Quel était le souci de la OTV jeudi? Transmettre une information? Refléter une réalité objective? Ou appeler à la désobéissance civile? Le téléspectateur est forcé, constamment, obligatoirement, de rechercher une autre source d'information, comme les journaux et les radios, qui restent la meilleure façon d'avoir une ou plusieurs analyses, à froid, sur l'actualité et une meilleure critique sur tous les sujets. C'est déjà ça...
Dans un pays où certaines télévisions sont la propriété d'hommes politiques influents, Il est bon de se demander quel rôle jouent les médias télévisés dans la manipulation de l'opinion publique, aujourd'hui plus aguerrie et attentive aux pièges tendus par ces grosses boîtes qui gèrent un petit écran qui semble si inoffensif à première vue.
Quelle est leur mission, ou plutôt leur objectif ? Informer ou véhiculer, plus ou moins subtilement, des idées bien précises et préparer le terrain pour faire accepter en douce un discours bien précis reçu telle une vérité absolue par le téléspectateur ?
Qu'on le veuille ou pas, chaque télévision au Liban sert une tendance politique bien déterminée ou, au contraire, s'y oppose systématiquement. Il est inutile de rechercher une télévision qui soit indépendante, un qualificatif vidé de son sens dans cette zone de la Méditerranée qui ne peut sortir du populisme primaire et du suivisme. Le Libanais, quoique éduqué aux procédés démocratiques et à l'ouverture d'esprit, est particulièrement satisfait lorsque son zaïm préféré passe à la télé pour pérorer devant ses partisans : il peut alors l'applaudir tranquillement, en arborant les mêmes couleurs et scandant les mêmes slogans. Tranquille, il ne risque pas d'être gêné par le rival politique qui passera sur cette chaîne dans le JT, mais à peine pendant une minute, pour préserver les apparences...
Tout le monde est servi au Liban. Il y a une chaîne de télévision pour toutes les tendances et tous les goûts. Pour les aounistes, les FL, les haririens, les berryistes, les hezbollahis, les détracteurs de tous les autres et les avocats du diable, pour les chrétiens et pour les musulmans... Parce que le téléspectateur, il faut le toucher. Il faut provoquer ses émotions, mais dans les limites, pour éviter des débordements, des actes de violence, ou même une xénophobie décomplexée.
On le sait : l'image influe plus que l'écrit ou le son sur la plupart de nos émotions. Elle peut avoir l'inconvénient, un avantage pour les politiciens qui partagent avec le patron de la chaîne les mêmes opinions politiques, d'empêcher une analyse distanciée de l'événement en nous submergeant d'émotions trop fortes, aussi fabriquées soient-elles.
Au Liban plus qu'ailleurs, les JT se font une concurrence effrénée : lequel va débuter en premier, lequel va damer le pion aux autres, lequel va leur arracher quelques téléspectateurs, etc. Même si ceux qui font ces JT savent pertinemment qu'un téléspectateur immunisé ne les suivra que lorsqu'il est forcé de le faire, et encore : avec un esprit critique impitoyable. Tandis que pour les autres, moins informés et plutôt confortables dans leurs sympathies politiques qu'ils se transmettent de génération en génération, le tour est joué depuis longtemps. Ils sont convaincus de savoir, eux qui ne sont pas connaisseurs en la matière, quel est le JT qu'il faut suivre, quelle analyse de l'actualité est la plus juste, quelle est la meilleure chaîne à suivre au Liban. Pour eux, naturellement, c'est celle qui pense comme eux, tresse des lauriers à leur chef politique préféré, celle dont les journalistes posent les «bonnes questions» de peur d'être licenciés.
En réalité, on fait tout pour empêcher le téléspectateur de réfléchir. « Pas la peine de réfléchir, nous le faisons à votre place » : voilà, semble-t-il, la devise des médias visuels. La même information est reprise par plusieurs médias avec des distorsions très alarmantes. Par exemple, lorsque la OTV a inscrit jeudi sur son bandeau pendant les affrontements qui ont opposé les jeunes aounistes à l'armée au grand Sérail : «Les soldats de Salam s'en prennent aux partisans du Courant patriotique libre.» Ceci ne veut pas dire que d'autres chaînes locales n'ont pas fait pire chacune de son côté à un moment précis de l'histoire, mais elles semblent avoir appris du passé, avoir compris un minimum que les médias ont une grande part de responsabilité à assumer quand il y a désinformation et matraquage médiatique, donc risque de dérapage.
Quel était le souci de la OTV jeudi? Transmettre une information? Refléter une réalité objective? Ou appeler à la désobéissance civile? Le téléspectateur est forcé, constamment, obligatoirement, de rechercher une autre source d'information, comme les journaux et les radios, qui restent la meilleure façon d'avoir une ou plusieurs analyses, à froid, sur l'actualité et une meilleure critique sur tous les sujets. C'est déjà ça...
Dans la même rubrique
Panique dans les airs pour téléspectateurs sadiques


OU : ABRUTISSEZ-VOUS ! NOUS VOUS DISONS COMMENT PENSER ET QUE CROIRE !!!
13 h 47, le 11 juillet 2015