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Liban

Mosaik, une école de la dignité à Saïda

Social

Un lieu de tolérance, un projet bien ficelé et une poignée de personnes convaincues ont donné naissance à Mosaik, une petite école du Liban-Sud qui accueille des enfants à besoins spéciaux dont une partie est orientée vers des écoles régulières.

04/07/2015

L'école spécialisée Mosaik a une jolie histoire. Située à Saïda, elle a timidement ouvert ses portes en 2004, lorsque les fondateurs se sont aperçus que dans le sud du pays le système scolaire souffrait d'un cruel manque d'adaptation pour les enfants en situation de handicap mental. Ils étaient alors 7 élèves en difficulté à rejoindre les bancs de l'école. Il aura fallu beaucoup d'implication, de volonté et de conviction de la part de ses initiateurs pour atteindre aujourd'hui les 80 élèves. Ce jour-là, la directrice, Sawsan Mansour, rayonne. L'heure est à la fête : c'est la kermesse de son école. Dans ses yeux, on lit de la fierté, de la joie et un peu d'anxiété. C'est que l'école est déficitaire et les fonds sont insuffisants. Malgré tout, les résultats sont là : les progrès des élèves sont remarquables et les parents sont très satisfaits. Comme en témoigne ce jeune couple qui joue avec leur petite Magali, dans le château gonflable de la cour d'école. « Nous habitons à Marjeyoun et nous déposons notre fille tous les jours ici car c'est la meilleure école de la région ! » Un trajet quotidien épuisant, mais qui visiblement en vaut la peine.

Une première au Liban-Sud
Pour saisir cette belle histoire, il faut légèrement remonter le temps. En 1966, l'Ordre basilien salvatorien fonde le Foyer de la Providence. « Il s'agissait d'un foyer d'accueil destiné aux orphelins et aux défavorisés de toute la région du Sud, de Saïda jusqu'à Jezzine », raconte le père Antoine, installé dans l'un des canapés du foyer. « En 1973, poursuit l'ancien directeur du foyer, on a construit un lycée technique, pour garantir aux jeunes un avenir professionnel. » Durant la guerre, le lieu a été transformé en dispensaire pour prodiguer des soins médicaux aux victimes, sans distinction de confessions. Un beau jour, le père Antoine, toujours prêt à se lancer dans un nouveau projet altruiste, reçoit une proposition. « J'étais à la recherche de quelque chose qui n'existait pas dans la région. Le père de l'actuelle directrice, Sawsan Mansour, est venu et m'a dit : "je pense à une école spécialisée". J'étais ignorant dans ce domaine, mais je me suis tout de suite embarqué. » En entamant ce « projet fou », le père Antoine se rend compte d'un problème bien supérieur à ce qu'il imaginait. « Parce qu'elles avaient honte, certaines familles cachaient les enfants qui avaient des besoins spécifiques. Dans les écoles, ils étaient mis à l'écart et avaient de très mauvais résultats, annonce-t-il tristement... » Mosaik est alors fondée en 2004.
« Pour l'accompagner, nous avons créé Trait d'union, une structure complémentaire dont la mission est de sensibiliser les familles, les écoles et les municipalités de la région aux situations de handicap mental. C'est une nouveauté : même des stagiaires de l'USJ viennent chez nous ! », sourit le père Antoine. Sawsan Mansour, qui connaît son école sur le bout des doigts, s'invite à son tour dans la discussion. « Au Liban-Sud, il existe des institutions spécialisées qui travaillent avec des élèves ayant un retard profond et moyen, mais elles n'ont pas l'objectif de les orienter vers des écoles régulières. Nous sommes, à ce jour, la seule école qui fournit à l'enfant un véritable apprentissage académique, en plus de travailler sur l'autonomie. C'est une question de dignité : un enfant qui sait lire, écrire et compter aura davantage confiance en lui. »

Programme personnalisé
En 2007, l'Institut européen de coopération et de développement (IECD) se joint au projet et permet à l'école de s'agrandir. Cette ONG s'est donné le rôle de « semeurs d'avenir », en permettant à toute personne de se former pour retrouver sa dignité et devenir un acteur responsable dans la société. Grâce à son soutien financier, aux contributions de bailleurs privés libanais et celles d'institutions étrangères, un bâtiment de quatre étages, encore en construction, est entièrement consacré à Mosaik. Lors d'une visite guidée, la directrice présente fièrement ses petites classes colorées, où chaque chose semble être à sa place, pour l'épanouissement de l'enfant. « Nous responsabilisons l'enfant avec l'aménagement des salles. Nous avons deux classes de psychothérapie, six de psychomotricité et six d'orthophonie. Il n'y a pas plus de six élèves par classe. » Devant une salle de psychomotricité, Sawsan explique : « Nous donnons beaucoup d'importance au rituel et nous travaillons sur des pictogrammes pour que l'enfant enregistre. » Une trentaine de professionnels sont présents chaque jour, de 8h à 13h30. « Nous avons fait le choix de la pédagogie différenciée : chaque élève a une programmation individuelle. » Un programme rigoureux qui doit être respecté à la lettre.

La rançon de la gloire
Des progrès, les élèves en font d'année en année. Mais tout cela a un coût. Mosaik cherche à agrandir ses rangs pour répondre à la demande croissante des parents de la région, « de la frontière israélienne au Chouf, précise Sawsan. Notre défi est de terminer la construction de l'école. Nous avons actuellement 24 élèves sur liste d'attente, nous aimerions pouvoir les accueillir. » Si le coût de la prise en charge d'un enfant s'élève normalement à 6 000 dollars par an, Mosaik en demande 3 500. « C'est la congrégation qui comble les déficits... Et nous pensons sur le long terme accompagner l'enfant jusqu'au bout. Par exemple, les ateliers protégés, pour les enfants présentant des pathologies plus sévères et qui ne peuvent pas intégrer notre lycée technique », explique-t-elle.
Dans la cour, des enfants de 3 à 14 ans s'amusent. Au loin, un père de famille joue avec son garçon atteint de trisomie. « Je suis un militaire et je travaille également pour une société de climatisation pour couvrir les frais. Mais mon enfant est heureux ici, il apprend vite et bien... Cela n'a pas de prix ! » dit-il joyeusement, sans lâcher son fils du regard. Il y a, à Mosaik, une ambiance familiale, à l'image de son foyer. On devine, face à ce spectacle, que cette belle histoire est loin d'être terminée.

 

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