Un Tsipras libanais ! Miracle! Oui, il en faut un ! Lui héritier d'une civilisation brillante, fondatrice, et des Athéniens qui furent, au VIII siècle avant J-C, le premier peuple à vivre en démocratie. La Grèce de Tsipras a donné au monde une leçon de démocratie par son recours au référendum. Oui ! Une consultation directe du peuple sur les moyens proposés par les créanciers de s'acquitter de sa dette a été exécutée. Admirable respect pour son peuple ! Jalousie et chagrin, voilà ce que je ressens.
Par contre, nous sommes les héritiers politiques d'une république accaparée par des voleurs et des assassins ne laissant aucune place à une majorité silencieuse d'honnêtes citoyens. Des leaders aux péchés tenaces, récursifs, et aux repentances flottantes s'affichent les maîtres incontestés et sans partage de notre destinée. Des citoyens au gré de leurs penchants communautaires leur collent avec complaisance quelques factices beautés. Chaque jour nous plongeons irréversiblement dans l'enfer des ténèbres.
Au pays du Cèdre, tous les droits sont spoliés ! Des partis politiques, devenus des tanières familiales, vident la notion d'engagement politique de toute sa signification démocratique. Les référendums interdits, opinion publique muselée, élection présidentielle bloquée, loi électorale tronquée et désuète, Parlement inefficace, gouvernement éclaté, conflit confessionnel communautaire, mosaïque de pouvoirs juxtaposés qui ne trouve pas son chemin de fonction, voilà une partie de notre panorama politique. L'illégalité et l'illégitimité entachent une nuée d'actions politiques et de mandats électoraux et exécutifs ; on passe et on feint de les oublier.
Tous les quatre ans et plus tu voteras pour nous ! Les affaires de la cité on s'en occupe : santé, éducation, justice, sécurité, violence, retraite, droit de la femme, des enfants, des individus, des émigrés, le droit à une vie digne. Tous ces droits vous seront accordés – puisque nous y sommes – aux calendes grecques. Citoyen tais-toi et marche ! Et on rêve ! Oui d'un Tsipras libanais ? Un souhait et un rêve légitime auquel j'adhère. Oh , combien lointain !
Un paysage politique caractérisé par un défaut d'idées novatrices, d'alternatives de solutions aux conflits constitutionnels, une servitude qui frise l'esclavage vis-à-vis des tuteurs payeurs. Des mentalités figées ! Sans doute ! Deux grandes universités plus que centenaires et une société civile remarquablement cultivée et instruite n'ont pu les changer. Une trajectoire jalonnée par un esprit destructeur. Une casse invraisemblable qui a touché presque mortellement toutes les doctrines politiques et les valeurs démocratiques : pacte de 1943, Taëf, démocratie consensuelle, laïcité, citoyenneté, décentralisation administrative et financière, respect du pluralisme, unité nationale, neutralité. Que reste-t-il de tout cela ?
Nous vivons sous le régime d'une souveraineté piétinée, d'une indépendance vendue aux enchères au plus payant, d'une liberté hypothéquée et d'un takfirisme menaçant de génocide. Tout est aliéné aux mains d'un leadership avide et vorace. Pour se faire bonne conscience, les blocs politiques s'égarent dans des critiques réciproques, boiteuses, assassines, contradictoires dont personne ne sort indemne.
Malgré toutes ces infortunes, notre caste gouvernante s'acharne à nous imposer un régime inadapté qui souffre de nombreuses lacunes au vu et au su de tous. Il faut oser réformer le système sans crainte, ceci dans l'intérêt bien compris de toutes les communautés et dans le respect du peuple. Car au final c'est lui et lui seul la source du pouvoir.
Droits des chrétiens spoliés, certainement, un problème parmi d'autres au sein d'une république moribonde.
Le leader chrétien le plus fort des chrétiens ? Quelle charade? On le connaît? Mais est-il le plus indiqué pour les intérêts nationaux et ceux des chrétiens? Les prérogatives d'une communauté – en l'occurrence celles des chrétiens – ne peuvent être récupérées que par la reconnaissance de leurs pertinences par toutes les autres communautés. Et bien sûr par un engagement sans faille des partis chrétiens pour les reconquérir. La prise de conscience d'une injustice constitue le premier pas qui conduit à sa correction. Un choix crucial est à faire car tout retour aux prérogatives chrétiennes sans tenir compte des nouvelles injustices qu'il pourrait générer aux autres communautés doit être mesuré avec beaucoup d'attention.
Toujours est-il qu'il est important de nous dire dans le cadre de quelle république on va les intégrer ? Dans l'une de celles qui ont démontré leurs échecs, leurs injustices, leurs défaillances et qu'on refuse de réformer, dans le cadre d'un Taëf débarrassé de ses lacunes ou dans le concept d'une troisième république qui prêcherait la fédération ? Les réformes constitutionnelles sont indispensables et l'entêtement à faire perdurer les injustices et l'ostracisme qui frappent les chrétiens serait certainement contre-productif. Il faut en finir avec les tergiversations, les hypocrisies, les atermoiements et les faux-fuyants. Il y va de l'intérêt de toutes les communautés. Il faut avoir le courage de faire face et aborder avec un esprit positif le chantier des réformes constitutionnelles.
Encore faut-il que notre peuple soit autorisé à s'exprimer par d'autres moyens que la violence devenue coutumière dans ce pays et dans cette région trouble du monde. Le peuple est souverain et n'a pas de permission à demander pour s'exprimer tant que ses mouvements ne sombrent pas dans la violence. S'exprimer avec respect et, en l'occurrence, comme les Grecs : par référendum et des réformes.
Osons édifier une nouvelle république respectant les droits de toutes les communautés.
Nos lecteurs ont la parole - Dr Joseph Kreiker
Édifions la république des droits
OLJ / le 17 juillet 2015 à 00h00


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