Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Karim Najjar

Schizophrènes et malheureux

Après une brève agonie sans espoir à l'hôpital, l'homme dont le visage était flouté à la télévision libanaise (était-ce vraiment nécessaire, puisqu'il devait être méconnaissable, n'en déplaise aux pseudo-âmes sensibles qui n'en sont plus à une larme près au Liban...) et omniprésent sur les réseaux sociaux libanais, s'est éteint.
Il s'est éteint en éclaboussant de son sang la morale collective, à en croire le mouvement de masse d'indignation qui s'est élevé au sein de la population, au Liban et ailleurs. Cette même conscience collective qui fait s'insurger tant de nos compatriotes dès qu'il s'agit de se révolter contre une injustice qui puise ses racines dans notre ADN même.
Oui, nous, Libanais, sommes schizophrènes, et nous en sommes parfois conscients, parfois inconscients. Mais n'est-ce pas là le propre de la schizophrénie ? Nous ne pouvons pas nous étonner de voir la barbarie au plus proche de notre quotidien, et en même temps cautionner la violence dès lors que celle-ci sied à nos intérêts. Les bagarres au Liban, pour une simple question de priorité de passage en voiture, ne sont pas rares. Les personnes porteuses d'une arme létale non plus. Et cela ne choque pas beaucoup de nos compatriotes. Je ne parle pas non plus des nombreuses personnes en arme qui paradent partout au Liban en toisant les autres. Et de tous bords.
L'on s'ébahit parfois à dresser le torse, fiers comme des coqs, car des agents des forces de l'ordre ont corrigé un méchant voyou. En fait, tout dépend du pedigree du voyou : soit c'est un « petit », et il peut croupir des années en prison, soit il est membre d'un clan, qui va le protéger. Et il sortira avec les plates excuses des agents.
Mais où est l'État dans tout ça ? L'État que de nombreux Libanais réclament à cor et à cri ? À chaque problème qui surgit au Liban (la violence en l'occurrence), mes compatriotes se révoltent contre l'absence de l'État. Ils en rejettent toute la responsabilité. Je leur réponds : comment voulez-vous qu'il y ait un État si vous ne jurez que par votre appartenance à votre clan et que vous n'acceptez que sa justice ?
L'homme dont le visage était flouté s'est éteint dans une indignation générale, victime encore une fois d'une violence qui caractérise le quotidien des Libanais. Une violence contre laquelle on proteste, mais qu'on ne condamne pas réellement. Une violence qu'on condamne, mais on applaudit le convoi d'une grosse légume accompagné de ses sbires, la kalachnikov à l'air. Une violence qu'on condamne, mais on affiche une corde de pendu sur son profil Facebook pour punir un présumé coupable. Une violence qu'on condamne, mais on se scandalise de voir deux députés se battre sur un plateau de télévision, puis après on en rigole, « bassita », ce n'est pas si grave que ça... Une violence qu'on condamne, mais on frappe délibérément les employés de maison, car ils ne sont pas « dressés » comme on le voudrait. Après une bonne raclée, tout rentre dans l'ordre.
L'homme qui s'est éteint a laissé derrière lui une famille malheureuse et abandonnée à son sort. Puisse sa mort servir à la prise de conscience de notre schizophrénie. Car nous sommes schizophrènes et malheureux.

Karim NAJJAR

Après une brève agonie sans espoir à l'hôpital, l'homme dont le visage était flouté à la télévision libanaise (était-ce vraiment nécessaire, puisqu'il devait être méconnaissable, n'en déplaise aux pseudo-âmes sensibles qui n'en sont plus à une larme près au Liban...) et omniprésent sur les réseaux sociaux libanais, s'est éteint.Il s'est éteint en éclaboussant de son sang la morale collective, à en croire le mouvement de masse d'indignation qui s'est élevé au sein de la population, au Liban et ailleurs. Cette même conscience collective qui fait s'insurger tant de nos compatriotes dès qu'il s'agit de se révolter contre une injustice qui puise ses racines dans notre ADN même.Oui, nous, Libanais, sommes schizophrènes, et nous en sommes parfois conscients, parfois inconscients. Mais n'est-ce pas là le propre de...
commentaires (2)

C'EST PLUTÔT L'ABRUTISSEMENT QUI CARACTÉRISE LES MOUTONS QUI SUIVENT BÊTEMENT LES PANURGES... QUAND À LA SCHIZO... ELLE EST L'APANAGE DE TOUS LES PANURGES LIBANAIS... DES UNS ÉTANT FRAPPÉS PLUS QUE D'AUTRES... MAIS TOUS EN SONT FRAPPÉS !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

12 h 37, le 23 juillet 2015

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • C'EST PLUTÔT L'ABRUTISSEMENT QUI CARACTÉRISE LES MOUTONS QUI SUIVENT BÊTEMENT LES PANURGES... QUAND À LA SCHIZO... ELLE EST L'APANAGE DE TOUS LES PANURGES LIBANAIS... DES UNS ÉTANT FRAPPÉS PLUS QUE D'AUTRES... MAIS TOUS EN SONT FRAPPÉS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 37, le 23 juillet 2015

  • Et était-il dans un état "normal" et dans son droit, ce tué oranginé et massacré, pour aller mener une course poursuite effrénée dans les ruelles de ce que peut compter de zkkâks et de ruelles cette Cité ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 49, le 23 juillet 2015

Retour en haut