Ventes record, marges solides : le cœur de l'industrie automobile américaine bat de nouveau fort, mais le ralentissement du marché chinois et des fantômes du passé pourraient ralentir cette renaissance.
Environ 8,52 millions de véhicules ont été vendus aux États-Unis au premier semestre, soit une hausse de 4,4 % sur un an, selon des données du cabinet Autodata. C'est le meilleur premier semestre depuis 2005, avant la crise financière. En rythme annualisé et données corrigées des variations saisonnières, 17,16 millions d'automobiles ont été écoulées, un plus haut en dix ans.
Les cortèges de suppressions d'emplois et les faillites en 2009 de General Motors (GM) et de l'ex-Chrysler, rebaptisé Fiat Chrysler Automobiles (FCA) depuis son rachat par l'italien Fiat, ainsi que les difficultés financières de Ford sont désormais de lointains souvenirs. L'économie américaine va mieux : le marché du travail et la confiance des ménages s'améliorent. Des prix de l'essence et des taux d'intérêt bas – le taux d'un crédit auto a baissé à 3 % en moyenne début juillet selon Bankrate.com – sont autant de facteurs dopant ces ventes dans un pays où la voiture est reine. Mais la route reste semée de cahots, comme le ralentissement économique en Chine, premier marché automobile mondial, et des millions de rappels de véhicules pour des défauts ou en liaison avec les airbags défectueux de l'équipementier Takata.
GM et Ford ont beaucoup investi en Chine, en y introduisant leurs marques premium Cadillac et Lincoln respectivement. Ce marché est désormais en surcapacité, selon M. Brauer, forçant les grands constructeurs automobiles à se livrer une guerre des prix qui endommage pour leurs marges. À cela s'ajoute un dollar fort, qui pénalise les groupes américains face à leurs rivaux nippons et allemands.
Le Big Three doit également faire face à une image écornée par la multiplication des rappels de véhicules, alimentée par une sévérité accrue de l'agence américaine de la sécurité routière, la NHTSA, qui veut un code de « bonnes pratiques ». Fiat Chrysler, qui est dans la ligne de mire, pourrait en payer le prix fort. Le régulateur lui reproche d'avoir traîné les pieds par le passé pour faire revenir ou réparer des véhicules défectueux. Outre le coût des réparations, le groupe dirigé par l'Italo-Canadien Sergio Marchionne pourrait écoper d'une grosse pénalité financière. En outre, GM n'en a toujours pas fini avec l'affaire du commutateur d'allumage défectueux mis en cause dans un grand nombre d'accidents mortels (121 morts). Le groupe risque des poursuites au pénal du département de la Justice. Enfin, Toyota a dû payer 1,2 milliard de dollars en 2014 pour clore une enquête des autorités américaines sur un problème d'accélérateur.
Luc OLINGA / AFP

