarisme qui y règnent, mais avec le temps, j'ai réussi à m'adapter au mode de vie libanais.
Mon rêve est de retourner un jour en Syrie et d'y établir ma propre entreprise de gestion des événements. »

Maher Abdelaziz, 20 ans : Les préjugés sectaires

« Je suis étudiant en 2e année de droit à l'USJ. Je viens de Damas. Je suis arrivé au Liban en 2011 dans le but de poursuivre mes études et d'échapper à la guerre qui sévit dans mon pays. Au niveau académique, je n'ai pas rencontré de difficultés, puisqu'à Damas, j'étudiais au Lycée français Charles-de-Gaulle. Par contre, j'ai affronté de vrais obstacles au niveau social. Les Libanais, aveuglés par leurs préjugés sectaires, trouvaient que c'était bizarre pour un Syrien de parler parfaitement français. J'ai découvert de surcroît que le Liban est mû par le fanatisme et l'intolérance. Je ne veux pas généraliser – il y a toujours des exceptions –, mais même s'ils ne l'évoquent pas directement, la plupart des gens ici font sentir à l'étranger implicitement qu'il est inférieur et non accepté parmi eux.
« Par ailleurs, le Liban m'a appris à différencier entre sunnite, chiite et chrétien. En Syrie, avant la guerre, nous avons vécu loin du sectarisme et du confessionnalisme. Une fois arrivé au Liban, j'ai été classifié selon ma religion et ma confession. Malgré tout, j'adore le Liban, sa nature et son climat, mais j'aspire à poursuivre mes études à l'étranger, pas ici. »

Émile Tabakh, 21 ans : Des obstacles au niveau académique

« Je suis étudiant en 3e année de génie informatique et communication à la NDU. J'avais dix-sept ans lorsque j'ai quitté mon pays. Je viens d'Alep. J'ai rencontré plusieurs difficultés au niveau académique au Liban. La plupart des cours que j'ai suivis à l'école en Syrie étant en arabe, j'ai mis beaucoup de temps pour m'adapter à la langue de Shakespeare. La méthode de travail et des études diffère également. Mais j'ai appris à être débrouillard, puisque je n'ai reçu aucune aide de la part des enseignants ou des autres étudiants.
« Au niveau social, il était très difficile pour moi de me faire des amis. Il y a beaucoup d'intolérance et de discrimination. Les Libanais considèrent que le Syrien est l'ouvrier qui travaille dans la construction jour et nuit, ou le concierge qui veille sur le respect des règlements des immeubles. La plupart des Libanais, sans généraliser, n'arrivent pas à briser ces
stéréotypes... »

Dominique JABRA

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