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Moyen Orient et Monde

L’État islamique, une menace existentielle pour el-Qaëda

Analyse
OLJ/AFP/Michel MOUTOT
04/07/2015

La querelle de pouvoirs au sein du mouvement jihadiste mondial entre el-Qaëda et ce qui est devenu l'État islamique (EI), entamée en 2006, menace aujourd'hui l'existence même du réseau fondé par Oussama Ben Laden, estiment des experts.

L'organisation créée en Irak par Abou Moussab al-Zarkaoui pour lutter contre l'armée américaine, qui a été reprise par Abou Bakr al-Baghdadi, risque de reléguer el-Qaëda, dont les chefs vieillissants manquent de relais sur le terrain, aux poubelles de l'histoire. L'État islamique est le premier groupe terroriste à contrôler un important territoire, à cheval entre l'Irak et la Syrie. « L'EI représente pour el-Qaëda un vrai dilemme, estiment Tobias Feakin et Benedict Wilkinson, de l'Australian Strategic Policy Institute. L'EI fait sans cesse la une, confisquant l'oxygène de la publicité si vital aux groupes terroristes. El-Qaëda court le danger non seulement d'être surpassé par un concurrent, mais même de disparaître complètement. L'ascension fulgurante de l'EI est pour lui une menace existentielle. »

En attirant sur les terres du califat des milliers de combattants venus du monde entier, l'État islamique « est devenu l'organisation de choix pour les aspirants jihadistes, précisent-ils. En ce sens, el-Qaëda est battu à son propre jeu, en perdant la main-d'œuvre et les moyens militaires nécessaires à ses ambitions politiques ». Rejoindre dans les confins pakistano-afghans les rangs des fidèles d'Oussama Ben Laden était difficile, cher, dangereux. Pour rallier les terres où l'EI a proclamé son « califat », il suffit d'un aller simple pour Istanbul puis d'un billet de bus que prennent chaque mois des centaines de volontaires.

L'ultraviolence, mise en scène et soigneusement médiatisée par l'EI, si elle révulse les opinions publiques internationales, exerce une force d'attraction sur un certain public et effraie ses ennemis, qui parfois préfèrent la fuite à la perspective d'affronter les légions du groupe.
« En Tunisie et au Koweït, comme auparavant au Yémen ou en Arabie, Daech (acronyme en arabe de l'EI) veut semer la terreur dans les populations visées et s'afficher comme encore plus impitoyable que ses rivaux jihadistes d'el-Qaëda », explique Jean-Pierre Filiu, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.

 

(Pour mémoire : En Syrie, la coalition frappe l'EI au bénéfice des rebelles et d'el-Qaëda)

 

Défections au profit du « calife »
Au fil des mois, du Nigeria au Pakistan, les défections se multiplient au sein des mouvements jihadistes qui avaient fait allégeance à Oussama Ben Laden, au profit du « calife Ibrahim », comme se fait appeler Abou Bakr al-Baghdadi. Cela a commencé à l'automne dernier, quand des groupes en Égypte, en Libye, en Algérie, au Yémen et en Arabie saoudite ont rallié le califat, adoptant ses méthodes brutales et ses codes de communication.

En Égypte, le groupe Ansar Beit al-Maqdess est devenu le groupe « Province du Sinaï » de l'EI et a revendiqué d'incessantes attaques contre la police et l'armée égyptiennes. Mercredi, des dizaines de ses jihadistes ont lancé des attaques coordonnées contre des positions de l'armée, faisant au moins 70 morts, militaires et civils. En Afghanistan et au Pakistan, seuls des commandants de second rang ont pour l'instant prêté allégeance à l'EI, mais au Nigeria, le puissant groupe Boko Haram s'est rallié en mars, devenant la « Province d'Afrique de l'Ouest » de l'État islamique. Dernier en date, effectué par le principal groupe de rebelles islamistes en Russie, « l'émirat du Caucase » a proclamé fin juin son changement d'allégeance.
Les frictions entre les deux groupes, qui avaient commencé il y a presque dix ans par des échanges de lettres entre les chefs d'el-Qaëda et Abou Moussab al-Zarkaoui, auquel ils reprochaient ses massacres de chiites qu'ils jugeaient néfastes à la cause, ont dégénéré en affrontements.

En Syrie, des combats opposent désormais régulièrement des combattants du Front al-Nosra, affilié à el-Qaëda, aux troupes de l'EI, alors qu'en Libye, les deux mouvements se battent, par milices interposées, pour le contrôle de territoires. Et un point de non-retour a été atteint, estiment les experts, quand, le mois dernier, l'EI a publié une vidéo montrant la décapitation de douze membres de groupes rebelles rivaux, dont au moins un d'al-Nosra. Des exécutions auxquelles le groupe Jaïch al-Islam (Armée de l'islam en arabe), allié d'al-Nosra, a répliqué en exécutant, sous l'œil d'une caméra, 18 membres présumés de l'EI.

 

Pour mémoire

 Pour Jolani, le califat de l’État islamique est « illégitime »

La mort de Wahishi déstabilise el-Qaëda au profit de l'EI

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

À QUAND LE COMBAT MORTEL DES DEUX HYDRES ?

Halim Abou Chacra

Ben Laden se retourne et se retourne dans sa tombe. Il entend une chanson (dans l'au-delà il comprend le français) : "Qaeda c'est fini", copie de "Capri c'est fini" d'Hervé Vilard.
Mais le plus important dans cette analyse c'est qu'elle dit bien ceci : "l'organisation de l'EI créée en Irak par Abou Moussab al-Zarkaoui pour lutter contre l'armée américaine". Voilà l'origine de DAECH et de sa barbarie : la présence de l'armée de l'Uncle Sam en Irak. Alors que M le lâche Obama, le pire président dans l'histoire des Etats-Unis, ne vienne pas avec ses Coalitions-farces et ses sottes déclarations comme celle-ci : " ce sont les pays arabes qui doivent combattre l'EI". C'est son pays qui est à 100% responsable de l'apparition de DAECH et de sa barbarie. D'autant plus que c'est sa lâcheté en Syrie et son refus d'armer en 2011 et 2012 l'opposition syrienne, toute modérée à l'époque, qui sont directement responsables de l'implantation solide de Daech dans ce pays, puis de celle du califat de M Baghdadi en Irak.

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