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Nos lecteurs ont la parole - Georges Édouard Salwan

À l’aube du centenaire de l’État du Grand Liban

Le Liban a été un pays familier et séduisant aux yeux de l'Occident. La guerre de 1975 l'a rendu synonyme d'horreur. Depuis 1990, plutôt que de faire valoir l'image du Liban de lumière, on essaie de le montrer comme un univers hostile, qui n'a plus rien en commun avec les valeurs du siècle des Lumières, cerné par les appétits cyniques de ses voisins. La tentation de faire oublier le Liban dans le but de le faire disparaître de l'échiquier régional ne cesse de croître à cause des mépris de l'État de droit, au nom des religions, des identités meurtrières et d'idéologies intolérantes qui prêchent l'exclusion de l'autre. L'absence d'identité nationale libanaise commune et acceptée par toutes les couches et les entités de ses habitants qui s'enferment dans des solidarités contradictoires ; les calculs égoïstes de certains de ses gouvernants, leurs déclarations creuses et les perspectives brumeuses empêchent toute réflexion à long terme sur son avenir. C'est une confusion absurde qui risque de redevenir sanglante. On ne peut plus, comme auparavant, se cramponner à la certitude que notre malheur nous vient de l'extérieur et que nous sommes les victimes innocentes de drames qui ne nous concernent pas. Nous sommes l'objet de nos propres complots. Les explications et interprétations populistes de certains politiciens pour les besoins de la propagande et pour faire bonne figure auprès de leur propre communauté respective sont outrancières. Le conflit libanais est complexe et procède de processus historiques internes et externes dont les acteurs libanais, régionaux et internationaux sont identifiables. Il trouve ses origines à la fois dans des causes d'ordres stratégique, social et économique qu'il est possible d'identifier et d'analyser, et que l'on doit prendre en compte pour la recherche de la paix sous une nouvelle formule constitutionnelle. L'histoire du Liban nous indique les rapports de force de communauté à communauté, de pouvoir à opposition. Le Liban, régime de démocratie parlementaire libérale, a conservé très profondément l'empreinte de l'organisation sociale ottomane. L'enjeu que représente le contrôle de son littoral commerçant et de son arrière-pays suscite toujours une rivalité d'influence aux effets locaux ravageurs. Il est nécessaire de comprendre les conditions historiques, écologiques et culturelles spécifiques de notre pays, d'apprécier nos différences ainsi que nos ressemblances avec notre environnement. Nous avons tiré parti, tout le long de ce centenaire, des courants et des vents, et ignoré dangereusement les écueils. Il est temps de prendre conscience que nous sommes tous embarqués dans le même navire et de définir l'orientation qui lui convient. Ce navire croise plus que jamais dans la zone des tempêtes et des conflits du Levant et du Proche-Orient. Ses capitaines se disputent toujours sur le cap à prendre. Ceci entraînera encore une fois son équipage à se mutiner. Il sera alors impossible de recomposer le puzzle d'un pays éclaté.

Georges Édouard SALWAN
Avocat à la Cour

Le Liban a été un pays familier et séduisant aux yeux de l'Occident. La guerre de 1975 l'a rendu synonyme d'horreur. Depuis 1990, plutôt que de faire valoir l'image du Liban de lumière, on essaie de le montrer comme un univers hostile, qui n'a plus rien en commun avec les valeurs du siècle des Lumières, cerné par les appétits cyniques de ses voisins. La tentation de faire oublier le Liban dans le but de le faire disparaître de l'échiquier régional ne cesse de croître à cause des mépris de l'État de droit, au nom des religions, des identités meurtrières et d'idéologies intolérantes qui prêchent l'exclusion de l'autre. L'absence d'identité nationale libanaise commune et acceptée par toutes les couches et les entités de ses habitants qui s'enferment dans des solidarités contradictoires ; les calculs égoïstes de...
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